Épargne : le FMI vous la prend, Christine la garde

Christine Lagarde chirurgie esthétique (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

Les gouvernements ayant consciencieusement voté des budgets en déficit année après année, ils se retrouvent aujourd’hui assis sur une montagne de dettes, ou plutôt écrasés par une montagne de dettes. Que s’est-il passé ? Et surtout, que faire ?

C’est simple : ils ont financé de grands projets de relance, de redistribution ou de transition. Quelle que soit la période, les gouvernants semblent découvrir que le monde change et estimer que les bouleversements auxquels ils assistent supposent une intervention élargie de leur part ; quelle que soit la période, ils se plantent monstrueusement.

Protéger la société face au changement ou provoquer le changement dans la société ; faire émerger l’innovation ou protéger les travailleurs dont les emplois sont menacés par elle ; attirer les talents, les conserver ou les former pour qu’ils retournent chez eux ; il y a toujours une bonne raison pour intervenir.

Et plus l’État intervient, plus il interfère avec le marché, et plus les déséquilibres qu’il provoque sont importants et lourds de conséquences. En voulant favoriser l’accès à la propriété immobilière pour relancer une économie que le 11 septembre laissait atone, George W. Bush a provoqué l’arrivée des subprimes ; en renflouant les banques et les entreprises en difficulté, Barack H. Obama amplifie les déséquilibres dans l’économie, à tel point que la bulle dans laquelle nous vivons dépasse tout précédent historique.

La situation de la France est emblématique de cette tendance à l’interventionnisme déraisonné. Après des années de dépenses colossales pour relancer, redistribuer et favoriser le changement, on ne peut que constater que l’économie est morose, les inégalités toujours là, les pauvres plus nombreux et les réformes absentes. À gauche comme à droite.

Mais ces dépenses n’ont pas seulement été inutiles et inefficaces ; elles ont entretenu l’esprit de la dépense et laissé dans leur sillage un joli trou.

L’esprit de la dépense a transformé notre façon de voir le monde. De moins en moins de contribuables, qui comptent leurs revenus en milliers d’euros, ne sont pas choqués de lire que l’État compte ses dépenses en milliards et acceptent des niveaux de dépense et d’immixtion de l’État dans tous les domaines de leur vie qu’aucun tyran n’aurait jamais pu faire accepter. S’ils acceptent tout cela, c’est parce qu’ils sont désormais incapables de penser en dehors du prisme social-démocrate, au travers duquel il est de mauvais ton de ne pas adhérer aux choix de société ni d’émettre la moindre réserve sur les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Comme le faisait récemment remarquer h16, nous sommes des contribuables et électeurs (et parfois un seul des deux), pas des citoyens.

Et c’est ce qui explique l’absence relative de remous face aux préconisations du FMI de taxer l’épargne à 10%.

De même, cela explique que toute voix dissonante ne trouve qu’un écho limité à un cercle dont les membres sont au mieux « sceptiques ». La social-démocratie suppose que tous adhèrent aux choix ; ne pas adhérer, c’est être dissident, c’est évoquer la possibilité pour le gros du troupeau qu’il ne soit pas suivi de tous. S’il ne suit le reste des moutons, c’est sans doute un loup…

L' »ultra-libéral » FMI, qui a, ô malheur, demandé à la Grèce de réduire la dépense, a changé son fusil d’épaule. L’austérité, à l’inverse de la confiance ou de l’optimisme de François Hollande, ça ne fonctionne que quand on la met en place ; autant abandonner d’avance, comme les gouvernements. Comme le peuple, le FMI a accepté l’idée que c’était au contribuable de payer plutôt qu’à l’État de réduire ses dépenses.

Et par dépenses, il faut bien comprendre toutes les dépenses ; celles qui finissent dans les poches personnelles ou des copains, celles qui ne servent à rien, celles qui sont inefficaces, et les quelques dépenses réellement utiles et pertinentes sur lesquelles l’État n’hésitera pas à rogner. Le train de vie de l’État sera maintenu, les compagnes des hommes politiques auront toujours droit à des missions, salaires et avantages au moins aussi confortables qu’illégaux, les rêves verts des uns et rouges des autres seront toujours financés.

