Affaire Sephora : quelques arguments à opposer à l’ineptie des syndicats

Publié Par Vincent Benard, le dans Syndicalisme, Travail & emploi

Le magasin Sephora des Champs-Élysées est interdit d’ouverture au-delà de 21h le soir. Les syndicalistes n’ont absolument pas rendu service aux salariés dont ils prétendent pourtant défendre la condition.

Par Vincent Bénard.

Nous avions évoqué l’affaire Bricorama l’an passé, qui avait vu des organisations syndicales extérieures à l’entreprise obliger une enseigne à fermer ses portes le dimanche après saisine de la justice. C’est au tour de l’enseigne Sephora de voir, dans des circonstances similaires, son magasin phare des Champs-Élysées interdit d’ouverture par voie de justice au-delà de 21h le soir. Je ne vais pas revenir sur l’ensemble des arguments traités à l’époque, mais rappeler deux points généralement peu ou pas traités par les autres médias.

Un des « arguments » des syndicats qui luttent pour empêcher des employeurs de proposer des postes de travail après 21h, ou le dimanche, est que la demande agrégée n’augmente pas en fonction des heures d’ouverture, et que donc fermer les activités commerciales à 21h, voire à 17h comme chez certains voisins, est bien suffisant. Un syndicat sait évidemment mieux qu’un propriétaire de commerce ce qui est bon pour lui.

Cette façon de penser oublie que le « pouvoir d’achat » des consommateurs ne se mesure pas seulement à l’aune de leur rapport revenu/niveau des prix. Il se mesure aussi en accessibilité de l’offre, en temps disponible pour les comparer, etc.

Du point de vue de l’offreur, permettre à un magasin déjà ouvert du lundi au samedi d’ouvrir le dimanche n’augmente son temps de mise en vente « que » de 16%. Négligeable, me rétorquera le cégétiste anti-ouverture. Mais du point de vue d’une personne salariée peu libre d’organiser son temps, cette ouverture supplémentaire peut augmenter son « temps disponible pour le shopping » de 50% et plus. Voilà qui lui permettra de passer plus de temps à comparer les offres, ou lui permettra de dégager du temps pour accéder à d’autres services (loisirs, culture, vie sociale, etc.) aux heures ouvrables « habituelles ». C’est donc un gain de « pouvoir d’achat », pouvoir d’achat étant ici compris au sens le plus large.

Une personne qui, grâce à une disponibilité supérieure des offres, « achète mieux », est une personne dont le niveau de vie augmente, et qui peut utiliser les sommes économisées à effectuer d’autres achats qu’elle n’aurait pu entreprendre sans cela.

Application concrète : le touriste asiatique qui visite la boutique Sephora des Champs-Élysées le soir préfère sans doute utiliser sa journée pour visiter la Tour Eiffel ou le Louvre. En ouvrant largement ses portes en début de nuit, Sephora (ainsi que ses confrères commerçants) attire cette clientèle peu disponible en journée, et augmente les choix disponibles desdits touristes. Sephora fait 20% de son chiffre d’affaires après 21h, mais, ce faisant, permet à d’autres qui offrent une amplitude moins large de faire également plus de chiffre. En ce sens, l’ouverture élargie des commerces les plus attractifs est une source de business supplémentaire aussi pour les autres activités.

L’autre « argument » brandi par les camarades syndiqués est que les salariés, qui sont nécessairement « exploités » par un vil patronat, seraient forcés de travailler le dimanche contre leur volonté, sous la menace d’un licenciement. Ce genre de pression inamicale existe, il serait idiot de le nier. Mais il y a aussi des dizaines d’employés (étudiants notamment) qui jugent que le bénéfice qu’ils retirent de ces opportunités d’emploi est supérieur à leur coût. Et à en juger par les réactions de dépit de nombre de salariés de Sephora depuis l’annonce du verdict de la cour d’appel (vidéo), ceux-ci ne partagent pas du tout l’avis des syndicalistes qui ont saisi la justice, qui sont des bureaucrates syndicaux détachés du monde du travail. Ajoutons que les « patrons abusifs » le sont en général pendant toute la plage d’ouverture, et pas uniquement pendant les horaires élargis. Un patron plus incliné à maintenir une relation sociale digne de ce nom avec ses salariés aura plutôt tendance à gérer l’ouverture élargie de façon humaine. Et un patron qui s’inscrit dans le long terme a plutôt intérêt à faire fructifier l’énergie de ses salariés, et donc à bien les traiter.

