5 leçons à tirer du shutdown gouvernemental américain

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Le shutdown du gouvernement fédéral américain est enfin fini. Quel bilan en tirer ?

Par Dan Mitchell, depuis les États-Unis.

En contrepoint à l’article de Bernard Zimmern sur le même sujet.

shutdownLes gémissements et l’hystérie sont terminés à Washington. Les politiciens ont maintenant le pouvoir d’emprunter plus d’argent et les bureaucrates sont tous de retour au travail (frais et dispos après leur congé payé, ils taxeront, dépenseront et réglementeront donc probablement avec davantage de ferveur).

Alors que pouvons-nous dire à propos de cette lutte ? J’ai cinq observations plus ou moins aléatoires à propos de ce qu’il s’est passé.

C’était une lutte qui en valait la peine, même si il n’y avait quasiment aucune chance de faire dérailler l’Obamacare.

Avec le système de séparation des pouvoirs américain, la Chambre des représentants avait la capacité de forcer un conflit au sujet de l’Obamacare, mais elle n’avait aucune réelle chance de le gagner. Je soupçonne que le président Obama aurait, si nécessaire, choisi délibérément de faire défaut pour contrecarrer les efforts des républicains de ne plus financer la loi ou de la retarder.

Ceci dit, je suis satisfait que les membres proches du Tea Party aient choisi de prendre position. Ils ont concentré l’attention sur une mauvaise loi. Ils ont forcé la gauche à jouer sur la défensive. Tout simplement, ils étaient prêts à prendre position contre l’européanisation continue de l’économie américaine. C’est quelque chose à admirer et non à critiquer.

Toute stratégie visant à réduire le fardeau gouvernemental aura à surmonter un establishment médiatique qui est philosophiquement biaisé et politiquement partisan.

Peut-être qu’il s’agit de naïveté de ma part, mais je suis surpris que tant de journalistes soient aussi clairement partisans. Ils n’écrivent pas des articles expliquant que l’État fédéral est mis à l’arrêt parce que les démocrates rejettent la législation de la Chambre stoppant le financement de l’Obamacare (ce qui décrirait avec précision le shutdown comme étant le résultat d’un désaccord entre démocrates et républicains). Au lieu de ça, ils écrivent de racoleuses manchettes à propos des « républicains qui mettent l’État hors service ».

Encore plus inquiétant, j’ai eu de nombreuses conversations avec des journalistes expliquant que les États-Unis ne feraient pas défaut si le plafond de la dette n’était pas augmenté. L’État fédéral, je leur ai expliqué, collectera 12 fois plus de recettes que nécessaire pour payer les intérêts de la dette. Et je leur ai cité les propos de nombreux experts reconnus sur le budget qui étaient d’accord avec mon évaluation. Pourtant, ces journalistes ont immanquablement écrit des articles sur ces « républicains poussant les États-Unis vers la cessation de paiement ».

Le shutdown sera probablement un atout politique pour les partisans d’un État réduit.

Nonobstant le résultat des sondages, je ne suis pas inquiet au sujet des dommages politiques dus à la lutte du « plafond de la dette – shutdown ». À court terme, la lutte a mis en touche le programme de la gauche. Au lieu de débattre sur l’élargissement de l’État ou sur la manière d’augmenter les impôts, nous avons eu une bataille sur l’Obamacare. C’est une bonne chose. Et de plus en plus de personnes prennent conscience des graves défauts de la « réussite » principale du président et vont commencer à réaliser que certains législateurs ont voulu restreindre le système de santé géré par l’État.

Cela n’empêchera pas les médias de parler de « défaite » pour le Tea Party, à la fois parce qu’ils sont paresseux et aussi parce qu’ils veulent décourager les partisans d’un État limité de mener de futurs combats. Pour ce que ça vaut, je soupçonne fortement que l’élection de 2014 va générer de bons résultats pour les élus de la trempe de Ted Cruz [NdT : Rafael « Ted » Cruz, sénateur républicain texan, un des soutiens principaux du non-financement de l’Obamacare]. En effet, il est intéressant de noter que les républicains du Congrès ont très bien réussi lors des élections de 1996, même si la sagesse populaire prédisait qu’ils souffriraient en raison de la lutte du shutdown de 1995-96.

Les fans de bisbilles politiciennes doivent être heureux car il y aura probablement une autre lutte « plafond de la dette – shutdown » dans quelques mois.

L’accord conclu hier ne fait que botter en touche. Les parties « discrétionnaires » de l’État sont maintenant financées jusqu’au 15 janvier et le pouvoir d’emprunt de l’État dure jusqu’au 7 février.

Cela signifie presque à coup sûr que nous aurons une lutte similaire en début d’année prochaine.

Pour remporter celle-ci, l’establishment du parti républicain et les insurgés devraient s’entendre sur une stratégie commune.

D’un point de vue politique, les démocrates avaient un gros avantage dans le combat des dernières semaines parce qu’ils ont croisé les bras et ont décidé à l’unanimité de résister aux efforts pour freiner l’Obamacare. Cela signifie qu’ils ont dû voter des décisions difficiles comme celles en faveur du mandat personnel [NdT : élément clef de l’Obamacare] et en faveur de l’exemption spéciale d’Obama pour les membres du Congrès. Mais cette stratégie unifiée les a mis dans une position plus forte que les républicains, qui se sont peut-être accordés sur l’objectif de restreindre l’Obamacare, mais ont été partagés au sujet des tactiques de Ted Cruz et de ses alliés.

C’est pourquoi mon principal conseil à mes amis du Capitole (à la fois à l’establishment et aux insurgés) est de s’asseoir ensemble pendant le mois qui vient afin de discuter d’une stratégie commune. S’ils le font, les insurgés apprendraient que l’establishment est parfois prêt à prendre de bonnes décisions (comme sur le budget Ryan) et les élus de l’establishment apprendraient que les insurgés sont prêts à soutenir des changements plus modestes. Je ne suis pas sûr de la manière dont cela se traduirait. Peut-être qu’ils s’accorderont à lutter contre l’Obamacare à nouveau, ou contre une mesure spécifique de cette loi inutile et ruineuse. Peut-être qu’ils proposeront une réforme globale des prestations sociales. Ou peut-être qu’ils soutiendront mon premier choix , une sorte de plafonnement des dépenses qui s’apparente au mécanisme de freinage de l’endettement suisse, comme la loi MAP du député Brady.


Sur le web – Traduction Eclipse/Contrepoints.