Mais que diable font-ils de tous ces rapports ? Et les lisent-ils au moins ?

Les rapports remis à l’exécutif sur la situation économique de la France s’empilent…

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Rapports commissions (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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Mais que diable font-ils de tous ces rapports ? Et les lisent-ils au moins ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 22 novembre 2013
- A +

Par Nicolas Nilsen.

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Un peu comme le Beaujolais nouveau, les “Rapports” au Président de la République reviennent régulièrement : il les commande puis les reçoit en grande pompe car ils sont évidemment tous plus importants les uns que les autres. Pendant quelques heures, ils font la « une » des journaux ou d’un JT, et puis, pfouit, plus rien : placard ! C’est d’ailleurs le but principal de ces rapports : faire de l’esbroufe, distraire l’opinion, occuper les médias, gagner du temps et annoncer très vite la commande du prochain rapport : ainsi font font font les petites marionnettes… Mais les lisent-ils au moins ?

J’en doute car nos dirigeants ont de toute évidence une très faible capacité à maîtriser des informations écrites ou chiffrées. J’en ai eu la confirmation récemment, en découvrant l’enquête de 2012 de l’OCDE sur les compétences des adultes, mesurant, dans 24 pays, leur capacité à exploiter de l’information écrite ou chiffrée. Et il en ressort que 22% des Français âgés de 16 à 65 ans ont un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit et 28% dans le domaine des chiffres (pour l’ensemble des pays participants, les proportions moyennes sont respectivement de 16% et 19%).

Les « ministres » ne font malheureusement pas l’objet d’une catégorie statistique individualisée mais si notre Président et le Premier ministre ne maîtrisaient ni « l’écrit » ni les « chiffres » ce serait — et c’est donc — très grave : la France va en effet très mal et ils auraient été incapables de lire et comprendre les dizaines de rapports qui ont clairement fait le diagnostic de la France, en particulier dans le domaine économique où tout s’effondre.

imgscan contrepoints 2013-2399 rapports commissionsJ’ai fait une petite recherche en ne prenant évidemment que les sujets économiques essentiels. Je vous la livre telle quelle, sans commentaire : les titres des rapports et leurs dates devraient suffire à leur faire honte et à vous mettre en garde (on vote l’année prochaine) sur leurs compétences intellectuelles. La liste donne le vertige. Et surtout le sentiment d’un stupéfiant gâchis.

1. Rapport sur la « Compétitivité et croissance en Europe : groupe de travail franco-allemand »

Date de remise : mai 2013

Établi en commun par Jean-Louis Beffa, Président d’honneur de Saint-Gobain, Président de Lazard Asie, Gerhard Cromme, Président du Conseil de Surveillance de Siemens, le Medef (Mouvement des entreprises de France), l’Afep (Association française des entreprises privées) et le BDI (Bundesverband der Deutschen Industrie), ce document porte sur les mesures à prendre au niveau de l’Union européenne, pour stimuler la croissance et la création d’emplois, améliorer le financement de l’économie à court et moyen terme et rendre l’Europe plus compétitive. Il a été remis au président de la République François Hollande et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne Angela Merkel. À noter que ce rapport est disponible en version française, allemande et anglaise. Direction ? placard !

2. « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française »

Date de remise : novembre 2012

Mais oui, il s’agit du fameux « Rapport Gallois » remis au Premier ministre, où le commissaire à l’investissement, présentait 22 mesures pour améliorer la compétitivité de l’industrie française. Pour « créer un choc de compétitivité » il préconisait de transférer une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC –de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5% du PIB vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales. Le rapport préconisait par ailleurs de reprendre les recherches sur les gaz de schistes, de renforcer le pouvoir des régions en matière de politique industrielle et de politique sociale, de préserver les budgets de la recherche et de l’innovation et de doubler le nombre de formations en alternance. Direction ? placard !

3. Livre vert sur la coopération franco-allemande – Points de convergence sur la fiscalité des entreprises

Date de remise : février 2012

Préparé par les ministres français et allemand de l’économie et des finances, ce rapport avait pour objet de présenter des propositions en vue de la convergence de l’assiette et des taux de l’impôt sur les sociétés en Allemagne et en France. Cinq thèmes de convergence avaient été identifiés : le régime de groupe, le traitement fiscal des dividendes et des charges en particulier d’intérêts, les régimes de reports des déficits fiscaux, les règles d’amortissement et le régime des sociétés de personnes. Le rapport s’appuyait notamment sur les travaux de la Cour des comptes (« Les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne ») remis au Président de la République en mars 2011. Le rapport était également disponible en allemand mais les Français n’ont à l’évidence pas lu la version française. Direction ? placard !