Le seul moyen efficace de lutter contre les inévitables « patrons abusifs » qui n’ont pas beaucoup de respect pour leurs salariés est de rendre facile, pour un employé mal traité, de changer d’emploi. Pour cela, il faut une économie dynamique, où des opportunités d’affaires se créent constamment, où le chômage est bas et de courte durée, « frictionnel ». Or, l’ouverture nocturne ou dominicale des commerces participe de cette dynamique. Ce n’est pas en tuant toute possibilité de faire du commerce au-delà d’une norme étroite établie par la CGT que l’on créera cette société d’opportunités. Au contraire, dans une économie où la peur du chômage est forte, le « petit chef » autoritaire et anxiogène est roi. Les syndicalistes qui réduisent l’enveloppe globale de travail ne rendent absolument pas service aux salariés dont ils prétendent pourtant défendre la condition.


Lire également : Il faut permettre à Bricorama, et aux autres, d’ouvrir le dimanche

  1. « L’autre « argument » brandi par les camarades syndiqués est que les salariés, qui sont nécessairement « exploités » par un vil patronat, seraient forcés de travailler le dimanche contre leur volonté, sous la menace d’un licenciement. Ce genre de pression inamicale existe, il serait idiot de le nier. »

    Faire appel au volontariat doit normalement suffire, et je ne vois pas quel management pervers recourrerais a la menace, la ou des solutions de bon sens et d’accord mutuel apparaitront probablement spontannément. Il sera probablement plus dur de trancher entre les candidats sans se voir accuser de favoritisme.

    1. Exact, le bon sens suffit :
      – Volontariat des employés
      – Et si manque de personnel recrutement de CDD, d’étudiants, de chômeurs… Tous heureux d’avoir un travail et un revenu.
      J’ai vécu au Canada et c’est comme cela que les magasins fonctionnent : les employés du soir sont souvent des étudiants qui peuvent ainsi avoir un revenu fixe et sérieux tout en assurant la présence à tous les cours !!!

  2. « Le seul moyen efficace de lutter contre les inévitables « patrons abusifs » qui n’ont pas beaucoup de respect pour leurs salariés est de rendre facile, pour un employé mal traité, de changer d’emploi. »

    C’est très juste, malheureusement cela ne convient pas aux maîtres de la France, qui préfèrent que chacun reste dans sa case.

  3. les syndicalistes envisagent la progression du bien être des salariés comme une guerre de tranchées, où il faut sacrifier d’immenses ressources matérielles et humaines pour « conquérir » au forceps des bouchées de no man’s land rendues stériles par les combats. Tragique gâchis …

  4. Nous sommes impatients de savoir si ce sujet sera abordé durant la « table ronde » organisée par Moscovi avec les « Tondus ».

    Non ?

    Et qu’en pensent les « Pigeons », les « Moineaux », les « Albatros » et autres « Poussins » (et les « Cocottes » qui pensent à elles, hum ?)

    Bref. Chaque jour apporte son lot de preuves objectives, claires, irréfragables, adamantines de la totale dégénérescence du système.

    Totale.

    Mais les gens s’obstinent à ne pas voir.

    Pour revenir à cette affaire : ce n’est absolument pas nouveau ! Ca fait des années que des « syndicats » pratiquent un tel terrorisme contre les heures d’ouvertures des magasins.

    Qu’on fait les veaux ? Rien. Enfin si, ils ont oublié.

    Comme après demain, ils oublieront Sephora, et avant Sephora ils oublièrent Bricorama.

    Puis ils recommenceront à voter, bien sagement, UMPS voire à s’abstenir pour les plus aventureux (ah le frisson protestataire du pécheur à la ligne !).

    Bref. Chaque jour qui passe, le news flow devrait rendre fou, littéralement chacun d’entre nous. Mais… en fait non. Pas vraiment.

