Le social-clientélisme belge a désormais son groupe de presse

Kiosque à journaux à Paris (Crédits : Zoetnet, licence CC-BY 2.0), via Flickr

Les pouvoirs publics belges rachètent les titres de presse de Vers l’Avenir, une menace pour la liberté de la presse.

Les pouvoirs publics belges rachètent les titres de presse de Vers l’Avenir, une menace pour la liberté de la presse.

Par Philippe Bouchat, depuis la Belgique.

La ferveur qui entoure la victoire des Diables rouges hier à Glasgow (quel match !) – et qui est quasi synonyme de qualification directe pour le Mondial brésilien de football – ne doit pas empêcher de garder son esprit critique face à la couleur rouge et en particulier lorsqu’elle est le symbole du social-clientélisme…

Hier donc, alors que la Belgique n’avait d’yeux (dieux) que pour ses Diables, la nouvelle est tombée : la société coopérative intercommunale liégeoise TECTEO (61% de parts détenues par la province de Liège et 39% par les 78 communes liégeoises + la commune « flamande » de Fourons) rachète, pour un montant de 26 millions d’euros, le groupe de presse régional « Vers l’Avenir », possession depuis 2005 du groupe flamand Corelio.

Pour bien comprendre l’ampleur de cette acquisition, il convient de présenter brièvement les protagonistes.

À ma gauche donc, TECTEO Groupe, société intercommunale publique pure qui détient notamment le câblo-opérateur VOO. Historiquement, le cœur de métier de TECTEO est la fourniture d’énergie. Ce métier est assumé par la société TECTEO Energy, mais aussi par la société RESA qui est gestionnaire de réseau de distribution (GRD). À côté de cette société, on retrouve TECTEO Invest dont la mission est de prendre des participations dans des entreprises actives dans les secteurs énergétique et technologique. Enfin, TECTEO, c’est aussi VOO (TV numérique interactive, internet, téléphonie), bien connue des amateurs de foot, qui possède BeTV et WIN (partenaire ICT d’entreprises e.a.). Le groupe est dirigé par Stéphane Moreau, ci-devant bourgmestre PS de la commune d’Ans. Pour rappel, Ans était anciennement dirigée par le célébrissime Michel Daerden, plusieurs fois ministre PS fédéral, régional et communautaire et connu pour ses frasques liées à l’alcool (les auditeurs français s’en rappellent suite à son passage chez le clown Arthur). Moreau était à Daerden, ce que Brutus fut à César : son fils parricide…

À ma (centre-)droite, le Groupe Vers l’Avenir, détenteur de plusieurs quotidiens régionaux dont le 1er (Le Courrier de l’Escaut) a vu le jour en 1829, soit avant la création même de l’État belge ! Jusqu’en 2007, le Groupe était propriété de l’évêché de Namur. En 2007, l’évêché vend toutes ses actions au groupe de presse flamand Corelio qui devient unique actionnaire (il était entré dans l’actionnariat en 2005). La ligne éditoriale est plutôt conservatrice, de centre-droite.

Suite à cette acquisition, le paysage francophone belge repose sur trois pôles : le groupe TECTEO donc (avec le groupe Vers l’Avenir), le groupe ROSSEL (qui détient le quotidien bruxellois Le Soir, ainsi que l’autre groupe de presse régional Sud-Presse) et le groupe IPM (Paris-Match, La Libre, La Dernière Heure et la radio Twizz). Mais ce paysage pourrait à nouveau être chamboulé rapidement, puisqu’on annonce déjà le mariage d’IPM avec… TECTEO. À brève échéance donc, la presse francophone belge pourra se résumer à deux groupes : l’un totalement privé (ROSSEL), l’autre mixte (IPM-Tecteo).

