La peine capitale : ce qu’en pense Ron Paul

Death chair Peine de mort (Crédits NixBC, licence Creative Commons)

La peine de mort contribue à déshumaniser la société et à banaliser l’idée que la vie n’a qu’une valeur relative.

La peine de mort contribue à déshumaniser la société et à banaliser l’idée que la vie n’a qu’une valeur relative.

Par Ron Paul.

Death chair Peine de mort (Crédits NixBC, licence Creative Commons)Ceux qui croient en la toute-puissance du pouvoir militaire de l’État sont aussi des partisans enthousiastes de la peine de mort. Je trouve cela étrange : ceux qui défendent le mieux les droits des enfants à naître sont généralement les partisans les plus chauds de la peine de mort et des guerres préventives, c’est-à-dire agressives ; et paradoxalement, ceux qui estiment que la peine de mort est une atteinte au droit à la vie sont souvent les partisans les plus fervents de l’avortement.

Je reconnais sans nul doute qu’il y a une différence entre protéger la vie d’un parfait innocent, un enfant à naître, et protéger celle d’une personne généralement reconnue coupable d’un crime horrible, comme d’un assassinat ou d’un viol. La différence d’opinion correspond généralement à la ligne de partage entre conservateurs et progressistes.

Sur ce sujet mes opinions ont changé au cours des dernières années, surtout depuis mon élection au Congrès. Il fut un temps où j’affirmais simplement mon soutien à la peine de mort. À présent, mes opinions ne sont pas aussi nettement définies. Je ne soutiens pas la peine de mort au niveau fédéral, mais je ne puis constitutionnellement, en tant que dirigeant fédéral, interférer avec les différents États qui l’appliquent.

Après toutes ces années passées à Washington, je suis devenu plus conscient que jamais de l’incompétence de l’État en ce domaine et de sa propension à l’erreur. Je ne lui fais plus confiance pour requérir et exécuter la peine de mort de façon inconditionnelle. Beaucoup trop de condamnations, et pas forcément au niveau fédéral, se sont avérées être des erreurs judiciaires, et l’on s’en est aperçu seulement après avoir gardé en prison pendant des années des innocents, que l’on a libérés ensuite sur la base de preuves ADN.

Quelqu’un qui est riche, quand il est coupable, est rarement reconnu comme tel et ne finit pas condamné à mort. On croit généralement O.J. Simpson coupable de meurtre, mais il a échappé à la punition. Cela conduit à une situation où des innocents qui n’ont pas assez de moyens sont susceptibles d’encourir la peine de mort tandis que de riches coupables s’en tirent à bon compte avec l’assistance de bons avocats.

De mon point de vue, il serait beaucoup plus simple de supprimer la peine capitale et d’incarcérer le coupable à vie − au cas où de nouvelles preuves montrent ensuite qu’il y a eu erreur judiciaire. L’incarcération coûterait probablement moins cher que des recours en grâce qui traînent non pas quelques années, mais plusieurs décennies.

Il ne s’agit pas seulement des erreurs de l’État : il s’agit du pouvoir qu’il détient. Si l’État peut tuer légalement, il peut commettre à peu près n’importe quel autre acte d’une gravité comparable. Je ne crois plus qu’on devrait faire confiance à l’État pour lui confier ce pouvoir. Tout pouvoir est susceptible d’abus, et l’État a tendance à avoir la main lourde contre ses propres ennemis.

Cela ne veut pas dire que certains condamnés ne soient pas vraiment coupables et ne méritent pas la peine de mort, une peine qu’ils auraient aussi bien pu subir sur le champ lors d’une agression lourde chez un particulier en état de légitime défense.

Ce ne sont pas seulement l’ineptie de l’État, les erreurs qu’il est capable de commettre, la condamnation d’innocents, le sentiment de puissance que les juges peuvent ressentir à user de la peine de mort, l’avantage des riches sur les pauvres, qui ont influencé mon changement d’opinion. Un autre facteur est l’effet abrutissant que la peine de mort a sur le bourreau, c’est-à-dire sur la société elle-même. Elle contribue à déshumaniser la société et à banaliser l’idée que la vie n’a qu’une valeur relative. Les gens comprennent cela et pour la plupart refusent d’y adhérer, sauf peut-être par goût de vengeance.