    On fait des « tables rondes ». On fait des pages Facebook. On discute de la baisse de la hausse de 0.10 %, on s’insurge contre la révision de la dernière phrase de l’article 18 du Code du travail…

    Vous voulez un vrai changement ? Global ? De paradigme ?

    -1-expatriation

    -2-ceux qui restent : vote protestataire/bloquant systématique (FN ou extrême gauche), et ce à toutes les élections.

    -3-ceux qui restent : accélérez la mise en faillite du système mafieux e de son cadre de pensée mortifère, en réduisant vos revenus, votre consommation, vos investissements.

    Ces trois points feront littéralement bouillir l’entropie. Voilà notre arme principale.

    L’entropie dissoudra le système mafieux, et nous libèrera.

    Assez des demi mesures, des oublis confortables, de la routine coupable, des compromissions, des frustrations étouffées.

    Ouvrez les yeux bon sang, et prenez les choses en mains.

    1. là où l’on touche au sublime, c’est que pendant ce temps là des millions de gens travaillent la nuit ou le week-en et ce depuis des temps immémoriaux : ouvriers postés en usine, marins, personnel hospitalier, pompiers, policiers, personnel hotelier, etc.

      et je n’ai jamais entendu aucun syndicat dire que les hopitaux, les hotels ou les usines devaient fermer le dimanche; de même je n’ai jamais vu aucun syndicat hurler au scandale discriminant des boites de nuit ouvertes la nuit ou des ouvriers faisant les « 3/8 ».

      la vie de famille de ces millions de gens ne vaut elle pas celle des employés du commerce ?

  5. à la place du patron de sephora:

    licenciement général dans toute la France
    fermeture immédiate des magasins
    ouverture d’une boutique en ligne ( sur internet du style d’amazon) dans un pays européens et la livraison sera assuré par un géant de la distribution de courrier

  6. Jadis c’était l’église qui donnait le temps, puis le relais fut pris par le beffroi, vient maintenant le temps des syndiquards, sorte d’ordre régulier-régulateur .
    A quand la fermeture des cinémas le soir?
    Le parfum est un des rares produits difficilement commercialisable par le net.
    Tout le monde est au parfum, les syndicats ont le commerce dans le nez, et moi je ne les ai pas en odeur de sainteté.

  7. Vous oubliez un argument de taille : celui des très nombreux commerces, toutes ces TPE/PME qui représentent 95% de notre tissu économique, magasins divers, boutiques et petits commerces, qui ne pourront JAMAIS rivaliser avec des enseignes déjà surpuissantes, si en plus maintenant elles ouvrent le dimanche, car le coût d’un salarié le dimanche est bien évidemment plus conséquent pour ces petites structures.

    Et une fois encore, ce seront des petits patrons et leurs salariés qui vont trinquer au profit de grandes enseignes déjà trop bien loties, parce que la réflexion est troublée par des syndicats qui ne donnent pas les bonnes raisons d’un refus. Celle-ci en est pourtant une excellente. Il suffit de côtoyer des dirigeants de petits commerces, notamment ces nombreuses enseignes en province, pour s’en convaincre. Paris n’est pas la France.

    1. Tous les petits magasins ne font pas concurrence a Sephora.Les petits commerces auraient plus de clients si les grandes enseignes ont l’autorisation de travailler.Le bizness apporte le bizness.Toutes les logiques de ‘protection’ sont deleteres et l’ont prouve maintes et maintes fois.Ce qu’il faut preserver a tout prix en tout temps c’est le dynamisme de l’economie et pour ca les recette changent en fonction du moment, la ou etat et syndicats n’ont que les meme sempiternelles recettes foireuses a proposer.

