La liberté du pauvre

Le NPA veut lever des fonds. L’occasion de rappeler à tous ceux qui refusent le capitalisme en défense des plus pauvres qu’ils se fourvoient.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste lance une levée de fonds avec un objectif d’un million d’euros. L’occasion de rappeler à tous ceux qui refusent le capitalisme de laissez-faire en défense des plus pauvres qu’ils se fourvoient, et pas qu’un peu.

On considère souvent que le capitalisme [1] est par nature favorable aux riches et défavorable aux pauvres, qu’il creuse injustement les inégalités et que l’histoire l’a bien montré.

Quand Marx écrivait, il décrivait l’exploitation de travailleurs condamnés à la pauvreté et contraints à travailler pour leur subsistance ; le chômage, structurel, permettait aux bourgeois de maintenir les salaires à leur plus bas niveau et les prolétaires se trouvaient aliénés, privés d’une partie des fruits de leur travail : le profit. Même les capitalistes auraient compris l’intérêt d’augmenter les salaires : Henry Ford par exemple aurait augmenté les salaires pour que ses ouvriers puissent s’acheter ses voitures.

En réalité, le capitalisme n’a pas créé la pauvreté ; il en a hérité. Les conditions de vie certes peu enviables des pauvres au début de l’ère capitaliste constituaient une vraie amélioration par rapport aux conditions de vie qui prévalaient auparavant ; les pauvres avaient enfin de quoi subsister, et leurs conditions de vie n’ont fait que s’améliorer depuis. Le capitalisme a augmenté le niveau de vie des plus pauvres plus qu’aucun système collectiviste.

Quant à Henry Ford, les fameux 5 dollars par jour étaient destinés à recruter les meilleurs et limiter le turnover dans ses ateliers, les changements récurrents et réguliers d’ouvriers générant des coûts de recrutement et formation importants. Les 5 dollars étaient en réalité 2,5 dollars fixes et le reste en primes, versées principalement aux ouvriers qui vivaient en bons Américains ; mieux valait pour les toucher ne pas être une femme, ou avoir une femme qui restait au foyer. Il n’avait pas grand chose à faire de savoir si ses employés pouvaient se payer ses produits, comme Hermès ou Airbus ne cherchent sans doute pas à ce que leurs salariés le puissent.

Il n’est pas si difficile de comprendre pourquoi le capitalisme augmente le niveau de vie de tous ceux qui y prennent part. Quand les hommes choisissent librement c’est, dans tous les domaines, le meilleur qui gagne. Tous ceux qui prennent part à la production en bénéficient ; productivité, innovation, efficience ne bénéficient pas uniquement à ceux qui les déploient, mais aussi à tous les autres.

Certes, certains subissent de plein fouet la concurrence des meilleurs et doivent s’adapter. Les producteurs de chandelles ont un marché bien plus restreint de nos jours qu’avant l’invention des ampoules. Les allumeurs de réverbères sont au chômage. Les maréchaux-ferrants sont bien moins nombreux. La concurrence bénéficie à tous, mais génère une destruction créatrice qui crée des situations difficiles pour certains.

Les producteurs d’acier en Europe, par exemple, qui font face à des producteurs étrangers à bas coût. Mais empêcher cette concurrence, ou subventionner les usines européennes, c’est détériorer le niveau de vie général de la population ; c’est renforcer la pauvreté. Le statu quo, ce n’est pas le progrès.

Le capitalisme ne fait pas non plus l’éloge des plus compétents, laissant les autres à l’écart. Ayn Rand, souvent considérée comme une libérale extrême pour son éthique sans concessions, a écrit :

Un homme aux capacités limitées qui s’élève, par son propre effort, de travailleur non qualifié à contremaître fait carrière, au sens propre et éthique du terme ; alors qu’un homme intelligent qui stagne à son poste de président en utilisant un dixième de ses capacités ne fait qu’occuper un poste. De même que le parasite qui occupe un poste trop grand pour ses compétences. Ce n’est pas le niveau de compétence qui est pertinent en termes d’éthique, mais l’utilisation pleine et sensée des compétences.

Souvent, la critique du libéralisme utilise des oppositions que le libéralisme ne fait pas : puissants contre petites gens, riches contre pauvres, bourgeois contre prolétaires. Et si le libéralisme ne les fait pas, c’est parce qu’il n’y a pas pour les libéraux de conflits entre différents groupes mais une harmonie d’intérêts dans le respect des droits individuels ; il n’y a pas de groupes qui s’opposent mais des individus qui coopèrent, s’entraident, échangent librement.

Voyons un peu ce que disait Ayn Rand sur les riches et les pauvres, en particulier sur les pauvres :

L’Amérique est le pays de l’homme extraordinaire. C’est le pays où chacun est libre de développer son génie, et d’être justement récompensé. C’est le pays où chaque homme tente de développer ses qualités et de s’élever aussi haut qu’il le peut, très haut ou modeste. Ce n’est pas le pays où on se gargarise, ou où on apprend à se gargariser, de sa médiocrité. Aucun homme qui se respecte en Amérique ne se considère comme « petit », aussi pauvre qu’il soit. C’est ceci, précisément, qui distingue le travailleur américain du serf européen.

Le libéralisme, le capitalisme de laissez-faire bénéficient aux pauvres plus qu’aucun autre système. Ce n’est pas l’État-providence ou la régulation par l’État de l’économie qui permettent aux plus vulnérables d’avoir des conditions de vie décentes ; ils les en empêchent. C’est le marché qui le permet, en permettant à chacun d’exprimer ses talents et d’en faire bénéficier les autres.

Quel est le lot commun des pauvres dans les pays socialistes, communistes, ou quel que soit le nom que vous donneriez à toutes les tentatives passées et présentes de faire disparaître la liberté au profit de l’égalité des conditions ? A-t-on jamais entendu un dictateur se dire libéral, vanter l’individualisme et exhorter les individus à poursuivre la quête de leur propre bonheur ?

Le capitalisme est moral parce qu’il récompense l’utilisation des talents ; le socialisme et le communisme sont immoraux parce qu’ils la sanctionnent.

Certes, l’égalité des droits ne garantit en rien l’égalité des conditions, au contraire.

Les hommes n’étant pas dotés des mêmes capacités, s’ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux, c’est qu’ils ne sont pas libres. (Alexandre Soljenitsyne)

Les hommes n’ont pas tous les mêmes talents, les mêmes compétences, les mêmes aptitudes ; presque toutes peuvent être développées par le temps et l’effort, mais certains seront mieux lotis à la naissance, tant par leur nature que par leur environnement. Faut-il les pénaliser pour cela, considérer que ce qui relève du hasard est injuste et tenter de rétablir la justice en commettant une injustice plus grande, en détruisant les fondements de la justice, en entravant les talentueux et en les empêchant d’exprimer leurs talents ?

Les inégalités sociales ne sont pas des injustices tant qu’elles résultent des libres choix des individus. En voulant lutter contre elles en luttant contre le libre choix des individus, on ne peut que les condamner, non seulement à l’injustice et à la privation de liberté, mais aussi à la pauvreté.


Note :

  1. Le vrai capitalisme, le capitalisme de laissez-faire, par opposition au capitalisme de copinage et à l’économie mixte qui prévalent un peu partout et portent à tort le nom de capitalisme