Un combat perdu d’avance

François Hollande se bat contre une économie morose, des hordes fascisantes, le retour du racisme et une courbe du chômage qui n’en finit pas de ne pas s’inverser. Mais son plus grand combat, c’est le combat contre le réel.

Le gouvernement part en guerre contre la concurrence.

Ron Paul à son bureau
Ron Paul à son bureau

Ne volez pas ; le gouvernement déteste la concurrence. – Ron Paul

Le gouvernement français est particulièrement hostile à la concurrence, et triche régulièrement pour assurer sa victoire. C’est ainsi qu’il pénalise les employeurs pour ensuite aider l’emploi, dissout les groupuscules fascistes pour être le seul représentant du fascisme ;dans le discours et les actes, on envisage l’État et la société comme raison d’être, et réponse à tous les problèmes, des citoyens.

En plus de ses fonctions régaliennes, l’État s’impose dans les cuisines comme organisateur de rangement de réfrigérateurs et pourfendeur du gaspillage ; dans les écoles comme scénariste de l’histoire et gardien de ses valeurs ; dans les maisons comme garant de la pureté de l’air, où il interdit les cheminées à feu ouvert, l’encens et les bougies parfumées. Il organise des centres aérés et les transports publics ; subventionne des performances artistiques et entretient des musées ; il décide de la vitesse et des caractéristiques des voitures.

Il bat la monnaie, ou l’imprime, en acceptant que la monnaie n’ait de valeur que subjective ; il dénonce pourtant d’autres monnaies, comme le Bitcoin, dont «la valeur […] n’est adossée à aucune activité réelle».

La charge n’est pas neutre ; il s’agit d’imposer un agrément officiel, qui lui donnerait un pouvoir sur cette monnaie virtuelle qui, jusque-là, s’est très bien passé de lui.

Détruisant progressivement et sans fair-play toute concurrence, l’État s’impose, et impose les citoyens. Cécile Duflot dénonçait récemment la flambée des loyers et leur part croissante dans les revenus des locataires ; les prix de la téléphonie, des transports, de l’alimentation, des assurances et mutuelles, des loisirs sont souvent tenus pour responsables de la baisse du pouvoir d’achat, au point qu’il soit difficile de joindre les deux bouts dans un ménage ou seul l’un des parents travaille. Mais s’il est un poste de dépense qui a augmenté, c’est bien celui des prélèvements. Malheureusement, ils sont obligatoires.

L’augmentation depuis 1960 est flagrante ; le taux a augmenté d’environ 15 points, soit 50%. Si on compare les prélèvements aujourd’hui avec le début du siècle, ou les siècles précédents, elle l’est encore plus ; alors qu’un Français travaille jusqu’au 26 juillet pour l’État, le jour de libération fiscale sous l’Ancien Régime survenait le 18 janvier.

De presque rien, la part de l’État dans le budget des ménages est passée à près de la moitié, sans mentionner la dette et l’inflation qui sont des impôts cachés et sont payés par les citoyens. Tout, d’ailleurs, est payé par les citoyens ; et si l’État peut aujourd’hui s’arroger la moitié de la richesse produite en ne détruisant qu’en partie l’économie, c’est grâce à l’inventivité des hommes qui multiplient leur propre capacité à créer de la richesse.

18 jours dans l’année travaillés pour l’État au 18ème siècle, 209 jours aujourd’hui ; l’homme et le citoyen ont de ce point de vue moins de droits sur eux-mêmes qu’avant qu’on ne leur en accorde. Pourtant, on continue de faire de l’État un moteur de progrès, quand bien même il se nourrit de l’énergie des citoyens et de leur vie.

Et c’est, une fois de plus, un combat de François Hollande – son principal combat, le combat contre le réel.

Ainsi, les opposants au Mariage pour Tous sont réactionnaires ; s’ils défendent des valeurs, il s’agit de valeurs du passé, et ils sont des opposants au progrès. Ceux qui considèrent que l’interruption volontaire de grossesse est une interruption de vie et que c’est un choix lourd qui mérite réflexion ont des idées dépassées, arriérées. Les manifestants contre l’équitaxe relèvent de la manipulation, incarnent une « droite indécrottable ».

Les idées d’un constructiviste sont l’avenir et doivent devenir le réel ; tout élément du réel dissonant avec son réel à lui doit disparaître, tout ce qui ne va pas dans le sens de l’histoire doit disparaître de l’histoire.

La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire. – Philip K. Dick

On ne peut faire disparaître la réalité, mais on peut la modeler, la façonner, la changer, la manipuler. Pour que les croyances collectivistes deviennent réalité, il faut que tout le monde accepte d’y croire ; il est important pour cela de réécrire l’histoire, de déconstruire l’individu dès l’enfance ; et si ça ne suffit pas, déclarer certaines opinions comme irrecevables en les assimilant à d’autres permettra de disqualifier le discours dissident.

