La crise de la dette est devant nous

Si aujourd’hui les Français réagissent avec retard à la pression fiscale, ils seront amenés dans quelques mois à se révolter contre la dette publique.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

crise de la detteL’étendard de la révolte fiscale est levé. Depuis des années nous protestons contre l’overdose d’impôts qui frappe les Français, mais surtout nous en prévoyons les dramatiques conséquences : baisse de l’activité, chômage et paradoxalement assèchement des finances publiques – l’effet Laffer entre en jeu quand un niveau de ponction fiscale est dépassé. Or le gouvernement actuel en a rajouté une couche au prétexte de limiter les déficits. Le résultat inéluctable à nos yeux s’est produit : loin de rétablir l’équilibre budgétaire, la nouvelle vague fiscale a accentué la crise de la dette publique. Et si aujourd’hui les Français (avec retard) réagissent à la pression fiscale, ils seront amenés dans quelques mois à se révolter contre la dette publique. La crise de la dette n’est pas derrière nous, mais devant nous.

Le mur des 2000 milliards va être franchi

Chez nous, la dette publique contribue à croître, en dépit de la réduction, dans de nombreux pays, des déficits budgétaires. C’est pourtant logique : tant que persiste un déficit, il faut bien le financer par des emprunts qui s‘ajoutent aux emprunts antérieurs, faisant progresser la dette. Il ne faut donc pas s‘étonner si le poids de la dette dans le PIB ne cesse de progresser. Pour la zone euro, la dette souveraine représentait 67,6% du PIB en 2008. Ce taux passe à 77,1% en 2009 et à 83% en 2010. Voilà bien la trace des politiques de relance, qui n’ont relancé que les dépenses et la dette publique, mais pas la croissance économique.

Cette dette publique, mesurée au deuxième trimestre de chaque année, continue sa course : 87,2% en 2011, 89,2% en 2012 et 93,4% en 2013. La France elle-même se situe dans la moyenne, à 93,5% cette année. Cela représente 1912 milliards d’euros, environ 30 000 euros par habitant (infiniment plus par actif producteur de richesse). On devrait franchir dans quelques mois le mur des 2000 milliards d’euros.

L’État fait de la cavalerie

Ce sont les déficits qui alimentent la dette. Les gouvernements français ont pris l’engagement de les réduire et de s’approcher de l’objectif de la « règle d’or » européenne (pas plus de 0,5% du budget de déficit). De la sorte, nous aurions dû être en dessous des 3% cette année, mais le déficit sera cette année supérieur à 4% et le gouvernement lui-même prévoit plus de 3 % l’an prochain. Nous avons donc dû quémander un délai de deux ans. Même en admettant que l’on arrive en 2015 en dessous des 3%, mécaniquement la dette continuera à croître, puisqu’il y aura toujours un déficit.

Autre élément inquiétant, celui du remboursement. Les dettes anciennes arrivent à échéance. Il faut donc les rembourser. Comment rembourser une dette quand il n’y a pas d’argent pour le faire, puisqu’on est en déficit ? On a choisi la fuite en avant : on emprunte non seulement pour financer les déficits de l’année, mais encore pour rembourser les dettes arrivant à échéance : cela s’appelle de la cavalerie. Consolation : nous ne sommes pas les seuls et, en 2014, la zone euro devra emprunter 864 milliards d’euros, dont près de 650 uniquement pour rembourser les emprunts antérieurs et 215 de dette nouvelle supplémentaire. Quant à nous, il va nous falloir emprunter 197 milliards, dont environ la moitié pour les remboursements et l’autre moitié de dette nette, due aux déficits de l’année.

La France paie le refus des réformes

Nous avons déjà évoqué ces questions il y a deux mois, mais pourquoi y revenir deux mois plus tard ? D’une part, les Français n’ont pas conscience de l’ampleur du désastre. Pour eux, la dette est une notion plus abstraite que la spoliation fiscale. D’autre part, la France est un des rares pays à ne prendre aucune vraie mesure pour libérer l’économie et, de la sorte, renouer avec la croissance, bonne pour l’activité privée et l’emploi mais aussi pour les finances publiques. Les pays qui ont accepté de vraies réformes, y compris en Europe du Sud, pourtant plus atteints que nous au départ, sont sur le chemin de la guérison.

Nous avons refusé les réformes. La « baisse des dépenses publiques » est un trompe l’œil. Certes, on bloque le point d’indice des fonctionnaires. On recrute moins dans l’armée. Mais on embauche des enseignants, on continue à dépenser à tort et à travers, et les dépenses sociales explosent.

Nous avons plus de 56% du PIB en dépenses publiques : dix points de plus que l’Allemagne. Les Allemands s’en portent-ils plus mal ? Ne sont-ils plus soignés ? N’ont-ils plus de retraite ? On ne pourra pas parler de réformes tant que nous resterons le pays le plus socialisé, le plus étatisé, le plus réglementé d’Europe. Toutes les soi-disant limitations des dépenses ne seront qu’un leurre tant qu’on n’aura pas déplacé la frontière entre le public et le privé ; faute de réformes, nous aurons toujours des déficits élevés et une dette en progression.

La seule solution : réduire les dépenses

Nous allons donc continuer à emprunter toujours plus. Pour l’instant les choses se sont à peu près déroulées sans drame, car nous avons trouvé des préteurs (notre dette est financée au trois quarts par l’étranger), et cela à des taux modérés (mais plus élevés que ceux auxquels l’Allemagne emprunte) parce que nous apparaissions comme moins fragiles que les Espagnols, les Grecs ou les Italiens. Mais dans ce domaine, les marchés réagissent vite et ne font pas de sentiments. Ils voient qui réforme et qui ne réforme pas. La confiance met des années à s’installer ; elle peut disparaître en quelques jours ; et les taux auxquels l’Agence France Trésor devra emprunter (pour rembourser les dettes anciennes et les déficits nouveaux) risquent de monter très rapidement.

Les seuls intérêts de la dette en cours (le « service de la dette ») représentent déjà le premier poste de dépenses publiques, plus important que le budget de l’Éducation Nationale ; ils équivalent pratiquement aux recettes de l’impôt sur le revenu. Un point de taux d’intérêt de plus sur toute notre dette, et c’est 20 milliards de dépenses en plus. Pour l’instant, tout va très bien Madame la Marquise. Mais un jour, hélas, la réalité apparaîtra : on verra que les autres se redressent et réduisent leur dette et que la France continue dans la mauvaise direction.

Une seule chose s’impose, réduire les dépenses publiques. Turgot l’avait déjà affirmé en 1774 à Louis XVI : « Point de banqueroute, point d’impôts, point d’emprunts ; pour résoudre ces trois points, il n’y a qu’une solution : réduire les dépenses en dessous des recettes ». Pourquoi ne le faisons-nous pas ? Jean-Baptiste Say l’avait déjà expliqué en 1803 dans son traité d’économie politique : « Les meilleurs princes ont toujours cherché à réduire les dépenses de l’État. Les princes faibles ou pervers les ont dans tous les temps augmentées ». C’était en 1803… Rien de nouveau sous le soleil. Voilà pourquoi la crise est, hélas, devant nous.


Sur le web.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.