La violence militaire fait le jeu des islamistes en Égypte

Général Al-Sissi

Supposez que vous voulez une montée mondiale du fondamentalisme islamiste. Comment le provoqueriez-vous ?

Supposez que vous voulez une montée mondiale du fondamentalisme islamiste. Comment le provoqueriez-vous ?

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Supposez que vous voulez une montée mondiale du fondamentalisme islamiste. Comment le provoqueriez-vous ?

Voici une suggestion. En premier lieu, soutenez un groupe de petits despotes qui justifient leur régime en affirmant être les seuls capable de tenir l’islamisme au loin. Laissez-les l’affirmer de manière si insistante qu’au bout d’un moment leurs peuples commencent à le croire, et se tournent vers l’islamisme comme la seule alternative, puisque c’est ce qu’on leur a répété.

Quand ça arrive, ne laissez pas la démocratie continuer. Intervenez avec un putsch militaire. Assurez-vous qu’une large part de la classe moyenne de gauche, qui demandait auparavant la démocratie, se discrédite elle-même en supportant la junte. Si tout suit le plan, le régime militaire sera tout aussi brutal que ses prédécesseurs, et s’attaquera avec des armes à ses opposants désarmés. Comme de telles atrocités n’engendreront pas de sanctions internationales, les dictateurs seront vus comme des suppôts de l’Ouest.

Je ne peux pas absolument garantir que vous aurez une résurgence islamiste, mais les probabilités sont plutôt élevées. Ça a fonctionné en Iran, et plus tard en Algérie. C’est même en train de marcher jusqu’en Ouzbékistan, l’un des pays les moins religieux du monde musulman. En affirmant constamment que tous ses opposants sont des djihadistes fanatiques, la dictature de Karimov rend lentement ses affirmations vraies.

Le coup d’État en Égypte, et la répression qui a suivi, sont un drame pour les réformateurs dans le monde musulman. Il y a deux ans, on pouvait croire qu’une vie politique multipartite allait se développer en Afrique du Nord et en Arabie. À la place, la vie politique retourne dans l’antique choix, dérisoire, entre des généraux laïques et des islamistes cinglés. L’option, à la recherche d’un meilleur monde, du conservatisme modéré, c’est-à-dire de partis de centre droit pour qui les musulmans pieux devraient voter sans chercher à établir un État religieux, se referme. Les événements en Égypte et en Syrie le mettent sous pression, même au seul endroit où il fonctionnait, en Turquie.

Quelle est l’alternative ? La démocratie. Les Égyptiens en avaient assez de Morsi et des bouffons autour de lui. Une élection libre aurait été catastrophique pour les Frères Musulmans. À la place, on a donné aux Frères tout ce qui les a fait survivre pendant 80 ans de répression : l’impression d’être persécutés, un panthéon de martyrs, des critiques envers l’Amérique et les généraux supposés être ses larbins. La vision du monde des islamistes les plus paranoïaques a été défendue de manière spectaculaire.

En vérité, ces événements sont largement au-delà du contrôle de l’Occident. C’est une raison de plus pour ne pas faire les problèmes égyptiens nôtres. Quand nous distinguons entre les bonnes et les mauvaises prises de pouvoir militaires, nous confirmons tout ce que les Salafistes conspirationnistes répandent sur nous.

Je sais l’avoir déjà cité, mais le petit aphorisme d’Amartya Sen est particulièrement pertinent : « Une nation ne doit pas être jugée apte à la démocratie. Elle doit devenir apte à travers la démocratie. »

Traduction Bézoukhov pour Contrepoints.


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