25 faits sur la déchéance de Detroit que vous aurez du mal à croire

L'une des plus grandes villes de l'histoire du monde n'est plus que l'ombre d'elle-même. 25 données chiffrées permettent de mesurer l'ampleur de la déchéance.
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Photo de Détroit, Etats-Unis (Crédits : Bob-Jagendorf)

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25 faits sur la déchéance de Detroit que vous aurez du mal à croire

Publié le 26 juillet 2013
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L’une des plus grandes villes de l’histoire du monde n’est plus que l’ombre d’elle-même. Voici 25 données chiffrées qui permettent de mesurer l’ampleur de la déchéance.

Par Michael Snyder, depuis les États-Unis.

Il est tellement triste de voir une des plus grandes villes des États-Unis subir une mort horrible. Autrefois, la ville de Detroit était une métropole grouillante de 1,8 million de personnes avec le plus haut revenu par habitant des États-Unis. C’est désormais un trou pourri en décomposition d’environ 700 000 personnes qui est la risée du monde entier.

Le 18 juillet, la ville se déclare en faillite officiellement. Ce qui aurait été de loin la plus grande faillite municipale de l’histoire des États-Unis a été interrompu temporairement le lendemain par une juge du comté d’Ingham.

Elle a jugé que le dépôt de bilan de Detroit viole la Constitution du Michigan car elle se traduirait par une réduction des paiements de pensions des retraités. Elle a aussi déclaré que ce dépôt de bilan « ne respectait pas le président (des États-Unis) qui a sauvé (les constructeurs automobiles de Detroit) de la faillite ». Elle a ordonné qu’une copie de son jugement soit envoyée à Barack Obama. Le lien entre « le respect du président » et la faillite de Detroit est un mystère, mais la juge s’est arrangée pour qu’il y ait des mois de batailles juridiques à venir sur les problèmes financiers de la ville.

Il sera très intéressant de voir comment cela se terminera. Mais une chose est sûre : la ville de Detroit est fauchée. Une des plus grandes villes de l’histoire du monde n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était autrefois. Vous aurez du mal à croire les 25 faits qui suivent concernant sa déchéance.

  1. Aujourd’hui, la ville doit de l’argent à plus de 100 000 créanciers.
  2. La ville est endettée à hauteur de 20 milliards de dollars de dettes et de passif non capitalisé, soit plus de 25 000 dollars par habitant.
  3. En 1960, elle avait le revenu par habitant le plus élevé des États-Unis.
  4. En 1950, il y avait environ 296 000 emplois manufacturiers. Aujourd’hui, il y en a moins de 27 000.
  5. Entre décembre 2000 et décembre 2010, 48 % des emplois manufacturiers de l’État du Michigan ont été détruits.
  6. Beaucoup de maisons sont disponibles à la vente dès maintenant pour 500 dollars ou moins.
  7. Environ 78 000 maisons sont à abandonnées.
  8. Environ un tiers des 362 kilomètres carrés de Detroit est vacant ou abandonné.
  9. 47 % des habitants sont analphabètes.
  10. Moins de la moitié des habitants de plus de 16 ans travaillent.
  11. Encore plus incroyable, 60 % des enfants vivent dans la pauvreté.
  12. Detroit était autrefois la quatrième plus grande ville des États-Unis, mais au cours des 60 dernières années, sa population a chuté de 63 %.
  13. La ville est désormais très fortement dépendante des recettes fiscales qu’elle tire des casinos de la ville. À l’heure actuelle, cela représente 11 millions de dollars par mois d’impôts.
  14. Il y a 70 sites de déchets dangereux abandonnés à Detroit.
  15. 40 % des lampadaires sont en panne.
  16. Seul un tiers des ambulances sont en état de fonctionner.
  17. Certaines de ces ambulances ont roulé plus de 400 000 kilomètres.
  18. Les deux tiers des parcs de la ville sont fermés définitivement depuis 2008.
  19. Les effectifs de la police ont été réduits de 40 % au cours de la dernière décennie.
  20. La police met en moyenne 58 minutes pour répondre à un appel téléphonique.
  21. En raison des compressions budgétaires, la plupart des postes de police sont fermés au public 16 heures par jour.
  22. Le taux de crimes violents est cinq fois plus élevé que la moyenne nationale.
  23. Le nombre de meurtres par habitant est 11 fois supérieur à celui de New York.
  24. Aujourd’hui, la police résout moins de 10 % des crimes commis.
  25. La police avertit les visiteurs qu’ils entrent à Detroit « à leur propres risques« .

Il est facile de se moquer de Detroit, mais en réalité, le reste des États-Unis suit la même trajectoire. Detroit est juste en avance : partout aux États-Unis, des centaines de gouvernements locaux et d’États sont au bord de la ruine. Eric Scorsone, économiste à l’Université du Michigan, résume ainsi :

Tout le monde va se dire : « Oh, c’est Detroit. Je pensais qu’ils étaient déjà en faillite ». Mais la situation de Detroit n’est pas unique. C’est la même chose à Chicago, New York, San Diego et San Jose. Cela concerne beaucoup de grandes villes de ce pays. Ce n’est peut-être pas aussi extrême qu’à Detroit, mais beaucoup de ces villes font face aux mêmes problèmes.