Au niveau des obédiences, les quotidiens du groupe ROSSEL, bien que s’affichant comme indépendants, se situent plutôt à gauche. À droite, on compte un seul quotidien : La Dernière Heure, mais dont la qualité des articles (hormis pour les articles sportifs) se situe au niveau des pâquerettes… Enfin au centre, centre-droit, se trouvent La Libre et donc le Groupe Vers l’Avenir. Demain, lorsque le Groupe Vers l’Avenir passera sous la coupe effective de TECTEO, quelle sera la ligne éditoriale ? Thierry Depiereux, rédacteur en chef du groupe, hier sur Twitter, s’offusquait qu’on se pose la question affirmant que ses journalistes feraient de la résistance si nécessaire… attestant ainsi que le risque existe bel et bien que la ligne éditoriale bouge. Dans quel sens ? Je vous laisse deviner en vous rappelant que la patron de TECTEO, ainsi que la majeure partie des communes liégeoises qui composent son actionnariat, sont PS… En tout état de cause, l’inspiration sociale-chrétienne du Groupe est mise en péril, non seulement par les nombreux PS, mais aussi par les nombreux réformateurs francs-maçons…

Resterait La Libre comme dernier foyer de résistance de l’obédience de centre-droite. Mais quid lors du probable rapprochement avec TECTEO ?

Si sur le plan strictement économique, la recomposition du paysage de la presse peut se comprendre vu l’exiguïté de la taille du marché (on peut le comprendre sans forcément trouver cela pertinent, mais tel n’est pas le propos du présent billet), cette recomposition pose question – nous venons de le voir ci-dessus – quant au pluralisme des opinions s’exprimant à travers la presse. La Wallonie souffre depuis plusieurs décennies de gestion socialiste et principalement de son social-clientélisme. Demain, le paysage de la presse quotidienne lui sera quasi totalement dévoué. Je ne mets pas ici l’intégrité des journalistes du Groupe Vers l’Avenir en cause (eux-mêmes ne doivent pas considérer l’acquisition de leur Groupe d’un bon œil). Mais, la réalité de la puissance politico-financière finira par s’imposer et à modifier le visage des quotidiens régionaux. On voit mal TECTEO faire œuvre philanthropique et acquérir un groupe de presse qui ne partage pas son obédience, juste par souci de soutien à la presse ou de diversification de ses activités. TECTEO est la bras armé de la pieuvre PS n’en déplaise à ceux qui feignent de penser le contraire. L’objectif inavoué est bien à terme d’amplifier l’évangile de l’église laïcarde anticléricale, tout en muselant les grognards de la démocratie-chrétienne.

Qu’on me comprenne bien : je ne milite pas ici, en raison de ma foi, pour le maintien de la ligne éditoriale du Groupe Vers l’Avenir à l’intérieur de TECTEO (et du groupe TECTEO-IPM après-demain). Ce qu’il manque crucialement au niveau de la presse wallonne et bruxelloise francophone, c’est un véritable quotidien libéral qui défend les thèses de l’école autrichienne d’économie, les libertés fondamentales de pensée, de croyance et d’expression. La DH n’est pas ce quotidien libéral. La France connaît le même problème. Il y a bien la création récente du quotidien L’Opinion [www.lopinion.fr], mais la qualité et la quantité ne sont pas encore au rendez-vous… Le social-clientélisme règne en maître et avance masqué en n’hésitant pas à revêtir les vêtements de la libre entreprise (il suffit de voir la manière dont les médias traitent cette acquisition, encensant Stéphane Moreau qui « gère TECTEO comme une entreprise privée »).

Les impôts volés à la sueur des travailleurs et des entrepreneurs vont donc servir à asseoir l’emprise de la mafia social-clientéliste laïcarde et à museler la liberté d’opinion en Wallonie et à Bruxelles. Plus que jamais la résistance libérale – dans son acception la plus authentique – doit s’organiser. Des initiatives comme le pure player libéral Contrepoints ou la création de partis libertariens constituent autant d’oasis dans le désert de la pensée unique qui s’étend… Mon blog se veut également une contribution – modeste mais déterminée – à ce mouvement de libération.

Puissiez-vous, chers amis, tenir haute la flamme fragile de la Liberté et, plus que jamais, vous détourner des médias traditionnels qui ne font qu’affermir l’hydre liberticide social-démocrate !


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