Vos rêves à vous, en revanche, rien n’est moins sûr. Le FMI suggère qu’on pioche 10% dans l’épargne des citoyens. La propriété privée, connait pas ; les choix de chacun, pas grave. Dans tous les cas, le citoyen paiera ; comme quand on enlève un sparadrap ou qu’on enfonce une aiguille, le seul choix est entre un coup sec et une douleur modérée dans la durée. À la différence près qu’une fois le pansement retiré ou l’aiguille insérée, c’est fait. Rien ne dit que les gouvernements vont, eux, renoncer à reprendre de plus belle leur endettement, considérant qu’ils pourront toujours « prélever » dans l’épargne des citoyens pour se renflouer.

Ce n’est pas le seul effet pervers de l’idée brillante du FMI, qui consiste en somme à prendre l’argent là où il est, peu importe à qui il appartient. Car il s’agit de prélever l’épargne, soit une forme spécifique du patrimoine.

Ce qui veut dire que non seulement, les individus prévoyants qui pensent à long terme seront plus touchés que les autres, mais aussi que seuls ceux qui détiennent de l’épargne sur un compte en banque sont concernés. En bref, les classes moyennes laborieuses, qui travaillent et épargnent pour un avenir meilleur, paieront encore pour les plus pauvres et les plus riches.

Oui oui, les plus riches. Quand l’État subventionne la culture, ce n’est pas que pour éduquer et conscientiser les masses laborieuses grâce à Joséphine Ange Gardien et Plus Belle La Vie ; il finance les musées, opéras et la création artistique dont les riches sont les premiers bénéficiaires. Ce ne sont pas les pauvres qui vont bruncher le dimanche en Vélib’. Ce ne sont pas eux qui font copain-copain avec les dirigeants pour s’arroger de confortables rentes en s’assurant des parts de marché protégées par l’État. Ce ne sont pas eux qui envoient leurs enfants dans les voies d’études les plus coûteuses.

La classe moyenne en France, ce sont tous ces gens qui font assez d’efforts pour s’en sortir mais sont trop honnêtes pour chercher les faveurs des politiques. Ce sont ces gens qui préféreront toujours s’en sortir par eux-mêmes que réussir en s’appuyant sur les autres pour se sortir d’un mauvais pas ou se garantir une place dans l’ascenseur social.

Le sommet productif, moral et intellectuel d’une nation est sa classe moyenne. C’est un gros réservoir de force, le moteur et l’énergie vitale d’un pays qui nourrit le reste. Le dénominateur commun de ses membres, à leurs différents niveaux d’aptitude, est l’indépendance. (Ayn Rand)

En France, la classe moyenne est abattue, n’en peut plus. Même les politiques sentent aujourd’hui que le ras-le-bol fiscal menace le consentement à l’impôt, donc leur légitimité. Ne baissons pas les bras.

Ne baissons pas les bras, parce que nous n’avons pas à baisser les yeux devant l’État, à courber l’échine devant quelque gouvernement ou institution que ce soit. Si l’État est effectivement l’expression de la volonté générale, qu’il écoute la voix de tous ceux qui veulent que ça change pour de vrai. Si les hommes politiques sont les représentants du peuple, qu’ils n’osent pas un seul instant adhérer à un vol de 10% de l’épargne des citoyens. Et s’ils poussent l’idée, comme on peut s’y attendre, les citoyens devront mériter ce titre, ou se taire une fois pour toutes. Les Français devront choisir s’ils sont chien ou loup.

Ils devront choisir s’ils questionnent l’autorité ou s’y soumettent, s’ils acceptent qu’un syndicaliste et un juge décident à leur place quel jour et à quelle heure ils peuvent travailler et faire leurs courses. S’ils acceptent que le Fonds Monétaire International et les ministres des finances se mettent d’accord pour leur voler, sans autre forme de procès, 10% de leur épargne – sans se remettre en question un seul instant.

La question n’est pas « qui me laissera faire ? » mais « qui m’en empêchera ? » (Ayn Rand)

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