L’essentiel des livres d’Ayn Rand : La Source vive

À l’approche des fêtes de fin d’année, une bonne idée cadeau : les romans d’Ayn Rand. Aujourd’hui, troisième volet, avec une présentation de « La source vive », un roman paru pour la première fois en 1943 et adapté au cinéma en 1949, sous le titre « Le rebelle », avec Gary Cooper dans le rôle principal.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
La Source vive par Ayn Rand (Crédits : Plon, tous droits réservés)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

L’essentiel des livres d’Ayn Rand : La Source vive

Publié le 9 décembre 2013
- A +

Par Johan Rivalland.

La Source vive Ayn RandAyn Rand, La source vive, Feux croisés, septembre 1999, 686 pages.

Ce long et passionnant roman d’Ayn Rand reflète l’opposition sans concession entre d’une part la quête de l’absolu, la recherche de la perfection et d’autre part l’éloge de la médiocrité par certaines élites manipulatrices.

Une critique de la société, guidée par les intérêts mercantiles et la haine de l’individualisme dans ce qu’il peut avoir de plus créatif. La recherche éperdue du pouvoir à tout prix et la proéminence du monde du paraître, par un appel surfait aux bons sentiments prétendument altruistes.

Le profond respect de l’individu d’un côté, sous des apparences ou accusations d’égoïsme, contre le mépris du bon peuple, le cynisme et l’arrivisme de ceux qui se prétendent altruistes ; le règne des démagogues, dans tout ce qu’il a de malheureusement bien classique.

Un monde de superficialité où se mélangent les bons sentiments et où règnent les apparences, comme Dostoïevski le montra déjà si bien naguère dans son célèbre roman L’Idiot, en un autre temps, en un autre lieu et dans un autre style.

En témoigne le passage où certains personnages discutent ensemble de leurs succès en librairie fondés sur des témoignages insignifiants, alors même qu’un désintérêt général est porté aux grandes réalisations de l’esprit humain, ce qui est le juste reflet de ce que l’on peut effectivement constater bien souvent dans la réalité quotidienne, quelle que soit l’époque.

Autre thème développé, celui de la corruptibilité de l’esprit humain. Certes, il s’agit d’une vision pessimiste, et très rares sont les êtres incorruptibles capables de conserver leur nature profonde et leurs convictions en fonction des situations. Mais une vision, hélas, cependant assez tristement réaliste.

Cette histoire est aussi celle de l’hypocrisie, celle de la critique et de tous ceux qui font les modes, c’est-à-dire de ceux-là mêmes qui, après avoir fait tout pour détruire l’image d’un esprit créateur, font l’éloge post-mortem de celui qu’ils avaient pourtant contribué à décrédibiliser, dès lors que l’humeur du temps y est favorable, allant même sans complexe jusqu’à l’aduler.

Ce roman est surtout celui de l’affrontement sans merci entre le désir de puissance des uns et la recherche de l’intégrité absolue de quelques très rares autres.

On y retrouve le thème fort de l’égoïsme chez Ayn Rand, qui peut s’apparenter à ce que d’autres appellent l’individualisme méthodologique, avec de très intéressants passages, tels que celui sur le logement social par exemple (p. 576), très évocateurs de ce que l’on peut toujours observer aujourd’hui et en font un roman d’une très grande actualité.

Mais le vrai thème central, autour duquel gravitent tous les autres, à travers une poignée de personnages forts et souvent difficiles à cerner, est celui de l’opposition entre égoïsme et altruisme. L’égoïste est celui qui n’a cure de l’approbation des autres, qui n’aspire qu’à vivre selon son propre idéal. Il s’apparente à ceux qui créent, agissent, produisent et pour qui le stimulant est le bonheur, qui est uniquement quelque chose de privé, mais est pourtant moteur pour l’ensemble de la société.

A l’inverse, l’altruisme conduit à un oubli de soi-même qui aboutit à rater sa vie, à une trahison de soi consistant à faire croire que l’on est quelqu’un plutôt que de devenir quelqu’un et à vivre en fonction des autres. Il n’est là que du domaine du paraître. En définitive, cela ressemble à l’égoïsme, mais est au contraire du domaine de l’altruisme car tout ce qu’on fait, toute la vie s’articule autour de celle des autres, mais pas au sens où on peut l’entendre habituellement. Il faut, en réalité, lire le livre pour comprendre de quoi il est question, la pensée randienne étant assez complexe.

Et, comme le dénote l’auteur, à force de s’entendre répéter que l’altruisme est l’idéal le plus noble, cela a ouvert la voie à toutes les horreurs possibles. Une excellente leçon, en tous les cas, après tout ce que le XXe siècle a connu comme vilenies. Et dont les principes restent largement à découvrir.

 

 

— Ayn Rand, La source vive, Feux croisés, septembre 1999, 686 pages. (Version anglaise)

 

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Peu de penseurs de la tradition libérale classique suscitent autant de réactions qu’Ayn Rand. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, la romancière américaine née en Russie polarise comme nul autre.

Née à Saint-Pétersbourg en 1905, Ayn Rand – ou Alisa Rosenbaum comme elle s’appelait alors – a vécu la révolution russe, à la suite de laquelle la pharmacie de son père fut confisquée et sa famille, comme beaucoup d’autres, dut traverser des moments difficiles. En 1926, elle parvint à obtenir l’autorisation de quitter la Russie pour rendre visite... Poursuivre la lecture

3
Sauvegarder cet article

Pour écouter le passage de Mathilde Berger-Perrin dans le podcast de Contrepoints : cliquer ici.

De la toute fraîche publication de Ayn Rand, l'égoïsme comme héroïsme signé de Mathilde Berger-Perrin (1) dans une collection de vulgarisation exigeante pour grand public « éclairé », on ne peut d'entrée de jeu que se réjouir.

Jusqu'à présent, en France, Ayn Rand devenait de moins en moins inconnue, mais insuffisamment, bien qu'au pays le plus social-étatiste d'Occident les ventes de La Grève (plus de 20 000 exemplaires) se soient ré... Poursuivre la lecture

Par Tadd Wilson. Un article de la Foundation for Economic Education

En dépit de ce qui est enseigné dans la plupart des universités, les idées libérales essentiellement classiques de l'économie de marché libre et du gouvernement limité ont remporté le test de base de toute doctrine : est-elle la meilleure alternative ? La preuve en est évidente, qu'il s'agisse de l'effondrement de l'économie planifiée de l'ancienne Union soviétique, ou de la réduction du secteur public dans des pays aussi variés que l'Estonie, la Nouvelle-Zélande et la... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles