Féminisme et Lumières : le genre contre le libéralisme

La théorie du Genre soutient que la famille est une cellule de domination et devient un enjeu politique majeur.

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Féminisme et Lumières : le genre contre le libéralisme

Publié le 10 juillet 2013
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La théorie du Genre soutient que la famille est une cellule de domination et devient un enjeu politique majeur.

Par Pierre T.

Nos systèmes politiques – notamment ceux des États-Unis d’Amérique, du Royaume-Uni et de la France – ont une Histoire. À chacun de ces trois pays est rattachable une constitution, de grands principes et des pères fondateurs. Si aujourd’hui la plupart des citoyens s’accordent à rejeter le « néolibéralisme » et ses avatars de délocalisation, de misère et d’injustice sociale avec force conviction et jérémiades aux relents marxistes mal digérés, certains, silencieux, soucieux de ne pas livrer un culte au grand jour, se rappellent des penseurs libéraux à qui nous devons l’équilibre de nos sociétés. Rappelons rapidement de qui nous allons parler ici.

Le premier de ces illustres penseurs, Thomas Hobbes (1588-1679) est anglais. Son ouvrage fondamental est Le Léviathan. Il y interroge l’état de nature et le contrat social et reste une des sources philosophique du libéralisme. Un ouvrage moins célèbre n’en demeure pas moins immense : Éléments de la loi naturelle et politique. Reprenant Plaute, Hobbes fait sienne cette maxime : « L’homme est un loup pour l’homme » et la comprend comme le fait que l’ordre naturel impose à l’homme un instinct de conservation et des désirs primaires auxquels il aurait remédié par le fait d’être un être social.

Le second, John Locke (1632-1704), était lui aussi un philosophe anglais qui s’intéressa à la politique. Il est reconnu à ce titre comme l’un des fondateurs du libéralisme et de la notion d’État de droit. À la suite de Hobbes, Locke parvint à la conclusion de la liberté par un raisonnement naturel : les hommes sont d’abord des hommes avant d’être les membres d’une société organisée politiquement, culturellement, religieusement, économiquement ou autre. Parce qu’aucun homme ne saurait être soumis naturellement à quiconque, l’égalité devient une conséquence de cette liberté offerte par la nature. Ses droits et ses devoirs découlent de sa nature. Un élément y est essentiel pour que l’homme puisse être libre et se soucier de ses droits et de ses devoirs : la propriété privée. L’État, dans la pensée de Locke, exerce un pouvoir politique mais ne doit pas interférer avec l’ordre social par des lois : pour que l’État soit accepté par tous, il ne s’occupe pas de morale et laisse les hommes vivre leur vie au sein de leur propriété privée.

Les Français connaissent mieux Rousseau et son « Du Contrat Social ou Principes du droit politique ». Une idée principale peut se rattacher à celles des deux autres auteurs cités : dans le pacte social, chacun renonce à sa liberté naturelle pour gagner une liberté.

On l’a compris, ces trois philosophes étaient des contractualistes. En cela, ils instituèrent une rupture avec leur temps car ils cherchèrent à fonder le pouvoir politique des dirigeants sur autre chose que la religion ou la tradition.

Si nous avons pris le temps de rappeler  la place que chacun occupe dans la construction de nos civilisations, c’est qu’un orage se dessine au loin qui obscurcit notre horizon. Les libéraux ont tendance – et Yul nous l’avait rappelé dans un récent billet d’humeur – à se concentrer sur les aspects économiques du temps et à ne pas se soucier des lubies socialistes qui souhaitent régenter la société et se faire la police de la pensée. Nous aimerions pourtant qu’il en soit autrement, car les nuages de cet orage sont précisément de cette nature. Il s’agit des féministes.

Du « contrat social » au « sexual contract » :

Les philosophes contractualistes ont longtemps disserté sur les concepts de sphère publique et de sphère privée. Dans un ouvrage essentiel sur l’étude de cette dichotomie public/privé, Privacy: Studies in Social and Cultural History (1983), Barrington Moore Jr (1913-2005) note qu’il « apparait très probable que toutes les sociétés civilisées ont conscience du conflit entre les intérêts publics et privés »  et il ne trouve aucune société de par le monde qui ne valorise pas d’une manière ou d’une autre la vie privée. Encore aujourd’hui, malgré le jugement peu favorable que formulent les libéraux à l’encontre des temps présents, nous pouvons nous prévaloir d’une certaine autonomie de ces deux notions et continuons de séparer ce qui est personnel ou privé de ce qui est politique.