Difficile aujourd’hui de dénoncer la théorie du genre, qui n’a su faire la preuve que de ses dangers, sans être réactionnaire et conservateur. Demander que l’État réduise la part de nos vies qu’il confisque est encore pire : c’est individualiste voire égoïste.

Un discours individualiste n’est aujourd’hui plus un discours recevable. Le spectre de l’acceptable varie, au gré des évolutions de l’esprit du temps que les collectivistes ont l’art d’influencer. Mais ils ne peuvent influencer l’individu que si celui-ci accepte leurs règles du jeu.

Être honnête, c’est reconnaître le fait que l’irréel est irréel et ne peut avoir aucune valeur, que ni l’amour ni la gloire ni l’argent ne sont une valeur s’ils sont obtenus par la fraude ; qu’en tentant d’acquérir une valeur en trompant l’esprit d’autrui, on porte sa victime à une position plus haute que la réalité, où on devient tributaire de son aveuglement, esclave de leur non-raisonnement et de leurs évasions du réel, alors que leur intelligence, leur rationalité et leur acuité deviennent les ennemis qu’on doit craindre et fuir. Être honnête, c’est reconnaître le fait qu’on ne veut pas vivre dans la dépendance, encore moins dans la dépendance de la stupidité des autres, ou comme un dupe dont les valeurs trouvent leur source dans les dupes qu’il parvient à duper ; c’est reconnaître le fait que l’honnêteté n’est pas un devoir social, pas un sacrifice qu’on fait pour autrui, mais la vertu la plus égoïste dont l’homme peut faire preuve : le refus de sacrifier la réalité de sa propre existence à la conscience bercée d’illusions des autres. – Ayn Rand, For The New Intellectual

Il faut, pour garder pied et une emprise sur le réel, l’accepter tel qu’il est ; il faut accepter de défendre son opinion, de ne pas la sacrifier par crainte de se voir affublé de quelque épithète que ce soit ; et surtout, il faut accepter cette épithète si elle correspond à la réalité de ce que nous sommes.

La réflexion a laissé la place au débat, qui lui-même devient pédagogie ; chacun pouvait avant se forger sa propre opinion, puis il est devenu de bon ton de se rallier à l’opinion des autres, et il est désormais indécent de ne pas comprendre.

Il est indécent de ne pas comprendre pourquoi le travail des uns doit financer le train de vie des autres ; pourquoi certains doivent voir leurs impôts augmenter sans cesse alors que d’autres y échappent toujours ; pourquoi, en France, tout contribuable est obligé de financer des associations et partis politiques dont il désapprouve les opinions, les paroles et les actes, de financer des journaux faisant l’apologie du communisme et rendant hommage à Staline ; pourquoi des syndicalistes mafieux financés par l’État sont amnistiés au mépris de l’égalité devant la loi.

Il est inadmissible en France de considérer que l’intérêt général n’est ni plus, ni moins que la somme des intérêts particuliers, et que personne n’en est le dépositaire, même élu par une forte minorité ; ou que le plus grand nombre n’a pas toujours raison.

La déconnexion d’avec le réel, poursuivie par le président du déni, est bien plus dangereuse que la destruction consciencieuse de ce qu’il reste de création de richesse en France ; ses impacts sont bien plus durables. S’il est un combat à mener, c’est le combat pour le réel, ce combat pour pouvoir penser et dire la réalité.

Le vrai combat de l’individu face au collectif, le combat de la liberté, est avant tout un combat pour la reconnaissance de la réalité, qui est aussi un combat pour la connaissance de la réalité.

L’honnêteté intellectuelle implique de savoir ce que l’on sait, d’étendre constamment ses connaissances et de ne jamais éviter esquiver ou manquer de corriger une contradiction. Cela signifie développer un esprit actif comme attribut permanent.

[…] L’honnêteté intellectuelle consiste à prendre les idées sérieusement ; prendre les idées sérieusement consiste à vivre selon, à pratiquer, toute idée qu’on considère comme vraie. – Ayn Rand

Les libéraux n’exigent rien de vous, si ce n’est de ne pas leur enlever leur liberté. L’éthique de la liberté est la seule éthique qui ne contraigne à rien d’autre que respecter les droits d’autrui ; le reste dépend de votre jugement, de vos préférences et de vos choix.

C’est votre capacité à juger et agir selon votre jugement que les collectivistes entendent détruire, en parallèle de la destruction de votre liberté et pour la pérenniser. Ne les laissez pas faire ; acceptez que la réalité existe, acceptez ce qu’est la réalité, apprenez la, connaissez la. Ne laissez à personne le pouvoir de vous dicter la réalité, et développez sans cesse la finesse de vos perceptions et la somme de vos connaissances. Soyez votre propre maître et le gardien de l’existence du réel ; soyez le gardien de votre propre existence et de votre liberté plutôt que le gardien de votre frère.

La marque de l’honnête homme est qu’il pense ce qu’il dit et sait ce qu’il veut dire par là. – Ayn Rand