Affaire Sephora : quelques arguments à opposer à l’ineptie des syndicats

Le magasin Sephora des Champs-Élysées est interdit d’ouverture au-delà de 21h le soir. Les syndicalistes n’ont absolument pas rendu service aux salariés dont ils prétendent pourtant défendre la condition.

Le magasin Sephora des Champs-Élysées est interdit d’ouverture au-delà de 21h le soir. Les syndicalistes n’ont absolument pas rendu service aux salariés dont ils prétendent pourtant défendre la condition.

Par Vincent Bénard.

By: Mike MozartCC BY 2.0

Nous avions évoqué l’affaire Bricorama l’an passé, qui avait vu des organisations syndicales extérieures à l’entreprise obliger une enseigne à fermer ses portes le dimanche après saisine de la justice. C’est au tour de l’enseigne Sephora de voir, dans des circonstances similaires, son magasin phare des Champs-Élysées interdit d’ouverture par voie de justice au-delà de 21h le soir. Je ne vais pas revenir sur l’ensemble des arguments traités à l’époque, mais rappeler deux points généralement peu ou pas traités par les autres médias.

Un des « arguments » des syndicats qui luttent pour empêcher des employeurs de proposer des postes de travail après 21h, ou le dimanche, est que la demande agrégée n’augmente pas en fonction des heures d’ouverture, et que donc fermer les activités commerciales à 21h, voire à 17h comme chez certains voisins, est bien suffisant. Un syndicat sait évidemment mieux qu’un propriétaire de commerce ce qui est bon pour lui.

Cette façon de penser oublie que le « pouvoir d’achat » des consommateurs ne se mesure pas seulement à l’aune de leur rapport revenu/niveau des prix. Il se mesure aussi en accessibilité de l’offre, en temps disponible pour les comparer, etc.

Du point de vue de l’offreur, permettre à un magasin déjà ouvert du lundi au samedi d’ouvrir le dimanche n’augmente son temps de mise en vente « que » de 16%. Négligeable, me rétorquera le cégétiste anti-ouverture. Mais du point de vue d’une personne salariée peu libre d’organiser son temps, cette ouverture supplémentaire peut augmenter son « temps disponible pour le shopping » de 50% et plus. Voilà qui lui permettra de passer plus de temps à comparer les offres, ou lui permettra de dégager du temps pour accéder à d’autres services (loisirs, culture, vie sociale, etc.) aux heures ouvrables « habituelles ». C’est donc un gain de « pouvoir d’achat », pouvoir d’achat étant ici compris au sens le plus large.

Une personne qui, grâce à une disponibilité supérieure des offres, « achète mieux », est une personne dont le niveau de vie augmente, et qui peut utiliser les sommes économisées à effectuer d’autres achats qu’elle n’aurait pu entreprendre sans cela.

Application concrète : le touriste asiatique qui visite la boutique Sephora des Champs-Élysées le soir préfère sans doute utiliser sa journée pour visiter la Tour Eiffel ou le Louvre. En ouvrant largement ses portes en début de nuit, Sephora (ainsi que ses confrères commerçants) attire cette clientèle peu disponible en journée, et augmente les choix disponibles desdits touristes. Sephora fait 20% de son chiffre d’affaires après 21h, mais, ce faisant, permet à d’autres qui offrent une amplitude moins large de faire également plus de chiffre. En ce sens, l’ouverture élargie des commerces les plus attractifs est une source de business supplémentaire aussi pour les autres activités.

L’autre « argument » brandi par les camarades syndiqués est que les salariés, qui sont nécessairement « exploités » par un vil patronat, seraient forcés de travailler le dimanche contre leur volonté, sous la menace d’un licenciement. Ce genre de pression inamicale existe, il serait idiot de le nier. Mais il y a aussi des dizaines d’employés (étudiants notamment) qui jugent que le bénéfice qu’ils retirent de ces opportunités d’emploi est supérieur à leur coût. Et à en juger par les réactions de dépit de nombre de salariés de Sephora depuis l’annonce du verdict de la cour d’appel (vidéo), ceux-ci ne partagent pas du tout l’avis des syndicalistes qui ont saisi la justice, qui sont des bureaucrates syndicaux détachés du monde du travail. Ajoutons que les « patrons abusifs » le sont en général pendant toute la plage d’ouverture, et pas uniquement pendant les horaires élargis. Un patron plus incliné à maintenir une relation sociale digne de ce nom avec ses salariés aura plutôt tendance à gérer l’ouverture élargie de façon humaine. Et un patron qui s’inscrit dans le long terme a plutôt intérêt à faire fructifier l’énergie de ses salariés, et donc à bien les traiter.

Le seul moyen efficace de lutter contre les inévitables « patrons abusifs » qui n’ont pas beaucoup de respect pour leurs salariés est de rendre facile, pour un employé mal traité, de changer d’emploi. Pour cela, il faut une économie dynamique, où des opportunités d’affaires se créent constamment, où le chômage est bas et de courte durée, « frictionnel ». Or, l’ouverture nocturne ou dominicale des commerces participe de cette dynamique. Ce n’est pas en tuant toute possibilité de faire du commerce au-delà d’une norme étroite établie par la CGT que l’on créera cette société d’opportunités. Au contraire, dans une économie où la peur du chômage est forte, le « petit chef » autoritaire et anxiogène est roi. Les syndicalistes qui réduisent l’enveloppe globale de travail ne rendent absolument pas service aux salariés dont ils prétendent pourtant défendre la condition.


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