Flambée raciale en France et aux États-Unis

Émeute à Trappes suite au contrôle policier d’une femme voilée, manifestations aux États-Unis de jeunes Noirs contre le meurtre d’un des leurs : deux événements en apparence semblables. Pourtant France et États-Unis ont deux conceptions différentes de la « diversité ».

Émeute à Trappes suite au contrôle policier d’une femme voilée, manifestations aux États-Unis de jeunes Noirs contre le meurtre d’un des leurs : deux événements en apparence semblables. Pourtant, France et États-Unis ont deux conceptions différentes de la « diversité ».

Par Guy Sorman.

Nuit de violence à Trappes.

Simultanéité troublante : à Trappes dans la banlieue parisienne, la police et de jeunes arabes s’affrontent, tandis qu’aux États-Unis, de jeunes Noirs manifestent contre le meurtre d’un des leurs (Trayvon Martin) par un vigile autoproclamé, George Zimmerman.

La France a un « problème arabe » et l’Amérique, un « problème Noir ». Mais le traitement, des deux côtés de l’Atlantique est radicalement opposé, reflet de deux sociétés qui ont adopté des conceptions opposées de la citoyenneté. Aux États-Unis, ce qu’il est convenu d’appeler la « diversité » est acceptée, encouragée même : les minorités reconnues comme telles,  noires en particulier, sont intégrées, depuis cinquante ans, par des quotas implicites (affirmative action) sous le contrôle des juges. En France, la diversité est réfutée, chacun devant se rallier – par contrainte légale si nécessaire – à une définition unique de la citoyenneté et de la laïcité : la laïcité, religion nationale en France, impossible à traduire en anglais et généralement incomprise par les Américains.

C’est ainsi qu’à Trappes, l’interdiction du voile islamique intégral (niqab) par une loi de 2010, a provoqué le 19 juillet un contrôle de police qui a déclenché une émeute. Tandis qu’aux États-Unis, légiférer sur des signes religieux ou le port d’un vêtement est impensable et contraire à la Constitution : tout récemment, une jeune employée voilée licenciée de Disneyland a été réintégrée dans son emploi par un juge ; il y a deux ans, deux écolières voilées, exclues d’une école de l’Oregon, furent également réintégrées par la justice. Une affaire similaire s’était produite à St Gall en Suisse et conclue sur le modèle américain ; à l’inverse, la Belgique suit le modèle français de la prohibition.

Les dirigeants américains n’hésitent pas à critiquer l’interdiction française du voile dans les lieux publics. Le Président Obama y fit allusion dans un discours du Caire en 2009 et le Secrétaire d’État, John Kerry, commentant en mai le rapport annuel du Département d’État sur la liberté religieuse, a assimilé la loi française à de l’Islamophobie – ce qu’elle est objectivement puisqu’aucune autre religion n’est de fait visée par la loi de 2010. Confrontées à ces critiques, les autorités françaises y devinent un jeu diplomatique américain pour se rapprocher du monde arabe. Certes, mais encore une fois, ce sont deux conceptions de la société qui s’affrontent, libérale en Amérique, antilibérale en France. Que la droite ou la gauche soit au pouvoir en France n’y change rien : il règne sur le sujet une belle unanimité.

Française ou américaine, aucune des deux approches de la diversité n’est parfaite : chacune génère ses contradictions, malaise, violence, racisme. Par-delà le débat philosophique, n’est-ce pas au final l’économie qui décide ? L’intégration de la moitié de la population noire aux États-Unis dans des emplois stables, a généré une classe moyenne, ce qui a beaucoup atténué le « problème Noir » par rapport à ce qu’il fut il y a trente ans. En France, la non intégration des jeunes, arabes en particulier, assortie d’une répression policière dont ces jeunes sont la cible première, aggrave notre « problème arabe ». L’absence totale de réflexion sur le marché du travail en France,  codifié de manière à le rendre impénétrable pour les jeunes non qualifiés, favorise évidemment les passions islamistes.