Pourquoi les exécutions sont-elles réalisées de manière aseptisée et douce, comme si ce n’était qu’un acte médical banal ? Est-ce que le public accepterait une exécution par décapitation diffusée à la télévision ? Certainement pas. Tuer de manière délibérée, et non par légitime défense immédiate, est quelque chose qui heureusement choque la plupart des gens. Si les individus ne veulent pas regarder cela ni y participer, cela indique bien que c’est quelque chose de barbare.

Même la mort donnée par nos soldats, bien qu’ils aient été conditionnés à tuer, entraîne chez eux d’importantes séquelles psychologiques et des troubles mentaux − pire encore lorsque les personnes tuées sont des innocents passés au compte des dommages collatéraux. C’est clairement tragique et cela indique que tuer a des conséquences, même sur les vivants.

La peine de mort a vraiment un effet sur la société qui l’applique. Plus une société est civilisée, plus il y a de chances qu’elle ne pratique pas la peine de mort de façon routinière ou inconsidérée. Plus un gouvernement est autoritaire, plus il procède à un grand nombre d’exécutions.

Ceux qui soutiennent activement le droit à la vie de l’enfant à naître devraient y trouver un encouragement à revoir leur soutien inconditionnel à la peine de mort et leur soutien militant aux guerres d’agression.

Les fondateurs de ce pays, je pense, étaient en faveur de la peine de mort, bien que la façon dont la Constitution a été rédigée délègue cette décision aux États. Ils n’ont indiqué que trois crimes fédéraux dans la Constitution : la contrefaçon, la trahison et la piraterie ; ensuite on y a ajouté l’esclavage, y compris la servitude forcée, par le treizième amendement. Dans la loi sur la monnaie de 1792, la peine de mort pour contrefaçon de la monnaie a été introduite. Ce n’est pas là une application inattendue du pouvoir de vie et de mort que s’arroge l’État, trop souvent il l’utilise non contre de vrais criminels, mais plutôt contre ses ennemis.

Prenons le cas de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Après avoir diffusé des documents diplomatiques secrets, les longs couteaux ont été tirés. Bill O’Reilly a déclaré qu’Assange était un traître et « devait être exécuté ». Sarah Palin a dit qu’il devrait être pris comme cible « comme les talibans ». Ralph Peters de Fox News a dit : « Je voudrais exécuter les auteurs de fuites ». Mike Huckabee a déclaré : « Je pense que toute peine autre que l’exécution serait trop douce ». Glenn Beck a dit qu’Assange devrait être exécuté. G. Gordon Liddy a dit qu’il devrait être mis sur la liste des personnes à abattre.

En fin de compte, Assange n’est qu’une personne munie d’un ordinateur portable qui n’a fait que publier la vérité, des informations certes gênantes pour beaucoup de gens, mais qui n’ont nui à personne. Et c’est lui que beaucoup voudraient soumettre à la peine de mort ? L’État utilise toujours son pouvoir pour punir ses propres ennemis, mais ses ennemis ne sont pas nécessairement les nôtres.

De plus, on voit là à l’œuvre une terrible hypocrisie. L’État est-il vraiment l’institution la plus apte à se porter juge en la matière ? Qu’est-ce que cela donnerait si l’on devait punir de mort tous les fonctionnaires de Washington coupables de fausser notre monnaie ou de nous imposer des sanctions anticonstitutionnelles à travers la fiscalité ? Cela ne serait pas beau à voir ! Il vaut mieux changer notre système plutôt que de considérer comme des traîtres, et de vouloir les exécuter, des personnes comme Assange ou d’autres chercheurs de vérité.

Bien que les États aient chacun un pouvoir discrétionnaire pour punir ceux qui commettent des crimes violents, au niveau national la position en faveur du droit à la vie, pour être cohérente, devrait s’attacher à protéger l’enfant à naître, à s’opposer à l’avortement, à rejeter la peine de mort, et à combattre fermement notre politique étrangère actuelle, celle d’un empire qui a besoin de guerres d’agression impliquant la mort de milliers d’innocents. Nous nous en porterions tous mieux, et l’on aurait plus de chances d’aboutir ainsi à une société qui se consacre à la paix, au développement de la vie humaine et à la prospérité.

Extrait de Ron Paul, 2011, « Capital Punishment », Liberty Defined. Traduction Thierry Falissard.


Références :

  • Bedau Hugo Adam, 2005, Debating the Death Penalty: Should America Have Capital Punishment? The Experts on Both Sides Make Their Case. New York: Oxford University Press.
  • Jacquette Dale, 2009, Dialogues on the Ethics of Capital Punishment. New York: Rowman & Littlefield.