Bill Gates ou la nature humaine

Bill Gates

Le système capitaliste n’est pas immoral, il est bien au contraire généreux et rationnel puisqu’il utilise tous les talents pour en faire profiter à tous.

Le système capitaliste n’est pas immoral, il est bien au contraire généreux et rationnel puisqu’il utilise tous les talents pour en faire profiter à tous.

Par Fabrice Descamps.

Bill Gates

Dans le dernier numéro du Point, le moine bouddhiste Matthieu Ricard déclare la chose suivante : « L’idée que l’altruisme n’a pas sa place dans l’économie est fausse. Nombre d’économistes sont convaincus qu’il faut maintenant donner sa place à la voix de la sollicitude, en sus de la voix de la raison ». Pour sympathiques que soient les propos de M. Ricard, ils obscurcissent le débat plus qu’ils ne l’éclairent, outre qu’ils opposent raison et altruisme. Or l’altruisme est la quintessence de la raison, comme on va voir ci-après.

Notons en introduction que je pressens à quel point des avis comme ceux de M. Ricard vont conforter tous les étatistes impénitents de France et de Navarre dans leur haine du libéralisme. Car, quoi, le libéralisme n’est-il pas justement cette doctrine qui fait de l’égoïsme le seul ressort de l’âme humaine ? Et notre Matthieu Ricard d’assassiner en passant Ayn Rand, ce en quoi je l’approuve totalement car Mme Rand est précisément le genre de penseurs qui, en sus de la faiblesse insigne de ses raisonnements, a donné à tous les ennemis du libéralisme les meilleures raisons de le détester. Loin de moi l’idée de céder à quelque paranoïa, mais à peine avais-je lu l’interview de M. Ricard que j’appris la création, par l’inépuisable génie fiscal de François Hollande, d’un nouvel impôt, baptisé « écotaxe », dans un pays où l’État prélève déjà 46% de la richesse nationale : qu’on se le dise, le libéralisme est égoïste, l’État son ennemi, l’impôt l’épée qui le châtiera et le Dalaï-lama la nouvelle caution morale du Léviathan.

Eh bien non, ô bouddhistes naïfs, ô sectateurs du Gosplan, ô idolâtres de la déesse Rand, le ressort de l’âme humaine n’est ni l’égoïsme ni la compassion, c’est la rationalité. Et, comme le Bouddha l’a maintes fois souligné, notamment dans son célèbre discours aux Kalamas, c’est parce que nous sommes rationnels, parce que nous réfléchissons, que nous pouvons êtres compatissants.

Ni Matthieu Ricard ni Ayn Rand ne permettent de comprendre la cohérence de la nature humaine. Prenez par exemple Bill Gates. De deux choses l’une, ou ce garçon est schizophrène, ou il est incompréhensible si l’on en croit M. Ricard et Mme Rand. Car voilà quelqu’un qui, du lundi au vendredi, est un des pires requins du capitalisme et qui, le week-end, donne la moitié de l’argent qu’il a âprement accumulé tout le reste de la semaine à des œuvres philanthropiques remarquables. Pourquoi courir après le fric pour le jeter ensuite par les fenêtres ? Et je ne vous parle même pas de son ami Warren Buffet avec qui il avait lancé une campagne pour demander à George Walker Bush de remettre les droits de succession au niveau où ils étaient avant sa présidence. Ces types sont cinglés, qu’on leur fasse lire Atlas Shrugged dans un monastère tibétain afin de les ramener sur le droit chemin.

Débarrassons-nous d’abord d’Ayn Rand. Il paraît qu’il est rationnel d’être égoïste. Fort bien, mais alors M. Bachar El-Assad est le plus « randien » des chefs d’État car il est prêt à sacrifier son pays et tous ses habitants à ses intérêts personnels. Ne serait-il pourtant pas beaucoup plus rationnel qu’il abandonnât le pouvoir et permît une transition démocratique dans son pays ? On peut donc exposer l’inanité de la pensée de Rand en trois phrases.

Le capitalisme est-il égoïste et immoral ? Eh bien pas du tout. Et j’invite tous les libéraux à cesser de défendre ce système économique avec des arguments qui se transforment aussitôt, entre les mains de leurs adversaires, en de redoutables armes contre la liberté et la raison.

Le capitalisme serait immoral si le profit était sa finalité. Mais le profit n’est pas sa finalité, il n’est qu’un outil, parmi d’autres, au service de son vrai but : la plus grande liberté possible du plus grand nombre possible des habitants de la planète.

Prenez Bill Gates. C’est le parangon du capitaliste. Il utilise tous les moyens imaginables pour maximiser ses profits. Ce serait le plus fieffé des égoïstes si son activité ne profitait à personne. Or ce n’est pas du tout le cas. D’abord il donne ainsi du travail à ses employés. Ensuite il permet à tous ses clients d’utiliser ses produits pour engranger eux-mêmes des profits. Enfin, en se battant contre ses concurrents, il permet l’émergence d’une compétition pour les meilleurs produits possibles au coût le plus bas possible, ce qui bénéficie encore à ses clients. Et même s’il est actuellement en position de quasi monopole, cela ne durera qu’un temps : les États ont raison de le surveiller et un autre informaticien astucieux, poussé par la même rationalité que Bill Gates, finira par inventer un produit qui causera la perte de Microsoft.

Il y a bien entendu un nombre considérable de gens égoïstes sur terre, mais que m’importent leurs défauts de caractère du moment que le système économique auxquels ils participent profite à tout le monde. Où est l’injustice ? Où est l’immoralité ? Devrais-je aussi rejeter la médecine sous prétexte que certains médecins sont plus carriéristes qu’humanistes ? La médecine en est-elle pour autant une activité immorale ?

Bill Gates n’est pas le mystère insondable que les théories de Mme Rand et M. Ricard nous dépeindraient si elles étaient vraies. Bill Gates est rationnel.

Or le système capitaliste est l’organisation économique la plus rationnelle qui soit puisqu’elle profite à tout le monde, ce qui n’est le cas d’aucun autre système économique alternatif. Il est donc rationnel que Bill Gates s’occupe de ses profits du lundi au vendredi. Et, comme Bill Gates est rationnel, il est généreux le week-end et donne une grande partie de sa richesse à des causes caritatives qu’il a rationnellement sélectionnées. Il n’y a aucune incohérence dans son comportement ; Bill Gates est rationnel du lundi au dimanche.

Le système capitaliste n’est pas immoral, il est bien au contraire généreux et rationnel puisqu’il utilise tous les talents, même ceux des individus peu moraux, pour en faire profiter à tous. La grande majorité des gens accepte donc le capitalisme car ils sont en moyenne rationnels et soutiennent le système économique le plus rationnel possible.

Or, des deux attitudes, l’égoïste et la généreuse, laquelle est la plus rationnelle ? Celle de M. El-Assad ou celle de M. Gates ? Qui contribue le plus au bien-être et à la liberté de tous ? Qui me permet en ce moment même de taper cet article, Bill Gates ou le satrape syrien ?

Cher Matthieu Ricard, la voix de la raison est la voix de la sollicitude.


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