Sigmund fraude, oedipe shit

Malgré ses promesses, le gouvernement va alourdir la fiscalité en 2014. On pouvait s’y attendre ; ce ne sera pas la première fois que ce gouvernement renonce, et les recettes marginales des augmentations d’impôt sont décroissantes.

Le gouvernement avait annoncé respecter les engagements de l’État de maintenir le déficit sous les 3% du PIB pour 2013, avant d’y renoncer – à la mi-février. Quand il s’est engagé à ne pas alourdir une fiscalité qui classe la France parmi les pays les plus taxés, peu y ont cru. Qu’un gouvernement déjà élu fasse de ses promesses de campagne une obsession – comme le mariage pour tous, qui divise encore les Français – mais ne respecte pas les engagements qu’il prend une fois au pouvoir a de quoi surprendre.

Le gouvernement n’a plus d’autre objectif en réalité que de gagner du temps, en espérant qu’un retour à la croissance ailleurs améliorera la situation de la France. On a cessé d’espérer que la France renoue d’elle-même avec la croissance ; c’est possible, mais exige un courage dont ceux qui nous dirigent sont incapables.

Le temps que gagne le gouvernement sur les nécessaires réformes, c’est autant de temps que perdent les Français à attendre le changement qu’on leur a promis. En guise de choc de simplification, ils se voient présentées des mesures insignifiantes dont aucune n’est issue d’une réflexion très poussée et aucune ne participe d’une remise à plat pourtant nécessaire de la loi et de l’impôt. Un changement de date de péremption par-ci, un nouveau service en ligne par-là : ça n’impressionne personne.

Il est difficile pour un gouvernement ouvertement socialiste de faire face à deux nécessités : celle de satisfaire son électorat d’une part, celle d’affronter la réalité d’autre part.

Faire des économies, c’est avant tout réformer l’État et aligner le traitement du public sur celui du privé. C’est là que se trouve un vrai potentiel de réduction des dépenses, mais le gouvernement refuse d’y toucher ; il préfère assommer ceux qui financent déjà toute l’économie de nouvelles taxes toujours plus lourde que demander des efforts que l’équité exige à des fonctionnaires aussi prompts à descendre dans la rue qu’une Femen à dégainer un sein.

La situation devient urgente et ne manque pas de susciter des inquiétudes auxquelles on ne répond pas. Les chefs d’entreprise, en France, sont inquiets. A chaque fermeture et à chaque faillite, quand le gouvernement se demande comment faire porter le chapeau à la finance plutôt qu’à la lourdeur fiscale et administrative, les chefs d’entreprise se demandent s’ils ne sont pas le prochain sur la liste.

Dans cette situation tendue, et malgré sa volonté affichée de lutter contre la fraude et l’évasion fiscale, François Hollande promet aux entreprises de fermer les yeux sur la fraude. Pas aussi explicitement, certes, et pas sur les impôts dont elles doivent s’acquitter ; mais il annonce, pour les aides qui leur sont accordées pour leur permettre de garder la tête hors de l’eau, des contrôles allégés ou inexistants. On tondra toujours le pigeon, mais on le laissera voler quelques miettes.

A l’image d’un tortionnaire sadique, le gouvernement veut laisser aux entreprises juste assez de marge de manœuvre pour survivre, mais pas plus. La fiscalité, bien que complexe, qui s’applique aux entreprises françaises est pour cela un outil moins maniable que des contrôles individualisés, sur mesure, dont les plus vulnérables seront à l’abri. On n’exonère plus de charges, mais de contrôles.

Le gouvernement n’oublie pas d’être proche de sa majorité. Comme dans la police, il crée du lien social autour de quelques verres pour parler de ce que tout le monde sait déjà. C’est l’ami Ayrault, accoudé au pupitre, qui s’y colle ; il lève son verre aux francs succès du gouvernement.

De francs succès sur le plan du plan, ou plutôt des plans : ils ont bien été conçus, lancés, les conférences de presse ont bien eu lieu, c’est une affaire qui marche.

Ensuite, se réjouir des «succès divers», comme le pacte de croissance, le plan de rénovation thermique ou le plan numérique.

Si on veut parler un peu plus sérieusement, malheureusement, ça ne va pas fort. Le premier ministre a beau taper sur l’ancien président – ça ne sert à rien mais ça fait toujours du bien – ancien président « qui a fraudé sur ses comptes de campagne et […] laissé la France dans le même état alors ça suffit ! »

Tout va bien, nous ne sommes pas en faillite. Pas du tout. Pas de paiements en retard, pas de nouvelles taxes sorties du chapeau, pas de difficultés de trésorerie, pas d’inquiétude quant à la lente mais poursuivie hausse des taux auxquels le pays emprunte.

Sans même spéculer sur la faillite financières de l’État – sa faillite à remplir ne serait-ce que ses fonctions régaliennes étant depuis longtemps avérée – les temps sont difficiles.

De quoi convaincre les parlementaires? Pas sûr, même s’ils l’ont également applaudi à la fin de son propos. Car le doute qui les saisit est profond. Lorsqu’ils rentrent dans leurs circonscriptions, les remontées du terrain sont terribles. Et pour l’heure, le pouvoir ne peut s’appuyer sur aucun résultat tangible pour démontrer la pertinence de sa politique. Étude après étude, le pire est même promis à la France. Mardi, c’était au tour de l’OCDE de remettre en cause la promesse de François Hollande de faire baisser le chômage à la fin de l’année. Selon l’organisme, le chômage devrait même atteindre 11,2 % dans l’Hexagone… fin 2014.

Ce que les principes qui régissent l’économie, i.e. les principes qui régissent l’action humaine, permettent d’anticiper depuis des mois est désormais affirmé par les organismes internationaux, les uns après les autres. Il est grand temps de changer de cap.

Il faudra pour cela que le gouvernement accepte l’échec du socialisme, que les pays qui l’ont connu et ceux où le bon sens a encore cours pourront lui expliquer. L’argent peut tomber du ciel ; la richesse, non. On ne peut pas redistribuer ce qui n’existe pas, et on ne peut pas s’attendre à ce que la production augmente quand créer est puni, quand les vertus sont sanctionnées et les vices récompensés.

Tous les parents (1 et 2) savent que les meilleurs moyens de perdre tout crédit auprès de leurs enfants sont de leur mentir de façon évidente et de récompenser ou punir sans expliquer. Il en va de même des dirigeants du peuple avec les citoyens. Il ne serait pas si compliqué d’exposer réellement la situation aux Français et de leur expliquer que le gouvernement prend un nouveau départ, cesse de promettre monts et merveilles quand le pays fonce dans le mur et, maintenant, lance le changement. Au boulot : il reste quatre ans, peut-être moins.