Le monopole intellectuel est un mal inutile

Propriété intellectuelle (Clément Monjou)

La propriété intellectuelle n’est pas un mal utile pour la société, c’est un mal inutile.

La propriété intellectuelle n’est pas un mal utile pour la société, c’est un mal inutile.

Par Art Carden, depuis les Etats-Unis.

Un article de l’Independent Institute (2009).

Propriété intellectuelle (Clément Monjou)

Dans un élan pour tenter de stimuler l’économie, l’administration Obama vante les divers plans « visionnaires » afin que l’économie américaine devienne plus progressiste, plus innovatrice, et plus long-termiste en subventionnant des projets aux motivations politiques, tels que la technologie « verte ». Selon toute probabilité, ces politiques interventionnistes seront inefficaces. Des recherches récentes montrent qu’une manière plus efficiente de remplir les mêmes objectifs serait d’éliminer le monopole intellectuel et de réduire les fardeaux réglementaires des innovateurs.

Selon une idée conventionnelle en économie, les droits liés aux monopoles temporaires (ou « brevets ») sont nécessaires pour inciter les innovateurs à faire émerger de nouvelles et de meilleurs idées. Après tout, si toute personne proposant de nouvelles idées voyait ces idées copiées sans aucune compétition par des concurrents, pourquoi s’ennuyer à gaspiller son temps et son énergie ? C’est là la raison d’être des brevets.

Mais cette idée conventionnelle est fausse. Dans un livre intitulé « Contre le monopole intellectuel (Against Intellectual Monopoly) publié en 2008, les économistes Michele Boldrin et David Levine larguèrent une bombe qui, j’espère, renversera le consensus sur les « droits des idées ». À travers une théorie développée avec précaution et une foule d’exemples réalistes, les deux co-auteurs démontrent la manière dont les brevets limitent l’innovation au lieu de la protéger et de l’encourager. Les innovateurs tels que le pionnier James Watt (qui a démocratisé la machine à vapeur pendant la première révolution industrielle, NdT) ont consacré énormément de temps et d’énergie à défendre leurs droits monopolistiques plutôt qu’à améliorer la valeur de leurs créations. L’innovation et la croissance se sont poursuivies au même rythme une fois les brevets expirés. D’après Boldrin et Levine, les brevets ont retardé la croissance économique moderne.

Les deux économistes défendent donc que le monopole intellectuel est un mal inutile. Pis encore, les brevets seraient des reliques utilisées par les Rois et les nobles, du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XVIIIème siècle pour octroyer à des favorisés des monopoles intellectuels. Les éliminer réduirait les revenus des privilégiés disposant de ces monopoles intellectuels mais déclencherait une vague d’énergie créatrice dans toute l’économie.

Dans son récent livre « L’économie de l’impasse » (The Gridlock Economy), le professeur de droit Michael Heller démontre que le monopole intellectuel réduit l’allure des innovations. Il note que la musique rap à ses débuts, telle que les œuvres initiales du groupe Public Enemy, fut une victime du monopole intellectuel. L’obligation pour les artistes de verser des redevances pour la musique instrumentale qu’ils empruntaient limita fortement la capacité des rappeurs à innover.

Si, comme beaucoup, vous n’êtes pas intéressé par le rap et sa tendance innovatrice, vous serez peut-être plus enclins à vous soucier des nouveaux équipements médicaux. Michael Heller explique que cette industrie est particulièrement sensible à la tragédie des restrictions engendrée par le monopole intellectuel. Si une invention requiert de multiples innovations brevetées afin d’être réalisée, alors chaque détenteur de l’un des nombreux brevets nécessaires peut bloquer une innovations supplémentaire. Ce phénomène réduit considérablement le rythme du progrès économique.

Considérons un autre exemple. La production artistique de Britney Spears serait-elle anéantie si son monopole intellectuel sur ses musiques était supprimé ? J’en doute. Britney Spears est bien plus riche qu’elle ne le serait en l’absence de monopole intellectuel, mais sa richesse est largement constituée de ce qu’appellent les économistes une « rente » : les revenus dépassant ses coûts d’opportunité. Éliminer son monopole intellectuel ne la pousserait probablement pas à choisir une autre occupation, mais cela entraînerait une augmentation nette de la production musicale de la chanteuse pop.

Le progrès est aussi ralenti par la régulation sur les nourritures et les médicaments. En effet, avant la mise sur le marché, un nouveau médicament doit avoir passé de longues années de tests onéreux. Ce qui signifie que quelques vies sont sauvées car les consommateurs sont limités à la prise de médicaments extrêmement sûrs. Mais on ne compte pas le nombre important de vies perdues à cause de l’extrême longueur du processus de mise sur le marché des médicaments. De plus, d’autres médicaments pouvant être très utiles mais pouvant comporter d’importants risques liés à leur prise ne seront jamais expérimentés sur le marché.

Le chef de cabinet de la Maison Blanche Rahm Emanuel a suggéré que le gouvernement ne doit pas gâcher les opportunités en cette période de crise économique et politique. Aujourd’hui, l’administration américaine a l’opportunité de faire un choix audacieux qui stimulerait l’économie pour les générations à venir. En éliminant les monopoles intellectuels et en libéralisant les marchés, nous pouvons encourager plus d’innovation et une plus grande prospérité.

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