Hausse du chômage en juin et gestion politicienne de l’emploi

L’information a fait la une de la grande presse : les chiffres du chômage en juin sont moins catastrophiques que ce à quoi « on » s’attendait !

L’information a fait la une de la grande presse : les chiffres du chômage en juin sont moins catastrophiques que ce à quoi « on » s’attendait !

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Pôle emploiL’escroquerie à la « com »

Arrêtons nous sur l’aspect purement « com » de cette information qui n’en est pas une. C’est une nouvelle technique de communication pour faire passer les mauvaises nouvelles. On laisse fuiter un chiffre, des données, voire on publie même des chiffres partiels qui annoncent des lendemains noirs sans toutefois les confirmer, puis, lorsque les chiffres définitifs sont publiés, on les compare non pas aux chiffres définitifs précédents, mais aux estimations manipulées. Dès lors, 14 900 chômeurs de plus deviennent une bonne nouvelle, puisque les estimations étaient supérieures… Dormez en paix, braves gens, puisqu’on vous dit que tout va bien.

Remarquez que cette technique de communication nous vient des États-Unis où elle est très utilisée, en particulier depuis l’arrivée d’Obama. Notamment par les administrations qui, en plus, pratiquent la correction à posteriori. C’est-à-dire que les chiffres du chômage, de l’inflation ou de la consommation sont corrigés deux ou trois mois plus tard. Ce qui fait que lorsque vous prenez chacun de ces chiffres, que vous les mettez bout à bout et que vous les comparez aux chiffres annuels, cela n’a plus rien à voir… Gageons que cette technique sera bientôt mise en vigueur en France. Nous ne manquerons pas de vous en informer.

Cette méthode de communication est également très utilisée par les entreprises, comme Apple par exemple. Extrait d’un article des Échos du 24 juillet : « Les marchés sont rassurés : Apple ne va pas si mal que ça ! Déçus, il y a trois mois, par les résultats financiers et les prévisions qui les accompagnaient, les investisseurs redoutaient la publication de mardi soir. Les chiffres du troisième trimestre de l’exercice 2012-2013 (clos le 30 septembre) ont apaisé leurs craintes. Certes, le bénéfice net a encore reculé de 22 %, à 6,9 milliards de dollars, et les revenus sont restés stables à 35,3 milliards. Mais ces chiffres se révèlent supérieurs aux attentes de Wall Street. » Le bénéfice a chuté de 22%, mais comme « on » avait fait fuiter pire, Wall Street est content ! Nous vivons une époque formidable de relativisme général qui fait qu’on ne compare plus en rien des valeurs absolues à des valeurs absolues, mais que toujours on s’exprime en termes relatifs. Dès lors, en changeant la base de référence, on obtient le résultat que l’on veut… Du moins en termes de communication.

L’équivalent de la ville de Trappes au chômage le mois dernier

N’empêche, 14 900 chômeurs de plus, c’est, avec l’incidence sur les familles, une ville de la taille d’Alençon, de Périgueux ou de Trappes, tiens, pour rester dans l’actualité, qui se retrouve du jour au lendemain sans travail, c’est-à-dire qui passe du statut de producteur de richesses à celui de consommateur de richesses.

Évidemment, présenté comme cela, ça n’a pas tout à fait la même figure que ce que vous avez pu lire dans votre journal préféré. N’empêche, c’est la stricte vérité et la triste réalité.

Pourquoi ne pas tirer les enseignements de son aveu ?

14 900, c’est moins que les autres mois ! Avant de faire une marche arrière, lorsque vous conduisez une voiture, il faut commencer par la ralentir (Michel Sapin sur Europe 1), l’inversion de la courbe du chômage pour les jeunes, c’est maintenant (le même au même endroit). En fait, les contrats aidés commencent à se faire sentir, c’est pour cela que ce sont les jeunes qui sont les principaux bénéficiaires de cette relative accalmie dans les suppressions d’emplois.

Mais que sont les contrats aidés ? 75% de leur coût est pris en charge par la collectivité, c’est-à-dire par les prélèvements fiscaux. Il vaut mieux les payer à faire quelque chose qu’à ne rien faire, me direz-vous. Mais si on part du principe qu’en « aidant » les employeurs, ceux-ci peuvent embaucher, n’est-ce pas la reconnaissance d’un coût prohibitif du travail ? Je n’arrive toujours pas à comprendre, après plus de trente ans d’emplois aidés en tous genres, ce raisonnement qui consiste à augmenter en permanence le coût du travail pour ensuite « accorder » généreusement des dégrèvements afin de maintenir le nombre des chômeurs au dessous d’un seuil subjectif. Les jeunes ainsi « embauchés » (je mets entre guillemets car ils ne sont pas embauchés, ils sont occupés un certain temps) ne seront jamais nombreux, pas sortis de la galère, voire ne seront jamais considérés que comme ayant eu un emploi au rabais qui dévalorise leur profil (cf. la vidéo ci dessous).

Un coût aussi important pour un résultat aussi faible ? Je suis convaincu pour ma part qu’une baisse substantielle des charges permettrait l’embauche (réelle) de beaucoup plus de jeunes dans des emplois s’inscrivant vraiment dans des perspectives de carrière. Mais voilà, pour obtenir un tel résultat, il faudrait commencer par reconnaître que l’emploi, à moins de considérer que nous sommes dans une économie communiste, n’est pas du ressort de l’État. Et ça, au vu du profil de nos dirigeants, des livres d’économie distribués dans les lycées, ou des épreuves d’éco au bac, c’est pas demain la veille…


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