Le hijab doit-il être autorisé pour les nonnes ?

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Ce devrait pourtant être simple : nous sommes libres de porter ce que nous voulons porter.

Ce devrait pourtant être simple : nous sommes libres de porter ce que nous voulons porter.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Les nonnes aussi ont été autrefois soupçonnées d’être des agents d’une puissance étrangère.

L’image ci-dessus vous offense-t-elle ? Pensez-vous qu’il n’y a pas de place dans notre pays pour ce type de vêtements ? Pensez-vous que ces femmes sont soumises à un lavage de cerveau par un système oppressif de croyances ?

Tentons une expérience. Quand nous discutons du hijab, nous pensons qu’il s’agit d’une coiffe et d’un vêtement traditionnels. Sommes-nous en train de dire que, dans notre pays qui a toujours élevé l’idée de liberté individuelle au-dessus du pouvoir collectif, l’État détient le pouvoir de nous dire comment nous devons être vêtus ?

La liberté inclut le droit de libre association. Les sociétés et institutions devraient être autorisées de poser comme conditions d’intégration ce qu’elles désirent. Ainsi, les écoles devraient être entièrement libres de demander le port d’uniformes tout comme les chefs d’entreprise devraient être entièrement libres d’imposer un certain code vestimentaire. Si un centre commercial souhaite bannir les survêtements ou les hijabs – ou les croix et les kippas, supposons, si le gérant est assez fou pour voir fuir sa clientèle – c’est son droit. Mais les ministres britanniques n’ont pas à dire aux gens comment s’habiller. Et je suis fier de le dire, c’est quelque chose qui nous différencie de l’Iran, de l’Arabie-Saoudite ou de la France.

« Mais ça n’a rien à voir avec la liberté, » me lancent des centaines de tweetos, « il s’agit d’une guerre culturelle ». Je suis souvent frappé par le nombre de personnes qui pensent pouvoir énoncer une vérité en déclarant simplement « ça n’a rien à voir avec x, c’est à propos de y ». Mais mettons ça de côté. Ce qui est surprenant, c’est la manière dont certaines idées de la droite autoritaire et de la gauche bien-pensante peuvent s’allier et traiter différemment les minorités devant la loi.

Ce devrait pourtant être simple : nous sommes libres de porter ce que nous voulons porter. Il peut y avoir des circonstances spéciales, par exemple la sécurité aéroportuaire. Les seuls établissements qui instaurent des règles vestimentaires sont inévitablement financés par l’État (universités, par exemple) ou dirigés par l’État (cours de justice). Mais le principe reste le même : tant que vous évitez de vous exhiber d’une manière indécente, vous pouvez vous habiller comme bon vous semble.

L’unique raison pour laquelle nous avons cette discussion est que, depuis une génération, de nombreuses branches du secteur public sont devenues obsédées – je pèse mes mots – par les origines ethniques. Le moindre sujet a été réinterprété à l’aune d’une lutte anti-raciste. Parce que les symboles religieux les plus visibles (turbans, hijabs) ont été majoritairement portés par des non-blancs, des pans entiers de la gauche ont oublié ce qui devrait être leur principe directeur : l’égalité devant la loi. Au lieu de ça – et paradoxalement, comme les autorités de l’apartheid sud-africaine – la gauche s’est mise à catégoriser les individus. De grandes entreprises ont suivi le mouvement. British Airways, désireuse de permettre le port du hijab mais pas d’encombrants crucifix s’est retrouvée dans l’absurde position de décréter que les signes religieux pouvaient être portés par les employés uniquement s’il y avait une « obligation religieuse écrite ». Qu’est-ce qu’une obligation religieuse écrite ? La question a divisé les théologiens pendant des siècles, a mené au schisme et même aux guerres. Mais ne vous inquiétez pas. Nous avons désormais notre ultime arbitre : British Airways.

Encore plus absurdes : les personnes qui, professant leur aversion pour l’Islam, font preuve d’une expertise extraordinaire sur ce que cette religion demande de ses adhérents. Eux aussi veulent nous diviser et nous catégoriser par la loi.

Je pensais que nous avions laissé ça au passé, lorsque nous avions abrogé les lois anti-catholiques en Grande-Bretagne. Il est navrant d’observer la remontée en puissance de ces débats.


Sur le web. Traduction : Voy/Contrepoints.