Les fonds souverains : nouvelle ingérence étatique ?

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Les fonds souverains n‘ont pas de raison d’être : l’État n’a pas à prendre des participations dans des entreprises.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

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Quand l’État sort par la porte, il revient par la fenêtre. Alors que, dans de nombreux pays, les privatisations avaient réduit la taille du secteur nationalisé, voici que les entreprises à capitaux d’État font leur retour, via les fonds souverains. Nouveaux masques de l’étatisme, ils se portent bien. Mais ils évincent le secteur privé et s’ingèrent dans l’activité économique de nombreux pays étrangers. Pour quoi faire ?

Plus de 5000 milliards de dollars

Une étude publiée récemment par un bureau de conseil britannique, Preqin, vient d’apporter d’intéressantes informations sur les Fonds souverains. Ceux-ci, encore appelés SWF (Sovereign Wealth Funds), ont des avoirs qui s’élèvent à la mi-2013 à 5 380 milliards de dollars, soit presque 4 000 milliards d’euros. La progression est spectaculaire : 15% de plus en un an. Voici un acteur économique majeur, qui investit largement en actions, en obligations, mais aussi dans l’immobilier, voire même maintenant dans des hedge funds (fonds spéculatifs).

A priori, on pourrait y voir une conséquence heureuse de la mondialisation : c’est la liberté des mouvements de capitaux, des investissements. Mais ces fonds ont une particularité : ils « appartiennent à des administrations publiques », dit le FMI. Et ils investissent massivement dans des actifs étrangers, et pas seulement dans des entreprises nationales. Il ne s’agit donc pas de « nationalisations » puisque les fonds investissent essentiellement à l’étranger. Mais dans quel esprit ?

Quels critères d’investissement ?

L’État propriétaire choisit-il ses placements en fonction de critères « classiques » (perspectives de profits) ou en fonction de critères comme la volonté de se rendre maître d’une entreprise étrangère, d’un secteur stratégique ?

L’exemple de la Norvège est déjà intéressant. On pouvait penser que la Norvège allait placer ses revenus pétroliers en cherchant la meilleure rentabilité, destinée à financer les retraites. Mais le Fonds norvégien vient d’exclure cinq entreprises, au vu de critères « éthiques », parce qu’il y aurait danger pour la santé, l’environnement, la paix etc. La philosophie Verte est passée par là et la logique marchande a été laissée de côté. Mais qu’est-ce qu’une « éthique d’État » ?

Bien sûr, il y a pire que la Norvège. La plupart des fonds souverains concernent des pays pétroliers, comme Abou Dhabi, le Koweït, l’Arabie Saoudite ou le Qatar, la Libye, l’Algérie, le Venezuela. Ces pays sont peu réputés pour leur esprit démocratique ou libéral.

Quant à la Chine, elle a stocké ses excédents commerciaux dans plusieurs fonds souverains, dont le total la place en tête de tous les pays (plus de 1 500 milliards, avec la compagnie d’investissement SAFE, CIC-China Investment Corporation, NNSF-Fonds de sécurité sociale chinois, etc.).

Opacité des fonds souverains

En fait, les investissements de ces fonds souverains ont été faits pour contrôler un secteur réputé stratégique ou sensible. Lorsqu’un État cache les raisons ou les modalités de ses interventions, on peut être inquiet. Avancer masqué alimente la peur de la mainmise sur des actifs stratégiques. Un dégât collatéral grave est que cela alimente les pressions protectionnistes déjà fortes dans de nombreux pays ; l’opinion a vite fait de mettre en cause tous les investissements venus de l’étranger (qui « pilleraient » nos entreprises), alors qu’un investisseur privé, qui cherche juste une rentabilité élevée, ne présente que des avantages (il investit là où le marché l’appelle) ; un Etat étranger, lui, peut avoir bien des arrières pensées et, au minimum, risque de mal investir et de gaspiller des ressources rares.

La France n’est pas en reste

Et la France ? Sa situation est particulière. La Caisse des Dépôts, établissement public qui investit, pouvait déjà être comparée à un fonds souverain. La création en 2008 d’un fonds stratégique d’investissement (FSI), dont le but est de prendre des participations dans des entreprises, accentue encore le phénomène. 51% appartiennent à la Caisse, qui appartient elle-même à l’État, et 49% à l’Agence des participations de l’État ! L’actuel gouvernement en a rajouté une couche en créant la Banque publique d’investissement, chargée d’investir dans les entreprises françaises. On revient ainsi aux classiques « nationalisations », totales ou partielles.

En conclusion, les fonds souverains n‘ont pas de raison d’être. L’État n’a pas à prendre des participations dans des entreprises. Au mieux, il y a risque de gaspillage ; au pire, un impératif idéologique ; dans tous les cas, c’est une ingérence de l’État dans la vie économique. Que cet État soit national ou étranger ne change rien à l’affaire.


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