Heureusement, on a la soluce : de nouvelles taxes !

Aurélie Filippetti en avril 2012

Au gouvernement, tout le monde est sur le pont. Il ne faut plus laisser transparaître ce petit parfum de peur, ces phéromones de mammifères paniqués qui suintent de façon entêtante à chaque apparition d’un ministre en public. François s’est sagement retranché dans son palais. Jean-Marc joue, l’air un peu perdu, avec la purée qui lui coule de l’oreille gauche. Arnaud, toujours bouillant, s’amuse avec les arroseurs automatiques. Mais que fait Aurélie ?

Ah, la voilà ! Elle est discrète, mais oui, pas de doute, elle est bien en train de faire une bêtise. Elle n’aurait pourtant pas dû rester sans surveillance aussi longtemps. Et voilà, ça n’a pas loupé : l’insupportable gamine a remis ça et a mis ses petits doigts un peu trop agiles dans la belle mécanique d’un énième lobbying…

Aiguillonnée par un député UMP sans intérêt, l’un de ces débris politiques dont on n’arrive pas à se débarrasser en France, qui pleurnichait bien évidemment sur une question en rapport direct avec l’entreprise qui lui verse la soupe (en plus de ses indemnités d’élu), l’actuelle ministrette de la Culture Superficielle et des Cacas Thermomoulés s’est retrouvée devant une question dont l’absence totale de pertinence dans la vie courante des Français aurait dû l’alerter. Évidemment, c’est un échec.

small facepalmTout part en effet de la question du pauvre Gaymard, second couteau UMP émoussé qui émarge au conseil d’administration des éditions Dargaud entre deux ronflettes à l’Assemblée : celui-ci trouve scandaleux que certains individus, éventuellement sur le net, se permettent d’acheter et vendre des livres d’occasion, ou que des intermédiaires touchent des ronds pour servir, justement, d’intermédiaires dans ces ventes de biens usagés, sans que les éditeurs (comme lui) puisse croquer du gâteau.

La solution, bien évidemment, ne consiste surtout pas à mettre en place une plateforme permettant justement d’assurer la mise en relation des acheteurs et des vendeurs de livres d’occasion et de rafler ainsi une part de marché à Amazon, Fnac ou EBay. Que nenni : ce serait du travail, chose qu’un député aura toujours choisi de tenir aussi éloignée que possible de sa personne afin de conserver une peau douce et lisse (pour Gaymard, c’est raté, mais c’est un autre problème). La solution, en revanche, consistera à taxer les acteurs de ce juteux trafic parce que a/ ils sont identifiables, b/ ils ne sont majoritairement pas français, et c/ parce qu’ils le valent bien, ces salauds de capitalistes qui écument les ventes d’occasion et retirent le pain de la bouche des éditeurs et la TVA de celle de Bercy, les abominables.

Et s’il faut ainsi taxer les méchants, c’est parce qu’en effet,

« Si cette pratique n’est pas réglementée en faveur des propriétaires des œuvres, c’est tout le secteur de l’édition qui, à l’instar de l’industrie du disque face au téléchargement illégal, est menacée »

Vous comprenez ? Tu as acheté un livre au départ neuf. Il est maintenant d’occasion. Je te le rachète. Conclusion : c’est comme si je me téléchargeais ton livre dans ma main, c’est trop pas glop du tout mon dieu mon dieu vite un facepalm je vais péter un klaxibule.

Bear Facepalm

Gaymard. N’oubliez pas ce nom. Ce type a été élu. Il a présenté un truc qu’il a titré « programme » et des gens ont voté pour lui. Si. C’est stupéfiant. Mais si, tous ensemble, on s’y mets tous, il peut ne pas être réélu. Il peut être enfin remis dans les poubelles déjà bien pleines de l’histoire législative de ce pays.

