Le registre des baptêmes, un fichier comme les autres

Eglise Notre Dame de Fleury (Crédits : Ikmo-ned, Creative Commons)

La cour d’appel de Caen a rendu une décision négative sur le cas d’un homme qui voulait effacer son nom du registre des baptêmes.

La Cour d’Appel de Caen a rendu une décision négative sur le cas d’un homme qui voulait effacer son nom du registre des baptêmes. 

Par Roseline Letteron.

Eglise Notre Dame de Fleury

La Cour d’Appel de Caen a rendu, le 10 septembre 2013, une décision portant sur une demande de radiation du registre des baptêmes. La rareté même d’un tel contentieux ne peut qu’attirer l’attention.

Le requérant, qui se revendique comme libre-penseur, a été baptisé à l’âge de deux jours, le 11 août 1940, par le curé de Fleury (Manche). En 2001, il a demandé au curé de cette ville et à  l’évêque de Coutances et Avranche, en sa qualité d’administrateur diocésain, que la mention « a renié son baptême par lettre datée du 31 mai 2001 » soit portée sur le registre des baptêmes au regard de son nom. Il a immédiatement obtenu satisfaction. Huit années plus tard, ayant presque atteint les soixante-dix printemps, le requérant demande cette fois l’effacement pur et simple de la mention de son baptême. Le tribunal de Coutances, dans un jugement d’octobre 2011, lui a donné satisfaction et a ordonné cet effacement. C’est précisément ce que conteste l’évêque, d’autant que l’association diocésaine était condamnée aux dépens. Ajoutons, et c’est d’ailleurs quelque peu surprenant, que le Procureur Général près la Cour d’Appel de Caen s’est joint à l’appel, sans que l’on puisse comprendre exactement quel est son intérêt dans l’affaire.

Quoi qu’il en soit, la Cour d’Appel annule le jugement du tribunal de Coutances, et fait observer que la liberté du requérant « de ne pas appartenir à la religion catholique est respectée » par la seule mention portée sur le registre des baptêmes, « sans qu’il y ait lieu à effacement ou correction supplémentaire du document litigieux ».

Pour parvenir à cette solution, la Cour d’Appel examine successivement les deux moyens invoqués par le requérant.

La violation de la vie privée

Celui-ci invoque d’abord une violation de l’article 9 du code civil, c’est à dire une atteinte à sa vie privée. Le tribunal de Coutances s’était appuyé sur cet argument, et avait considéré que la célébration du baptême relève de la vie privée. A ses yeux le registre délivre donc une information personnelle sur l’individu qui doit être protégée par l’article 9 du code civil.

La Cour d’Appel adopte la position inverse. Pour elle, la célébration d’un baptême constitue un évènement public, et le registre se borne à mentionner l’identité du baptisé, de ses parents, de ses parrain et marraine. En soi, ces mentions ne révèlent rien sur la pratique religieuse de l’intéressé, mais se bornent à mentionner un évènement qui s’est déroulé alors qu’il était un nourrisson âgé de deux jours. Cette mention d’un évènement religieux n’implique évidemment aucune volonté de discrimination à son égard. On doit d’ailleurs observer que cette célébration n’est évidemment pas le choix de l’enfant, mais celui de ses parents, et que leur volonté doit aussi être respectée.

Quant à la communication des informations portées sur le registre, elle n’emporte pas davantage atteinte à la vie privée, dès lors que ces éléments ne sont pas communicables à tous, mais seulement aux ministres du culte et à l’intéressé, s’il en fait la demande. Les tiers n’y ont en principe pas accès.

L’accès aux fichiers

Ceci nous amène au second moyen développé par le requérant, qui invoque la non conformité du registre des baptêmes à la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. Rappelons à ce propos, car on n’a désormais que très rarement l’occasion de le faire, que ce texte s’applique aussi aux fichiers non informatisés, et donc à un registre comportant des données nominatives comme le registre des baptêmes.

Il est vrai qu’un tel registre conserve des données relatives à l’appartenance d’une personne à une religion et qu’il s’agit donc bien de données à caractère personnel au sens de la loi du 6 janvier 1978. Dans ce domaine, la collecte et la conservation des données doivent respecter quelques grands principes.

Le premier d’entre eux est la loyauté, ce qui signifie que les informations ne peuvent être collectées à l’insu des intéressés. Tel n’est pas le cas en l’espèce, puisque les parents du requérant ont, au contraire, souhaité que son nom figure sur le registre des baptêmes.

Le second est le principe de finalité qui veut que les données conservées doivent être strictement conformes à l’objet du fichier. L’inscription sur le registre des baptêmes a pour objet d’informer les membres du clergé du fait qu’une personne est baptisée, notamment lorsque l’intéressé souhaite ensuite, par exemple, la célébration d’un mariage religieux. Il ne s’agit, en aucun cas, d’en déduire une quelconque participation à une communauté paroissiale ou d’utiliser le fichier à des fins de prosélytisme. La loi du 6 janvier 1978 prévoit d’ailleurs expressément le cas des données conservées par les organismes religieux à but non lucratif, qui ne doivent pas être communiquées à des tiers, sauf consentement de l’intéressé. Le registre des baptêmes ne fait pas exception à cette règle, et la diffusion des données aux tiers, dans le cas du requérant, est de son propre fait, puisqu’elle résulte du contentieux dont il a pris l’initiative.

Le troisième principe enfin est celui de la pertinence et de l’exactitude des données stockées. Le registre des baptêmes ne conserve que le minimum des informations utiles pour savoir qu’une personne a été baptisée. L’intéressé peut d’ailleurs, comme l’a fait le requérant, demander l’ajout d’une mention selon laquelle il a renié son baptême. Sur ce point encore, le registre des baptêmes est donc conforme à la loi.

Le registre des baptêmes de la paroisse de Fleury est donc un fichier comme les autres, et un fichier licite. Il n’est que le reflet d’une situation à une date donnée, et, à ce titre, il a aussi une valeur d’archive. Il ne donne aucune information sur la pratique religieuse du requérant, mais seulement sur la démarche de ses parents qui, en 1940, ont souhaité le faire baptiser. Leur acte de volonté a existé, même si leur fils a ensuite renié cette appartenance religieuse, ce qui est son droit le plus strict. Mais il n’est pas en mesure de réécrire une histoire qui ne lui appartient pas.

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