Le Parlement européen s’en prend à la liberté d’expression

Il n’y a pas de raison d’être tolérant avec les intolérants : les parlementaires européens débattent des limites de la liberté d’expression.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

liberté d'expressionJetez un œil à ce document récemment discuté par la Commission des libertés civiles du parlement européen. C’est un bon exemple de la façon dont des gens pétris de bonnes intentions convaincus qu’ils défendent les opprimés peuvent au final causer des dégâts énormes à la liberté, à l’égalité devant la loi et, de façon perverse, aux minorités au nom desquelles ils prétendent s’exprimer.

Le projet de loi pour la promotion de la tolérance couvre l’ensemble des desiderata gauchistes habituels : la diffamation à l’encontre d’un groupe, les crimes haineux etc. Ce projet soutient, sans moindre trace d’ironie ou prise de conscience, la tolérance légale. Cette tolérance n’est cependant pas pour tous :

Il n’y a pas de raison d’être tolérant avec les intolérants. C’est tout particulièrement important lorsque l’on parle de la liberté d’expression. Cette liberté ne doit pas être utilisée pour diffamer d’autres groupes.

On trouve un grand nombre de ces affirmations amusantes chez les bien-pensants du net : « ne donnez pas de tribune aux bigots », « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », « je refuse de lire votre journal, il est bien trop rempli de préjugés. » Il est difficile de leur faire une meilleure réponse que celle de ce blogueur Torontois qui, s’adressant à  la Commission canadienne des droits de l’homme, lui disait : « Vous êtes trop stupide pour me dire ce que je dois penser. »

Autrefois, cette réponse serait venue naturellement aux lèvres de la plupart des Canadiens et de la plupart des Britanniques d’ailleurs. Le monde anglo-saxon se caractérisait traditionnellement par une focalisation particulière sur l’individualisme : la primauté du droit de propriété sur la raison d’État, de la liberté individuelle sur les besoins collectifs et du libre débat sur le conformisme idéologique. Quand d’autres pays sombraient dans la dictature ou la révolution, les nôtres demeuraient des démocraties soumises à la loi ; quand d’autres pays soutenaient le fascisme ou le communisme, le monde anglo-saxon n’élisait aucun député fasciste et jamais plus qu’une poignée de trotskistes. Le collectivisme n’est pas notre truc.

C’est donc peut-être naturellement que les Britanniques, davantage que la plupart des autres membres de l’UE, devraient rester méfiant à l’égard de la montée des droits collectifs. Si l’on commence à définir les individus comme étant membres d’un groupe racial ou d’une minorité religieuse, alors tôt ou tard, on finira par les traiter différemment. L’Europe ne devrait pas souhaiter emprunter cette route.


Sur le web. Traduction : Tramp/Contrepoints.