4. Rapport « L’emploi des jeunes, grande cause nationale »

Date de remise : janvier 2012

Dans ce rapport remis au Président de la République — essentiel compte tenu de la marée montante du chômage des jeunes — le député M. Alain Joyandet s’attachait à identifier des pistes visant à lutter contre le chômage des jeunes (qui touche 21,9% des jeunes « actifs », dont 8,6% âgés de 16 à 25 ans) et créer 350 000 emplois supplémentaires en 5 ans. À travers ses propositions, l’auteur privilégiait deux objectifs : d’une part, faire passer de manière structurelle le nombre de jeunes en alternance de près de 600 000 à près de 900 000 d’ici à 5 ans ; d’autre part, décider d’une mesure conjoncturelle afin de faire entrer très vite au moins 50 000 jeunes dans les très petites entreprises (TPE) avec la création d’un contrat sans charges pour les moins de 25 ans. Direction ? placard !

5. Rapport sur « La simplification du droit au service de la croissance et de l’emploi »

Date de remise : juillet 2011

Ce rapport portant sur la simplification des normes à destination des acteurs de la vie économique avait été commandé par le Président de la République au Président de la commission des lois de l’Assemblée nationale. Il comprenait 422 pages (eh oui, que voulez-vous, simplifier les normes c’est long !) et faisait près de 280 propositions organisées en 18 thèmes. La première partie du rapport regroupait huit thèmes de simplification concernant l’ensemble des entreprises (mesures relatives à la vie statutaire des entreprises, à la vie sociale ou aux obligations comptables et fiscales). La seconde partie regroupait dix thèmes de simplification portant sur des secteurs d’activités déterminés : secteur agricole, secteur des travailleurs indépendants, transports, médias… Direction ? placard !

6. Rapport « La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le XXIe siècle »

Date de remise : janvier 2011

Remis au Président de la République dans le cadre de la Présidence française du G20, le rapport proposait des pistes de réforme du système monétaire international à la suite de la crise économique qui touchait la totalité des économies développées. Le groupe de travail réuni par Michel Camdessus, Alexandre Lamfalussy et Tommaso Padoa-Schioppa, dressait un « diagnostic et quelques orientations de réforme pour une meilleure gouvernance du système monétaire mondial, susceptible d’assurer la discipline et la stabilité nécessaires à une croissance soutenable et créatrice d’emplois ». Le rapport était disponible en deux versions, française et anglaise mais nos ministre ne comprennent que le chinois. Direction ? placard !

7. Rapport « Réaliser l’objectif constitutionnel d’équilibre des finances publiques »

Date de remise : juin 2010

Le rapport avait été demandé par le Président de la République à Michel Camdessus, lors de la première session de la conférence sur le déficit organisée le 28 janvier 2010, pour formuler des propositions pour mieux assurer le respect de l’objectif d’équilibre des comptes des administrations publiques inscrit dans la Constitution depuis la révision du 23 juillet 2008. Pas rien tout de même ce sujet de « l’équilibre des finances publiques » ! et ça date d’il y a 3 ans… Direction ? placard !

8. Rapport sur le bilan de la mise en oeuvre des propositions du « rapport Attali » sur « la libération de la croissance française »

Date de remise : mai 2010

En janvier 2008, la Commission présidée par M. Jacques Attali sur la libération de la croissance française (CLCF) avait remis son rapport définissant les objectifs permettant le retour à une croissance forte. Deux ans après, en 2010, le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale procédait à l’analyse globale de la mise en œuvre des mesures préconisées par la Commission Attali. Là ce qui est bien c’est qu’on fait un rapport sur un rapport : 200 pages tout de même ! Direction ? placard !

9. Rapport « Investir pour l’avenir : priorités stratégiques d’investissement et emprunt national »

Date de remise : novembre 2009

Il s’agit du rapport de la Commission présidée par Michel Rocard et Alain Juppé sur les priorités d’avenir financées par l’emprunt. Pas rien non plus comme sujet, surtout rédigé par deux anciens Premier ministres. Remis au Président de la République, il identifiait sept axes prioritaires et dix-sept actions (oui, 7 axes et 17 actions !) pour un coût total de 35 milliards d’euros. Les sept axes prioritaires étaient : soutenir l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, favoriser le développement de PME innovantes, accélérer le développement des sciences du vivant, développer les énergies décarbonées et l’efficacité dans la gestion des ressources, faire émerger la ville de demain, inventer la mobilité du futur, investir dans la société numérique. Direction ? placard !

etc etc… J’arrête, ça me rend fou.