Mais ce n’est rien à côté de la suite. La petite Aurélie, devant cette vibrante débilité, n’a pas pouffé. Elle n’a pas renvoyé l’impétrant, pourtant son opposant dans l’hémicycle, à ses études et ses petites turpitudes livresques chez Dargaud. Non. Aurélie Filippetti doit, probablement, s’ennuyer à inaugurer des salles de musées remplies de papier peint chiffonné et autres ballons en latex transparent gonflés en forme de caniche. Alors Aurélie, lisant cette consternante proposition, acquiesce. Elle sent bien que c’est une énorme connerie de plus à son palmarès déjà rutilant, mais elle ne peut pas s’empêcher d’abonder dans le sens de l’idiot inutile.

small double facepalmOn hésite à ne pas voir dans cette adhésion ridicule le trait presque pathologique d’une petite fille en mal de reconnaissance, qui enchaînera les bêtises pour montrer qu’elle existe ; ou alors, on peut comprendre cette décision comme une espèce de surenchère dans le débile décontracté : Gaymard tente un truc parfaitement crétin, ne soyons pas en reste, surenchère et tout le fatras : on peut faire mieux. Tentons d’inscrire tout ça dans le cadre d’une loi aussi illisible et complexe que possible, pardi !

orelifilipeti marche du livre doccasionEh oui, cela pend au nez des Français : de la bonne grosse taxe sur la revente des biens d’occasion, physiques ou numériques. Que voilà une idée géniale qui aidera le commerce. Eh oui : plus on taxe les cigarettes, plus on pousse les consommateurs au marché noir ; et plus on taxera les livres …

Cependant, ne croyez pas que la pauvre Aurélie soit atteinte d’un syndrome rare de taxite aiguë. En réalité, c’est un syndrome partagé par un nombre conséquent d’élus divers et variés, investis du Pouvoir d’Enquiquiner Les Autres que seule l’onction du suffrage universel offre avec une prodigalité vraiment stupéfiante. Et pendant qu’Aurélie envisage donc très sérieusement de pourrir la vie des revendeurs de biens d’occasion, de diminuer le pouvoir d’achat des Français avec une nouvelle taxe débile dans ce pays qui n’a jamais autant ressemblé au Taxatoovah, pendant qu’elle entend propulser de ses minables coups de boutoirs les objets d’occasion dans le marché noir et sous les manteaux des individus, d’autres élus, aussi indispensables et affûtés que le Gaymard à roulettes, proposent entre deux bâillements post-prandiaux de taxer la location de voitures entre particuliers.

Oui, vous avez bien lu : les députés de Courson, Jégo, Vigier et Lagarde ont déposé un amendement visant à obliger ceux qui pratiquent cette activité scandaleuse contre une rémunération à déclarer les sommes perçues au titre des bénéfices industriels et commerciaux. Paf. Non mais.

Ne vous y trompez pas : le but de ces élus n’est pas le bien être général. Il n’est pas de protéger qui que ce soit ici d’un abus ou d’un danger quelconque. Le but d’une telle mesure, tout comme pour celle proposée par l’improbable couple de branquignoles précédents que même le mariage pour tous n’arriverait pas à concilier, est exclusivement DE RAMENER ENCORE ET TOUJOURS PLUS DE POGNON DANS LES CAISSES D’UN ÉTAT INCONTINENT QUI N’A JAMAIS ÉTÉ FOUTU D’ÉQUILIBRER UN SEUL BUDGET EN 40 ANS.

Chaque jour qui passe démontre l’importance d’une saine discipline qui n’est absolument pas respectée à l’Assemblée Nationale. Si, par exemple, à chaque proposition de taxe supplémentaire, si à chaque question à la débilité chimiquement pure, ou à chaque débat intellectuellement indigne que nos élus nous font supporter à nos frais, un huissier était légalement mandaté pour aller filer un grand coup de gourdin républicain et démocratique dans les genoux de ceux qui sont impliqués dans le dérapage, l’habitude de nos élus d’ouvrir leur grande jatte pour demander ces trucs invraisemblables disparaîtrait assez vite après une rapide mais nécessaire épidémie de jambes cassées et de rotules broyées (ce qui aurait l’avantage supplémentaire de permettre d’identifier les élus imbéciles à leur boitillement caractéristique).

En attendant, malheureusement, nous sommes obligés de supporter ces crétins. Et bien évidemment, comme aucun huissier n’aura le sain réflexe de porter, enfin, quelques coups judicieux dans les jointures de ces ponctionneurs à la petite semaine, les idioties continueront.

Et, par voie de conséquence, ce pays est foutu.
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