  8. les syndicats n ‘ziment pas le travailleurs
    sncm, le port de marseille, et maintenant sephora
    « il est interdit de travailler pour les patrons »
    par contre abreuves de subventions ils vivent en patron
    l air joyeux du syndicaliste a la fermeture de 50 postes etait cyniquement incroyable

    coupons les vivres aux syndicats
    imposons un syndicalisme obligatoire
    et donc ils s occupereont des travailleurs/clients et ne feront pas de politiques politicienne
    au

  9. Le retour de l esclavage est peut être a conseiller ?
    Je trouve cela très bien que le soir reste dédié a d autres activités de détente , restauration etc…. Le problème avec le patronat c est que c est toujours bon pour lui et pas pour les employés qui se crèvent pour trois francs six sous

    1. Pour le coup, ces personnes se sont trouvées esclaves des fantasmes de nos amis syndiqués, qu’ils prennent pour des réalités. Personne n’a à utiliser la contrainte pour imposer aux gens ce qui est bon pour eux, même s’ils ne le savent pas eux-mêmes. L’une des mesures essentielles de la liberté, c’est la responsabilité qui l’accompagne ; ces salariés en travaillant le soir le font en connaissance de cause et ont consenti à ces conditions, qu’ils en aient conscience ou non (au même titre que la responsabilité juridique : nul n’est censé ignorer la loi).

      Vous trouvez que c’est une bonne chose, libre à vous : rien ne vous force à travailler le soir ; mais ne prétendez pas imposer votre propre rythme de vie à ces gens. Si on suit votre logique par ailleurs, les restaurateurs ne devraient pas bosser le soir puisque ça les empêche de se détendre, il vous faudrait donc faire une croix sur les restaus.

    2. « Je trouve cela très bien que le soir reste dédié a d autres activités de détente , restauration etc »

      C’est totalement idiot comme réflexion car un restaurant est ouvert le soir, un bar aussi, une discothèque aussi, un cinéma aussi, un hôtel aussi…
      Alors eux aurait le droit d’ouvrir le soir pour faire plaisir à M. camin paul qui veut s’amuser, mais Séphora n’aurait pas le droit d’ouvrir le soir pour faire plaisir aux touristes et autres clients venus s’amuser sur les Champs-Élysées illuminée by night ???
      Quel sectarisme !!!
      Vous connaissez l’Article I de la DDHC de 1789 ?
      Il stipule l’égalité des droits. Donc si votre restaurant préféré à le droit d’ouvrir de 8h00 le matin à 24 h00 le soir alors Séphora a exactement le même droit !!!

    3. ne dites pas esclaves, c’est absurde, le principe d’un emploi reste quand même le fait d’accepter de le faire…
      faudra il interdire le métier de veilleur de nuit prou préserver la vie familiale du veilleur de nuit aussi?
      Ce qui rend les gens esclaves d’un boulot jusqu’à en crever parfois c’est la peur du chômage…croyez vous que les heures d’ouverture de sephora créent du chômage?

  10. c’est la raison pour laquelle Londres nous grignote de plus en plus de part de marché…là ba on peut acheter à toutes heures…

    comment se couper l’herbe sous le pied. Encore une fois hélas, merci les syndicats.

    PS : on est en Europe libre, donc si SEPHORA décide d’ouvrir en nocturne, et qu’aucun salarié ne veut effectuer ces horaires, rien empêche le groupe de recruter dans des pays de l’espace européen des salariés qui voudront et auront la gnac.

  11. D’ailleurs, aux sujet des syndicats : y a un bouquin qui vient de sortir où on y apprend toutes leurs magouilles.

    Evidemment, on n’en entend pas parler dans la « presse » !!!!!

    Je vis à l’étranger où tout est pratiquement ouvert 7 j/7 : tout le monde y trouve son compte.

  12. Bon l’option, magasin de tourisme ouvert 24h /24h pose une autre question pourquoi fermer a tour Eiffel la nuit, etc..

    L’autre question c’est que l’on sait toujours pas si l’employé avec sa majoration de salaire touche réellement un salaire décent, car le travail sur appel reste une grosse économie de salaire.

  13. > rendre facile, pour un employé mal traité, de changer d’emploi.

    Pour cela, il faut renvoyer les immigrés au chômage chez eux, après avoir mis en place la préférence nationale à l’embauche.

    Ceci est, en plus, une condition sine qua none pour la baisse des charges sociales, ce qui rend le Front National beaucoup plus libéral qu’aucun autre parti.

  14. quand les français se rendront compte que les syndicats sont des cons, la terre arreteras de tourner

Les commentaires sont fermés.