Krugman sur la faillite de Detroit : « Ce sont des choses qui arrivent… »

Selon Paul Krugman, il n’y aurait aucune leçon politique à tirer du déclin de la ville de Detroit.

Paul Krugman s’est exprimé dans le New York Times sur la faillite de ma ville natale :

Ailleurs, il y a des gens influents qui voudraient vous faire croire que la disparition de Detroit est fondamentalement représentative de l’irresponsabilité budgétaire et/ou de l’avidité des fonctionnaires. Ce n’est pas le cas. En vérité, c’est juste l’une de ces choses qui arrivent de temps en temps dans une économie en constante évolution.

Il n’y aurait aucune leçon politique à tirer du déclin de la ville qui, dans une certaine mesure, était la plus prospère de l’Amérique en 1960. Rien du tout. C’est juste l’une de ces choses qui arrivent…
 

It was just one of those things…

Michael Barone : « Les politiques social-démocrates nous promettaient de réaliser le paradis sur terre. Au lieu de ça, elles ont produit quelque chose qui ressemble davantage à l’enfer. Vous pouvez avoir une idée de ce qui s’est passé à Detroit en regardant quelques chiffres. Le recensement dénombrait 1.849.568 personnes à Detroit en 1950, dont moi. Elle n’en comptait plus que 713 777 en 2010. »
 

Just one of those crazy flings…

Stephen Henderson dans The Free Press, le plus à gauche des deux quotidiens de la ville : Les habitants de Detroit « paient davantage de taxes de toutes sortes, à des taux plus élevés, que tous les autres citoyens du Michigan. (….) En valeur absolue, la structure fiscale de la ville est l’un des problèmes les plus criants. » L’argent va à un système scolaire qui a dépensé des sommes supérieures à la moyenne pour atteindre un taux d’illettrisme de 47% ; « seulement environ un tiers des ambulances sont en état de marche » et « la police résout moins de 10% des crimes commis ».
 

One of those bells that now and then rings…

Malgré quelques coupes ridicules dans les niveaux de services de la ville, Detroit avait encore en 2011 environ deux fois plus d’employés municipaux par habitant que les villes avec des populations comparables comme Indianapolis et Columbus. L’année dernière, il a été révélé que le département des égouts et des eaux de la ville emploie un « maréchal-ferrant » bien qu’il n’ait aucun cheval à entretenir. Selon Karl Denninger, les promesses de la ville pour les salariés syndiqués font partie d’une tendance de fond : « Des acquis sociaux « indéboulonnables », obtenus de mauvaise foi par les uns ou les autres et inscrits ensuite dans la loi de façon durable dans des régimes de protections spéciaux. »
 

It was just one of those things.

Detroit est connu pour avoir obtenu et gaspillé d’énormes sommes d’argent provenant de l’aide fédérale. Le maire précédent, Kwame Kilpatrick, est incarcéré suite à de multiples scandales, notamment d’extorsions de fonds. En 2009, cinq fonctionnaires en charge des affaires éducatives ont été condamnés pour « corruption et détournement de dizaines de millions de dollars dans le fonds de l’école ». L’administration de la ville, qui courtisait les grandes entreprises et le commerce de casino, restait à l’égard des petites entreprises et du secteur informel au mieux indifférent, au pire profondément hostile.

Non, décidément, de cette faillite, on ne devrait tirer aucune leçon politique, contrairement à la faillite de Wall Street, évoquée à l’occasion par les chroniqueurs du Times.

Cole Porter, dans un meilleur registre que Krugman :

Frank Sinatra – Just One Of Those Things – Chanson de Cole Porter

C’était juste l’une de ces choses
Juste l’une de ces folles passades
(…)

Si nous avions imaginé comment cela finirait
Quand nous avons entrepris de repeindre la ville
Nous aurions dû savoir que notre histoire d’amour
Était trop intense pour ne pas refroidir

Alors, adieu, ma chère, et amen
En espérant nous revoir de temps en temps
C’était très amusant
Mais c’était juste l’une de ces choses.


Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux.

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