Sincèrement vous pensez quoi de tous ces rapports qui partent à la poubelle systématiquement ? Peut-être faudrait-il enfermer les Ministres dans le salon Murat à l’Élysée et les forcer à les lire ? S’ils devaient en lire dix, je préférerais d’ailleurs qu’ils lisent plutôt les rapports annuels de la Cour des Comptes. Ce serait plus utile en ce moment, pour leur montrer où ils peuvent réduire les dépenses et les gaspillages. Sinon il n’y aura plus qu’à chercher nos fourches. Et pendant qu’ils les lisent, ils pourraient déjà fermer boutique. Qu’on ait un peu de silence et le temps de travailler !

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Ne pas avoir une totale maîtrise de l’écrit et des chiffres rend parait-il béat. Le capitaine du Titanic était lui aussi heureux de sa magnifique trajectoire.

—-
Sur le web.

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  • quand on est principalement occupé à couler un pays , on n’a pas le temps de lire et de s’investir dans des rapports , quand bien même ceux ci pourraient être avantageux pour notre pays ;

    • @Marie : n’oubliez pas la nécessité de rémunérer (1) les copains en leur filant pour mission de pondre des rapports, la liste est tellement longue qu’elle ne tiendrait pas dans un annuaire.

      A noter que l’écriture d’un rapport a nécessairement généré la composition du comité Théodule Ad hoc, histoire d’oublier personne.
      Avez vous entendu parlé de la mission confiée à Jospin et du rapport qui en découla, à peine Hollande élu ? bah je sens que de toute façon nous n’avons pas manqué grand chose.

      Si un jour je suis élu je vous commande un rapport, si c’est vous promettez moi la même chose, je vous en fait un sur la cuisine Italienne, ça vous va ?

      Si c’est M. Nilsen, pareil, je lui commande un beau rapport aussi, mais il faudra qu’il sacrifie de son temps et se déplace plusieurs mois sur Venise, lors des Biennales qui plus est, je serais intraitable la dessus.

      Pas belle la vie des élus ?

      (1) je suis mauvaise langue, la plupart du temps ils n’ont pas de rémunération, ils sont seulement remboursés de leurs frais, qui ne sont pas non plus imposables.

  • Hollande est petit, il est moche et c…
    Ayrault c’est la même chose en plus grand.

    Le coût de ces rapports est aussi impressionnant que le nombre de personnes qui les réalisent. Le placard est en effet la meilleure attitude à avoir. Comme vous le dites, ils n’ont pas le temps de lire les rapports de la cour des comptes. Alors les études, pfffu, c’est chiant.

    De toute façon ça ne change rien dans la spirale créatrice de lois et de taxes, c’est pas un rapport qui va enlever le pain de la bouche de nos ministres quand même.

    Donc, finalement, les petits copains s’amusent à écrire des rapports, pendant que d’autres gros sacs pondent de lois et des taxes. Le tout sans aucune communication dans un sens ou un autre. ça c’est la force du progrès et du changement.

    Un homme politique fonctionnaire, irresponsable à 100%, avec cumul de fonctions, gratuité de vie totale et exonération totale d’impôts.

    Un homme politique qui peut pondre des lois (au moins une par jour) et faire en sorte de ne jamais à avoir à se les appliquer à lui même.

    Un homme politique qui considère que le peuple, le pouvoir, le monde des entreprises sont des choses cloisonnées sans relations les unes avec les autres sauf par son intermédiaire.

    Un homme politique qui ne sera jamais tenu pour responsable de la merde dans laquelle il nous place….

    Cet homme doit payer ! Cet homme doit payer, et le prix ne sera pas en Euros, ni même en Bitcoin. Ce prix sera bien plus élevé. Ce jour là il sera trop tard pour lire des rapports.

  • Franchement, même en étant payé, si je m’investis dans un travail pour rédiger de rapport, je serais vachement agacé que tout cela soit pour rien. Les auteurs prennent leur travail au sérieux, les rapports ne sont pas du pipo! Il y a des bonnes suggestions, pourtant, ça mène à rien. Que du gâchis – de l’argent, du temps, des impôts.

  • « Quand je veux enterrer un problème, je crée une commission » Georges Clemenceau.

  • S’ils paient des copains pour les écrire, ils paient sûrement d’autres copains pour les lire.

  • J’ajouterais bien à la liste les nombreux rapports de la cour des comptes que 9 fois sur 10 ce gouvernement ni les précédents n’ont écouté.

  • Ces rapports, c’est juste pour faire croire qu’ils s’occupent d’un problème et qu’ils sont utiles. Inutile de se demander pourquoi ils proposent toujours des solutions qui tombent systématiquement à côté de la plaque.

  • Les commentaires sont fermés.

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