Ce régime d’incertitude qui tue l’économie française

Pour la première fois de la 5e république, une majorité de Français veut baisser ou simplifier la fiscalité.

Par Bernard Martoïa.

Fiscalité Impôts TaxesFace à la fronde fiscale qui s’étale en France, le Premier ministre a proposé un « bing bang fiscal » pour remettre à plat notre fiscalité.

Rares sont les politiciens qui ne se contredisent pas, le Premier ministre en tête, puisqu’il déclara, le 12 juin 2012,sur la chaîne de télévision BFM qu’il n’y aurait pas de « bing bang fiscal » et il ajouta : « Ce que nous allons faire, c’est la progressivité de l’impôt. »  C’est exactement ce que son gouvernement a fait avec la tranche d’impôt sur le revenu à 75% pour les revenus de plus d’un million d’euros par an avec les conséquences négatives et prévisibles que votre serviteur a mentionnées en début d’année.

Plus sérieux que cette volte-face qui n’engage que ceux qui croient encore à la parole d’un élu de la nation est le sondage sur le site du Point. « La remise à plat du système fiscal doit-elle surtout servir à ? » Les journalistes ont offert aux internautes de voter pour l’une des quatre réponses suivantes.

Voici le résultat de ce sondage

  • 1° le simplifier, plus personne n’y comprend rien.  32.8%
  • 2° Fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu pour augmenter leur progressivité  16.7%
  • 3° Faire baisser les impôts 38.6%
  • 4° Augmenter la compétitivité des entreprises 11.9%

Quelle leçon en tirer ?

Une note d’espoir, pour nous libéraux de la première heure, car la majorité des votants veulent réduire les dépenses publiques (du jamais vu sous la Ve République !), suivie d’une simplification de la fiscalité (flat tax sous-jacente avec élimination de toutes les niches fiscales que nous proposons depuis des lustres) et d’augmenter la compétitivité des entreprises (les Français commencent à réaliser que la richesse d’une nation provient des entreprises et non pas des embauches de fonctionnaires.)

En revanche, on devine une grande inquiétude pour certains dans la deuxième question relative à la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu pour augmenter leur progressivité. Cette question, sans doute téléguidée par Matignon, masque le désarroi de la classe politique française à l’idée de la fin du monopole de la Sécurité sociale qu’elle ne veut toujours pas reconnaître officiellement. Saluons le courage du député Paul Salen à reconnaître la portée de cet arrêt symbolique qui va libérer le peuple français asservi par l’idéologie communiste depuis 1945. Ce député a eu l’audace de poser cette question écrite, le 12 novembre 2013, à la ministre des Affaires Sociales et de la santé dont la conclusion est logique.

«Dans le cadre de la fin du monopole de la Sécurité Sociale ne faut-il pas craindre que l’ensemble de ces mesures, loin de constituer une solution, ne conduisent les Français à préférer des systèmes alternatifs pour la prise en charge de leurs soins ? Aussi il lui demande quelles sont les perspectives qui s’ouvrent, à la France, suite à l’arrêt de la CJUE du 3 octobre 2013. » [1]

La perspective de la disparition de facto et non de jure (entre 30 et 40 000 Français par mois entreprennent les démarches nécessaires pour quitter la SS depuis l’arrêt de la CJUE selon le MLPS) est sérieusement envisagée par le gouvernement à travers cette idée de fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu en augmentant encore la progressivité de l’impôt. Pourquoi pas un taux de 110% pour faire plaisir à la base socialiste ? Ce n’est malheureusement pas une vue de l’esprit car des professions libérales ou des entrepreneurs sont de nos jours victimes de l’abus fiscal.

Lors de la campagne présidentielle américaine de 1964, placée sous le signe du Welfare State [2] du président sortant Lyndon Johnson, le candidat conservateur Barry Goldwater (1909-1998) dit aux électeurs : « Méfiez-vous d’un État qui peut tout vous donner car un jour il vous reprendra tout votre argent. » Nous y sommes !

Une cinquième question est éludée par le sondage du Point : l’instabilité fiscale chronique dont souffre particulièrement notre nation. L’économiste et historien Robert Higgs a donné une explication cohérente à la Grande Dépression américaine qui a commencé, le 24 octobre 1929, avec le krach de Wall Street et s’est terminée, le 7 décembre 1941, avec l’attaque japonaise par surprise de la base aéronavale de Pearl Harbor. Pour Higgins, ce n’est pas tant le manque de réceptivité de l’administration américaine à la théorie macro-économique de John Maynard Keynes en faveur d’un massif plan de relance de l’économie à travers une augmentation considérable du déficit budgétaire vantée, de nos jours, par son chantre Paul Krugman, mais le régime d’incertitude que fit planer le président Franklin Delano Roosevelt sur l’économie américaine. Contrairement à Thatcher ou à Reagan, Roosevelt n’avait aucune connaissance économique. C’était un pur politique. Il se fiait davantage à son intuition qu’aux experts. Il accouchait d’une idée presque tous les jours. Plus le chômage augmentait, plus il inventait des mesures étatistes pour le juguler, comme les grands travaux publics ou les aides à l’agriculture. Plus les Américains s’enfonçaient dans la dépression, plus il se sentait obligé de faire n’importe quoi pour leur venir en aide.

Ce cercle vicieux est le lot du locataire de l’Elysée et de son prédécesseur depuis un certain 15 septembre 2008 avec la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers. Plus des entreprises françaises font faillite, plus le gouvernement se sent obligé d’intervenir. Il est dans un rôle permanent et ambigu de pompier pyromane.

A travers ce sondage, une majorité de Français commence à réaliser que la cause première de la fermeture des entreprises sur notre territoire n’est pas tant la faute de la mondialisation que celle du gouvernement qui a instauré un régime d’incertitude pénalisant l’épargne et l’investissement à travers une fiscalité erratique et confiscatoire. A propos du big bang fiscal du Premier Ministre, Albert Einstein lui aurait certainement répondu : «On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés. »

  1. A lire ici
  2. Welfare State est l’Etat providence qui prend en charge les individus du berceau au cercueil.