Rendons l’État inutile !

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Les solutions pour se passer de l’État sont connues mais il est urgent de passer à l’action, de mettre effectivement en œuvre ce que nous prônons.

Les solutions pour se passer de l’État sont connues mais il est urgent de passer à l’action, de mettre effectivement en œuvre ce que nous prônons.

Par Philippe Bouchat, depuis Bruxelles, Belgique.

Les Français râlent sur tout, mais surtout sur la classe politique, c’est bien connu. Les Belges sont atteints d’un mal identique, même s’ils l’expriment moins bruyamment, plus dans la résignation et l’indifférence. La lecture régulière de quotidiens allemands m’amène à penser que les Allemands râlent aussi, même s’ils s’avouent quand même la fierté d’avoir une santé économique insolente en temps de crise. J’en tire donc la conclusion – certes hâtive – que c’est l’Europe entière qui est gangrenée par ce mal-être vis-à-vis du politique en général et de ceux qui exercent des responsabilités en particulier.

Il faut bien avouer que tous les partis – sans la moindre exception – contribuent à ce ras-le-bol généralisé. Tous ambitionnent, en effet, d’exercer le pouvoir, afin de se servir de l’appareil étatique et de mettre en œuvre leurs projets de société, qu’il s’agisse de l’État-providence cher aux progressistes de gauche (devenus conservateurs des « acquis » sociaux), du colbertisme sarkozyste, du « développement » durable écologiste, du planisme centriste ou nationalisme frontiste. Tous suscitent l’espoir de résoudre tous les problèmes sociaux et ce, d’autant plus fortement que les espérances du passé ont toutes été déçues. Et tous bâtissent ainsi l’action politique sur un mensonge grossier : l’État peut tout, l’État est « la » solution à tous nos problèmes.

Mais, ce paradigme – l’intervention étatique est au service de chacun de nous – est définitivement dépassé, si tant est qu’il ne fut jamais vrai ! Qu’on en juge plutôt. Les dettes publiques abyssales sont autant de charges financières qui pèseront sur les épaules des prochaines générations qui devront en assurer le remboursement. L’initiative privée est étranglée par les taxes et le maquis administratif. L’assistanat est devenu un mode de vie de trop nombreux citoyens. La presse subventionnée est devenue d’une platitude affligeante et d’un mansuétude coupable avec le pouvoir subsidiant, ne jouant plus son rôle vital d’aiguillon démocratique. Les syndicats, au nom de leur prétendue représentativité, prennent les travailleurs en otages et jouissent de privilèges exorbitants dont n’osent même pas rêver leurs affiliés. La protection sociale capte un gros tiers de notre richesse nationale, alors que les pensionnés sont précarisés, que de plus en plus de personnes reportent le recours au système de santé, voire ne se soignent plus du tout, que les allocations familiales n’ont jamais réussi à couvrir les frais inhérents à l’entretien d’un enfant, etc. Chaque fois que l’État intervient, c’est pour enfoncer davantage les populations dans le marasme et le délitement…

Le point de non-retour avance à grands pas. La colère gronde. Et que fait le bon peuple qui souffre ? Il accourt dans les bras racoleurs du FN, tel un drogué vers son dealer. Il ne voit pas, le bon peuple, que ce faisant, il légitime ce qu’il y a de pire en matière d’étatisme : le protectionnisme imbécile d’une bande d’amateurs qui veut porter à son paroxysme le nombre de métastases étatiques !

Et le libéralisme dans tout ça ? Le libéralisme authentique n’a jamais été essayé, nulle part. Il est l’objet d’incompréhension, au mieux, et de rejet, hélas, le plus souvent. Il faut dire que les libéraux restent trop fréquemment dans la défense de leurs idées et dans le confort de la théorie. Il est urgent de passer à l’action ! C’est-à-dire de mettre effectivement en œuvre ce que nous prônons. Et que prônons-nous tous, quel que soit le courant libéral auquel nous appartenons individuellement ? La nocivité de l’intervention étatique, comme démontré ci-avant. Très bien. Alors remplaçons-le ! Démontrons son inutilité.

L’État n’est utile en rien.

L’enseignement ? Il pourrait sortir facilement du giron étatique si l’on optait pour le chèque éducation et la liberté absolue pour les parents de créer l’établissement scolaire qu’ils souhaitent pour leurs enfants. La protection sociale ? L’efficience autant que la morale commandent de se prendre en charge personnellement, au besoin par le truchement d’associations libres, à but lucratif ou non. L’économie ? Qui mieux que chaque individu est à même d’allouer au mieux les ressources dont il dispose et de poursuivre ses intérêts légitimes ?! La culture ? La création sera d’autant plus florissante qu’elle sera libérée de toutes subventions. La monnaie ? Les grandes catastrophes monétaires et financières surviennent lorsque l’État manipule la quantité de monnaie en circulation. La sécurité intérieure et extérieure ? Les citoyens peuvent très bien s’en charger eux-mêmes. La justice ? Le système d’arbitrage et de médiation font œuvre similaire. Je pourrais continuer ici la longue liste des domaines où l’État peut être remplacé par l’association libre de citoyens. J’ai bien conscience d’être trop lapidaire dans ma démonstration, mais il n’est nul besoin de s’étendre davantage pour attester d’un constat aussi simple : l’État n’est qu’un instrument créé historiquement pour servir le citoyen, mais qui finalement l’a asservi, alors que l’on peut s’en passer facilement.

Notre prose libérale ne fera œuvre utile que si elle donne le goût aux individus d’oser la Liberté dans tous les domaines de leur vie. Nous devons incarner la joie de se vouloir libres contre les peine-à-jouir étatistes de tous bords, dont François Hollande est le symbole parfait. Ne tombons pas dans le piège du combat d’idées stérile contre les planistes. La meilleure – la seule ! – réponse crédible de notre part est de réaliser ce que nous prônons partout et toujours : remplaçons l’État ! Que chacun développe ses talents et se prenne en mains. Est-ce appel à l’égoïsme généralisé ? Non, même rationnel tel que le conçoit Ayn Rand, l’égoïsme n’est jamais une solution, car il tue finalement notre vitalité. Ouvrons-nous aux autres, sans peur, mais librement, sans le cache-sexe de la contrainte légale qui pervertit la noblesse de la solidarité véritable.

Soyons joyeux et libres ! Tout le contraire de l’État et de ses adeptes asservis, asservissants et pisse-vinaigre ! Soyons donc adultes et laissons les étatistes dans leur adolescence attardée !