Syrie : la complicité de l’inaction, nouvelle frontière de la bêtise politique

Les tensions s’accumulent autour de la Syrie. Les hommes politiques français continuent leur propagande, refusant d’être « complices de l’inaction. »

Alors que l’ampleur des conséquences d’une éventuelle intervention militaire en Syrie continue de croître et que les racines et implications géopolitiques du conflit sont progressivement révélées, les politiques français de tous bords continuent leur opération de propagande.

Par Baptiste Créteur.

Le gouvernement ne se contente pas de tronquer les programmes d’histoire : il la réécrit. Najat Vallaud-Belkacem affirme, sans sourciller, que la Syrie a ratifié une convention contre les armes chimiques comme tous les autres pays et que le gouvernement syrien a eu recours aux armes chimiques. Dommage : aucun des deux ne semble vérifié. Non seulement la Syrie n’a pas ratifié ladite convention, mais ce sont les rebelles qui pourraient avoir eu recours à l’arme chimique. Oups.

Alors que l’inaptitude du gouvernement fait du silence une stratégie gagnante, l’UMP prend le risque d’afficher une position, et c’est Alain Juppé qui s’y colle : ne pas attaquer la Syrie, c’est une faillite absolument catastrophique de l’UE. Rien que ça.

« […] il faut souligner la faillite absolument catastrophique de l’Union européenne : on ne demande pas aux pays européens de s’engager dans une opération militaire, la plupart d’entre eux n’en n’ont pas les moyens, mais au moins une solidarité politique ! »

Bien entendu, la France, elle, a les moyens. Elle peut se permettre de dépenser sans compter pour soutenir des Syriens qui tuent d’autres Syriens, ou le contraire. Et franchement, quand un pays envisage d’aller en attaquer un autre qui n’a pas menacé ses frontières mais dont on soupçonne que l’État y a recours à des armes aussi dangereuses que celles des rebelles, un peu de solidarité politique ne serait pas de trop.

Tout en reconnaissant que décider d’une intervention militaire est une « décision extraordinairement difficile » dont il « ne sous-estime pas les risques de tous ordres politique, militaire, de contagion régionale », Alain Juppé estime qu’elle pourrait « marquer un coup d’arrêt, pour dire à tous les dictateurs potentiels de la planète et en particulier au régime syrien qu’on ne les laissera pas faire n’importe quoi ».

Les présidents élus, eux, peuvent continuer tranquillement. Il est même un temps, d’ailleurs, où les « dictateurs » pouvaient bien tranquillement faire n’importe quoi, loger dans une tente bédouine dans le jardin de l’Élysée ; où des ministres français proposaient un appui technique à la police d’un dictateur pour qu’il évite les débordements et d’être renversé ; où les dictateurs et chefs d’État africains étaient toujours certains de trouver auprès du président français une oreille attentive ; où d’anciens ambassadeurs étaient arrêtés avec des sommes importantes en liquide. Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, et quand bien même on prend des risques politiques, militaires, et on en fait courir à d’autres, il faut marquer un coup d’arrêt. Et cesser de respecter des règles qui, cette fois, nous feraient passer pour les va-t-en-guerre.

Tout en soulignant que le feu vert des Nations unies « a été une ligne directrice de la diplomatie française depuis toujours », « on voit bien que dire cela aujourd’hui, c’est ne rien faire », a affirmé Alain Juppé. « Se retrancher derrière le feu vert du Conseil de sécurité, c’est en réalité se rendre complice de l’inaction », a-t-il insisté.

Et apparemment, être complice de l’inaction, c’est vraiment mal ; il vaudrait mieux risquer être complice de ces rebelles qui emploieraient peut-être des armes chimiques, attaquent des innocents et ne sont plus tout à fait composés des mêmes combattants qu’aux débuts des hostilités. Il vaut mieux continuer à redessiner les frontières et renverser les régimes quand on pense avoir une solution plus commode ; on sait bien tout le succès qu’on a eu par le passé avec ce genre d’initiatives, des guerres ethniques dans les anciennes colonies africaines à la Seconde Guerre Mondiale en passant par la situation de l’Iran dont les Américains ont longtemps choisi les dirigeants.

Il faut éviter de se rendre complices de l’inaction. C’est le nouvel argument pour justifier l’action : ce n’est pas tant que l’action est juste, ce que l’on aurait du mal à justifier, mais que l’inaction est une position tout aussi forte et au moins aussi mauvaise. Comme si la position par défaut d’un pays vis-à-vis d’un autre n’était pas la neutralité, comme si on se devait de porter assistance à toute personne en danger, où qu’elle soit dans le monde. Comme si ne rien faire était forcément laisser faire et que laisser faire était équivalent à faire ; comme si les dirigeants d’un pays ou ses citoyens devaient forcément avoir une position sur tout, prendre position, intervenir.

Les hommes politiques français accepteront-ils qu’on leur reproche leur inaction complice, eux qui refusent déjà de prendre la moindre responsabilité pour les ministères dont ils sont censés avoir la charge ? Accepteront-ils de comprendre que leur action les rend responsables, qu’ils le veuillent ou non, de l’état de la France ? Accepteront-ils une complice inaction, de loin préférable à leur coupable action ?

À l’extérieur comme à l’intérieur, les hommes politiques français semblent avoir une même crainte : ne rien faire. C’est pourtant ce qui aurait le plus de chances d’améliorer le sort des Français et du reste du monde.