Il y a quelques temps, Meredith Whitney était fortement critiquée pour avoir prédit une énorme vague de faillites de villes dans ce pays. Quand ce n’était pas encore le cas, les critiques étaient sans pitié. Mais elle n’avait pas tort. Elle l’avait juste prédit trop tôt.

Detroit n’est que le début. Lors de la prochaine grande crise financière, nous allons voir une vague de faillites de villes sans précédent.

Et bien entendu, le plus gros problème de dette des États-Unis reste l’État fédéral lui-même. Nous allons payer un lourd tribut pour avoir laissé s’accumuler 17 000 milliards de dollars de dette et plus de 200 000 milliards de passif non capitalisé. Partout dans le pays, l’infrastructure économique est éventrée, le niveau d’endettement explose et la pauvreté s’étend. Nous consommons beaucoup plus de richesses que nous n’en produisons, et notre part du PIB mondial a diminué de façon spectaculaire.

Nous avons vécu bien au dessus de nos moyens depuis si longtemps que nous pensons que c’est normal, mais un ajustement extrêmement douloureux est à venir et la plupart des Américains ne sauront pas le gérer. Donc, ne nous moquons pas de Detroit. La difficulté financière que cette ville connaît frappera d’autres endroits bien assez tôt.


Sur le web. Traduction : Cthulhu/Contrepoints.

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  • C’est assez émouvant de voir ces chiffres.

    Il va s’en dire que l’opinion populaire à l’étranger retiendra de cette expérience l’évidence de « l’échec du capitalisme ». Au fond nous savons très bien ici ce qu’il s’est passé et nous ne pouvons qu’être plus affublé de telles confusions.

    Je pense à tous ces pauvres gens dont leur meilleurs espoir est d’aller vivre ailleurs.

  • Oui, ceux qui regardent uniquement par la lorgnette et tirent des conclusions hâtives diront échec du capitalisme mais ils oublieront ou ne voudront pas voir les raisons qui ont poussé à tant de dettes: Maintien du niveau de vie et non remise en question de la société dans laquelle on vit.
    L’habitude tue et cela se vérifie encore une fois.

    Ce qui est amusant, enfin façon de parler, c’est quand on rapproche cet article de http://www.contrepoints.org/2013/07/26/132261-bientot-un-defaut-generalise
    Ce qui est encore plus surprenant pour nous pauvre français, c’est quand on fait le parallèle:
    Détroit: avant 1,8 millions de personnes et 20 milliard de dollar de dettes
    France: 70 millions d’habitant et 1200 milliard d’euros de dettes
    La population française est 38,9 fois plus importante que celle de détroit. Or détroit a coulé avec une dette de 20 milliard qui serait, si on la rapportait à la France de 777,8 milliard de dettes soit moins que ce que nous avons en dette. La fin est donc proche.

    • Detroit avait l’inconvénient d’être une ville et non un pays. Donc les citoyens accablés de taxes, les entreprises couvertes de réglementations débiles sont juste parties ailleurs, ne sont restés que des nostalgiques et les gens vivant au crochets de l’administration.
      Plus difficile en France. Et en tant qu’Etat souverain le refinancement est également plus simple avec banques captives etc.

      Mais « The end is nigh » comme on dit.

  • – Le secteur industriel n’est plus porteur. Rééquillibrage entre secteur: voir l’augmentation de la part des nouvelles technologies dans le PIB américain depuis 1950. Les villes où sont développées les nouvelles technologies sont riches.

    – « notre part du PIB mondial a diminué de façon spectaculaire » : et oui, depuis les années 50, l’Europe et l’Asie se sont développées. L’affaiblissement est relatif, dans l’absolu le PIB américain est beaucoup plus important aujourd’hui.

    Maintenant, je partage le constat, le mal est profond. Le peuple va souffrir, mais n’espérez pas un effondrement des States. D’ailleurs, si c’est le cas, ils entraineraient le monde avec eux.

  • Le rêve américain et ses lendemains qui déchantent.

  • Nikolaï Karamazov
    29 juillet 2013 at 12 h 56 min

    C’est quand même énorme d’énoncer 25 faits sur la déchéance de Detroit sans dire que cette ville était à 83% blanche en 1950 et qu’elle est désormais à 83% noire.

    Sans même en tirer de conclusion, c’est un fait majeur qui mérite d’être mentionné.

    Je vous invite à jeter un œil sur l’histoire démographique de Detroit (notamment le tableau) : http://en.wikipedia.org/wiki/Demographic_history_of_Detroit

    En regardant ces chiffres il faut avoir à l’esprit quelques jalons historiques :

    – 1910 – 1970 : importantes migrations de populations afro-américaine du sud des USA vers le nord.
    – 1943 : Des émeutes raciales ont lieu à Detroit. Elles feront 34 morts et 433 blessés.
    – 1967 : Nouvelles émeutes raciales. 43 morts, 1200 blessés et plus de 2000 batîments détruits.
    – 1974 : Election du premier maire noir de Detroit : Coleman Young. Depuis lors tous les maires de la ville ont été noirs (ce qui n’est pas surprenant au vue de la démographie)

    Pour finir, un petit commentaire de bon sens. Si on allait chercher un million de Tibétains et qu’on les implantait à Munich à la place de la population actuelle, pensez-vous que Munich resterait la même ? L’ambiance serait-elle la même dans les rues, l’économie tournerait-elle de la même façon ?

    J’ai peur que ce commentaire ne serve de lecture qu’au modérateur, mais ce sera déjà mieux que rien…

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