L’enseignement de la morale à l’école : une cruelle déception

Au vu des idées défendues par Vincent Peillon, il va falloir être très vigilant sur le type d’enseignement de la morale qu’il s’apprête à mettre en place au sein de l’Éducation Nationale.

Au vu des idées défendues par Vincent Peillon, il va falloir être très vigilant sur le type d’enseignement de la morale qu’il s’apprête à mettre en place au sein de l’Éducation Nationale.

Par Jacques de Guenin.

Contrepoints a bien voulu publier le 15/11/2012 mon article La morale  à l’école dans lequel  je faisais l’apologie de l’enseignement de la morale à l’école dite de Jules Ferry et je faisais un certain crédit à Vincent Peillon, qui voulait la rétablir.

En voici un résumé des principaux thèmes :

  • L’enseignement primaire a connu un âge d’or en France entre 1892 et les années 1960. C’était l’école de Jules Ferry.
  • La caractéristique peut-être la plus originale de cette école était l’enseignement de la morale.
  • Les Éditions des Équateurs viennent de republier Le livre de morale des écoles primaires, par Louis Boyer, Inspecteur de l’Enseignement primaire. C’est un chef d’œuvre absolu d’élévation morale, de retenue et de culture.
  • Vincent Peillon veut rétablir la morale à l’école. Faisons lui crédit dans la mesure où il a déclaré dans une interview donnée à L’Express du 02/09/2012 : « Je pense, comme Jules Ferry, qu’il y a une morale commune, qu’elle s’impose à la diversité des confessions religieuses, qu’elle ne doit blesser aucune conscience, aucun engagement privé, ni d’ordre religieux, ni d’ordre politique ».

Depuis lors j’ai eu deux cruelles déceptions. La première a été la lecture du rapport Pour un enseignement laïque de la morale, demandé par Vincent Peillon à une mission dirigée par Alain Bergounioux, Inspecteur général de l’Enseignement Général, Laurence Loeffel, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie de l’éducation et Rémy Schwartz, conseiller d’État.

Dans ma candeur naïve, je m’attendais à des préconisations concrètes reprenant pour l’essentiel Le livre de morale des écoles primaires, de Louis Boyer. Au lieu de cela, j’ai découvert un salmigondis d’idées générales et de banalités s’étalant sur une cinquantaine de pages. En voici un exemple pris absolument au hasard :

Il importe grandement d’expliciter ce que doit être la méthode pédagogique. Ce n’est pas, en effet, seulement le moyen de faire passer un contenu. La méthode pour l’enseignement moral configure également le contenu. En matière d’éthique ou de morale, la démarche suppose un sujet libre, capable par l’usage de sa raison et de sa volonté, de choisir des valeurs auxquelles il décide de se référer et de les inscrire dans les actes. L’enseignement de la morale ne peut qu’être fondé sur le respect de cette liberté du sujet, et doit lui permettre de l’exercer dans la considération des valeurs et des règles (ou obligations) que ces valeurs fondent et justifient dans la vie en société.

La deuxième déception a été de découvrir que si M. Peillon était un homme souriant, cultivé, s’exprimant bien, pouvant donner le change sur l’enseignement libéral de Jules Ferry, c’était aussi un dangereux fanatique, comme en témoignent les citations suivantes :

Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. (L’Express, septembre 2012)

Les citations suivantes sont extraites de son livre La révolution française n’est pas terminée.

Cette religion républicaine, qui doit accompagner la révolution matérielle, mais qui est la révolution spirituelle, c’est la laïcité.

 

Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église.

 

On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique.

 

Mais la citation la plus terrifiante est sans doute la suivante :

1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à-dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi.

Elle montre que Vincent Peillon ne semble pas avoir compris qu’il y a eu deux phases dans la révolution de 1789 : la première fut celle du libéralisme, avec la nuit du 4 août, la déclaration des droits de l’homme, avec Lafayette, Condorcet, Thomas Paine, etc. La deuxième fut le règne de la terreur, matrice de tous les totalitarismes ultérieurs. Il est évident que ce n’est pas à la première phase que Peillon fait allusion. Comme tous les totalitaires, il veut créer un homme nouveau.

Conclusion pratique : il va falloir être très vigilant sur le type d’enseignement de la morale que s’apprête à faire l’Éducation Nationale.

 

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