« La Politique de l’individu », de Fabienne Brugère

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« La Politique de l’individu », de Fabienne Brugère

Publié le 5 décembre 2013
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Par Stéphane Couvreur.
Un article de l’Institut Coppet.

La-Politique-de-lindividu-Fabienne-BrugèreLe propos de l’ouvrage

L’individualisme se traduit par des demandes très variées. Les droits sociaux doivent tenir compte des formes de vie individuelles et de leur pluralité. Comment construire une politique avec un tel nœud de différences ?

L’individu signifie ici qu’il existe une grande variété de talents, de valeurs et d’aspirations singulières qui doivent pouvoir s’exprimer. Il ne s’agit pas uniquement de l’individu des droits de l’homme ni de l’individu égoïste. C’est un mixte d’individu actif, d’individu moralement autonome et d’individu narcissique, qui se pose comme indépendant des liens sociaux qu’il peut avoir par ailleurs.

D’après Robert Castel, la propriété sociale jouant le rôle d’un appui pour tous est en crise. De plus, comme le constate Marcel Gauchet, l’État-providence a occulté les autres moyens d’assistance. En France, la dépendance à l’égard de l’État a pour conséquence une solitude plus grande des individus en difficulté. Enfin, selon Yann Algan et Pierre Cahuc, le déficit de confiance des Français provient d’un modèle social construit sur des fondements corporatistes et étatiques. L’une des conséquences est la mainmise de groupes partisans ou d’intérêts sur le pays.

Nous ne vivons pas une crise de l’individu, mais une incapacité de la politique à prendre en compte l’individualisation de la société et à soutenir l’individu. Déployer une politique de gauche, c’est redéfinir l’État social français. Ce livre plaide en faveur d’une politique de l’individu fondée sur le soutien :

  • des droits réels permettant la réalisation de soi (Sen, Nussbaum) : éducation, santé, travail ou participation à la vie publique ;
  • quand les individus sont confrontés à des accidents de la vie qui les font « décrocher », seules peuvent réussir des politiques personnalisées.

Ce retour au politique ne saurait être seulement un retour à l’État. Il tient tout autant dans une reconnaissance de la société civile et de ses actions publiques ou collectives. Les collectifs se sont privatisés. Il existe nombre incroyable d’associations en France : Samu social, ATD Quart Monde, Emmaüs, Restos du cœur, Cimade, SOS Amitié, mais aussi revenu minimum d’insertion (RMI) ou couverture maladie universelle (CMU). En fin de compte, l’État doit sortir de lui-même : aller vers les individus, les politiques locales, la société civile organisée, etc.

Commentaire

Face à un constat classique (inefficacité de l’État, effets pervers et capture de rentes), Fabienne Brugère propose de donner plus de place à la société civile et d’individualiser les politiques sociales. Mais ses préconisations restent vagues, trop timides et surtout très statocentriques. Le livre n’ose pas aborder de front la contradiction entre la diversité et la liberté des individus, et l’intervention de l’État qui est nécessairement homogénéisante et coercitive.

En complément, on pourra lire d’Yves Guyot La démocratie individualiste disponible sur le site de l’Institut Coppet.

Fabienne Brugère, La politique de l’individu, Seuil, octobre 2013, 128 pages.


Sur le web.

 

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  • Si l’on rejoint l’esprit de Fabienne Brugère, et du reste qui s’y opposerait sur le fond ? il n’est pas concevable de laisser des gens à la dérive, surtout ceux relevant d’un incident de vie, le dire est aisé, les solutions à apporter sont autres.
    De toutes les façons, la marginalité ou l’isolement social quel qu’en soit la cause, volontaire ou pas a un coût pour la société, sinon accepter qu’en cas d’échec de vie s’ouvre sous nos pieds une trappe vers l’enfer (sur terre), si tel était le cas, ces laissés pour compte deviendraient belliqueux, tôt ou tard, et leur masse croissant c’est un paramètre qu’il ne faut jamais perdre de vue.

    Ce qui ne fonctionne pas, ou plutôt trop bien, c’est le concept de répartition des richesses, qui ne doit pas être le ressort premier de l’état, la politique étant un autre sujet.

    L’assistanat a été hissé au rang de chose due, et c’est le coeur du problème, l’état se fait généreux dans sa redistribution tout comme l’homme politique dans ses propositions, le second entretenant et alimentant le premier.

    Peut être faudrait-il une réserve spécifique prélevée sur l’impôt (qui nous ne leurrons pas existera tant que perdureront les hommes sur cette terre), une flat-tax sociale, gérée de façon drastique et étanche au pouvoir, dont les bénéficiaires seraient clairement identifiés; le coût d’un tel système n’étant nullement effarant.
    Les comptes de tels organismes doivent être publiés au centime près et disponibles à chaque citoyen (finalement comme ceux d’une entreprise).
    A cette condition, il y a peu de monde qui s’oppose à aider son prochain via un système collectif; ce qui ne marche pas actuellement c’est qu’une masse d’argent considérable est absorbée par l’état et qu’elle n’est qu’un engin d’arrosage clientéliste dans les mains d’élus, si ce n’est une cause d’enrichissement personnel.

    L’autre défaut de la redistribution des richesses par l’état, c’est la mise en place d’une société assistée et dépendante, qui n’a d’autre horizon que le laisser aller, et dont la dignité des individus est atteinte de façon irréversible dès la plus tendre enfance au travers de la cellule familiale.
    Encore une fois, l’ouvrage de Thilo Sarrazin « L’allemagne disparaît » est un manifeste précis sur ce sujet.

    La gestion de la misère, de la déchéance sociale (1) ou simplement (si l’on peut dire) de cas tels que les invalidités et incapacités natives, se doit être un mix d’initiatives privées et d’état avec une garantie de cloisonnement (absolu) du pouvoir.
    L’argent qui est injecté dans ce compartiment ne doit jamais servir d’autres causes et doit être employé avec la plus grande efficacité; encore une fois les coûts de gestion, si les résultats sont constatés et l’argent bien employé, ne posent de problèmes à personne.

    Le libéralisme n’a pas besoin de se prétendre de gauche et encore moins de droite pour prendre en compte des paramètres sociaux.

    (1) en terme de déchéance sociale il faut distinguer tous les évènements liés au monde du travail, dans un système par répartition tel que le notre, c’est la porte ouverte à tous les abus et facilitées, dans un système privé, l’individu est pris en charge par son assurance, cette dernière qui a pour vocation de dégager des bénéfices sera toujours plus vigilante sur la véracité des pathologies déclarées.
    Nous avons du reste l’exemple avec la Grèce, sous la pression des créanciers et forcé de revoir son modèle, l’état Grec à dépêché des contrôleurs et oh miracle, des aveugles ont recouvré la vue, des invalides leur mobilité et ce par dizaines de millier, et ceci pour l’anecdotique…

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