Lettre ouverte à Bruno Vanryb… le libéral qui ne voulait pas qu’on le nomme ainsi

Lettre ouverte

Mais qu’est ce qui peut bien conduire les avocats d’une idée aussi belle que la liberté, à craindre de s’assumer comme tel ?

Par Frédéric Georges-Tudo

Cher Bruno Vanryb 1,

Lettre ouverteLors de votre passage dans l’émission Les Experts BFM du 29 novembre dernier, vous avez posé un diagnostic qui m’est allé droit au cœur. Une remarque pleine de bon sens qui ravira les lecteurs de Contrepoints, tant elle reflète bien leur sentiment d’immense gâchis. Voici donc en substance ce que vous avez déclaré :

« On a un vrai problème idéologique dans ce pays. Toute mesure qui ne va pas dans le sens d’un contrôle total par l’État de la façon dont l’argent est dépensé ou redistribué, y est taxé d’ultra-libérale. Ce qui nous empêche de mettre en place des mesures économiques saines et qui permettraient d’arrêter cette idée folle consistant à penser que l’État sait mieux que nous comment utiliser notre argent (…) On prend cet argent et on le resaupoudre en pensant faire de la justice. Mais ce n’est pas de la justice qu’on fait ! Car l’État n’est pas omniscient. Les fonctionnaires qui sont en charge n’ont pas la connaissance profonde de là où il faut mettre cet argent. »

Face à une telle évidence, l’économiste proche du pouvoir Eric Heyer en fut d’ailleurs réduit à rétorquer que notre État-providence ne s’en tire pas si mal avec un PIB/habitant comparable à celui de l’Espagne. Faut-il se réjouir de voir la France désormais au même niveau de prospérité qu’un pays trois fois moins riche qu’elle il y a à peine 50 ans ? C’est un autre débat sans rapport avec cette lettre (quoique…)

Si je m’adresse publiquement à vous, c’est avant tout pour vous interpeller à propos des quelques mots prononcés au préalable. Avant de regretter ce « libéral bashing » si français, vous avez en effet jugé utile de préciser ceci :

« Vous le savez, je ne suis pas du tout un libéral… extrêmement… comment dirais-je… comme on dit en France, un ultra-libéral. »

Ne vous ayant jamais rencontré, je n’aurai pas la prétention de caractériser vos opinions politiques à votre place. Par exemple, j’ignore tout de votre position sur le mariage gay ou sur la légalisation du cannabis. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de me désoler de voir un homme tel que vous craindre d’être assimilé à un libéral. Pourquoi un chef d’entreprise qui défend les idées libérales avec brio à chacun de ses passages sur BFM, éprouve-t-il le besoin de rassurer les auditeurs sur sa non appartenance à cette école de pensée ? En agissant ainsi, je pense hélas que vous ne faites que renforcer sa diabolisation. En commençant par refuser de mettre les mots exacts sur votre vision de l’économie, il me semble que vous apportez votre pierre à ce « vrai problème idéologique » pointé quelques secondes plus tard avec justesse. Car si ceux qui vivent par et pour la liberté d’entreprendre ne s’en réclament pas, qui d’autre le fera à leur place ? Si même les entrepreneurs refusent d’associer le terme « libéralisme » aux réformes dont notre pays a tant besoin, comment espérer voir un jour un authentique libéral se retrouver en capacité de les mettre en œuvre ?

Peut-être m’objecterez vous que c’est avant tout le qualificatif « ultra » que vous réfutez. Sauf votre respect, vous sautez là à pieds joints dans un piège perfide… Car ultra ou néo, nous ne sommes que dans une nuance sémantique imaginée par les adversaires de la liberté pour mieux la discréditer. Hélas, force est de constater que la manœuvre fonctionne à merveille. A-t-on jamais vu des ultra-républicains ou des néo-démocrates ? Non, bien sûr. Quoiqu’il en soit, une philosophie qui interdit à quiconque d’obtenir quelque chose de son prochain par la tromperie, la coercition ou la violence, est, par essence, imperméable à toute forme d’extrémisme.

Cher Bruno Vanryb, j’ignore si le fait de vous assumer comme libéral présenterait pour vous un quelconque intérêt. Je sais en revanche que le libéralisme a un grand besoin de hérauts et de héros tels que vous. Lorsqu’on a su convertir un apport de 2000 euros en une entreprise employant plus de 500 personnes, on a toute légitimité à vanter sans fard les extraordinaires bienfaits du libéralisme. Voilà tout simplement ce que je souhaitais vous écrire.

Bien libéralement.

Frédéric Georges Tudo

 

  1. Bruno Vanryb est un entrepreneur français âgé de 56 ans. il est PDG et co-fondateur d’Avanquest Software (100,2 millions de CA), une société de logiciels grand public spécialisée sur la mobilité, les outils utilitaires, le design graphique et la maîtrise du marketing Internet. Membre du Conseil d’Euronext Paris, Bruno Vanryb est également président du Collège Éditeurs du Syntec Numérique.