Or, la recherche féministe, par le biais du « Genre », cherche à introduire une nouvelle catégorie analytique qui soulève de nombreuses questions concernant les distinctions entre les sphères publique et privée. Confrontant le sexe biologique au Genre, ils considèrent le Genre, c’est-à-dire l’inégalité sexuelle (entendez la domination masculine…) ou encore la différenciation entre les sexes comme des constructions sociales. Ayant observé que ces constructions sociales étaient à l’origine d’une situation de domination, celle d’un système patriarcal, elles souhaitent en finir avec cette construction sociale. Cette stratégie annoncée implique un champ de bataille féministe bien différent de celui que nous avons connu de par le passé et qui ne visait qu’à faire en sorte d’introduire les femmes au milieu de la place publique, de leur offrir des droits et des devoirs égaux à ceux des hommes, à commencer par le droit de vote ; ces revendications-là visaient la sphère publique. Déconstruire les constructions sociales de l’identité de Genre est un projet autrement plus problématique car ce projet vient contredire un des fondements essentiel du libéralisme : toute intrusion dans la liberté de l’Individu est exclue. Les féministes en ont conscience, c’est pourquoi elles ont entrepris depuis quelques années de nier cette dimension fondamentale qui irrigue nos sociétés démocratiques et que nous avons hérité de la philosophie contractualiste.

En 1988, Carole Pateman publie The Sexual Contract. L’ouvrage prend clairement position. Il est d’une importance fondamentale pour la question qui nous occupe car il est le premier ouvrage de philosophie politique féministe. Carole Pateman s’emploie à contester la légitimité de ce contrat initial. Cette contestation l’a conduit à nier la légitimité des individus à garder secret ce qui se passe au sein de la sphère privée ou encore de se prémunir des intrusions ou des ingérences d’autrui. La raison qu’elle invoque et d’abord épistémologique et découle de l’identité masculine de nos trois auteurs : hommes de leur siècle, hommes de leur temps, ils ont institué le patriarcat moderne ou, autrement dit, leurs fondements philosophiques reposaient sur des présomptions patriarcales qui ont occulté la question des femmes, les rejetant au sein du foyer, perpétuant les droits millénaristes des hommes sur les femmes. Notre système politique actuel, celui hérité de Hobbes, Locke et Rousseau en devient ontologiquement inégalitaire et ne se justifie plus.

Participant de cette mystique de la domination des femmes – mystique que l’on peut mettre sous le tapis depuis que l’arsenal législatif a été porté à son terme – l’auteur s’attaque alors au contrat social : « In contract theory universal freedom is always a hypothesis, a story, a political fiction. Contract always generates political right in the forms of domination and subordination. » En apportant une perspective féministe, elle apporte les contradictions et les paradoxes qui entourent les femmes et la relation entre les sexes. Le « contrat-sexuel » qu’elle érige comme notre véritable système actuel sous-tendrait les relations sociales civiles soi-disant libres et égales car fondées sur un contrat théorique.

Deux éléments sont donc à relever. Premièrement, la tentative d’une décomposition du fondement philosophique de nos sociétés démocratiques sans que cette décomposition n’implique de déconstruction puisqu’elle n’oppose aucune critique construite autre que la non effectivité de l’égalité des femmes.

Deuxièmement, en abordant une perspective féministe, l’auteur soutient que le contrat social est incompatible avec la démocratie et le féminisme, car elle suppose l’assujettissement des femmes. Elle ne cherche donc pas à occuper le débat politique ou à améliorer nos fondements politiques mais à juger un idéal philosophique à l’aune de sa lecture de l’inégalité des femmes – argumentaire contre une philosophie dont on peut juger la pertinence – et surtout, par son constat alarmant, elle suppose les femmes incapables de prendre part à un système philosophique prétendument excluant, ce qui n’est guère réjouissant pour ces dernières.

Au-delà des argumentaires féministes les plus stupides que l’on vous passe sous silence, Pateman développe une analyse de la maternité de substitution (1988, déjà…) qui permettrait de pallier l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes en la matière. Elle pointe les dérives de la situation américaine, notamment celle d’une industrie internationale où les gens riches de nations puissantes peuvent contracter l’utilisation du corps des femmes pauvres en provenance des pays en développement. Néanmoins, elle se sert de cette situation pour démontrer pourquoi les tentatives dans les analyses féministes et anti-capitaliste standards sont inadaptées à résoudre le problème. Elle préfère une analyse qui raccroche les wagons avec le fondement philosophique de la vie moderne, une analyse basée sur la domination patriarcale et non pas les relations contractuelles libres espérées par les esprits libéraux. Le défi de son travail est d’aller au-delà des problèmes évidents de l’exploitation et des abus – sans les écarter – mais pour attaquer la base sur laquelle ils auraient été créés. Son esprit gauchiste s’y délecte de ce constat : tout est de la faute des libéraux qui sont responsables de toutes les formes de l’oppression des femmes.

 

Pourquoi ça ne tient pas debout ?

Rousseau et Hegel ont opposé clairement l’altruisme de la famille et la nécessité d’une Raison impartiale de la part de l’État. La famille, nous l’affirmons ici, n’est pas politique ! Nous sommes des adultes mûrs et indépendants et n’avons pas besoin d’une féministe pour orienter nos débats, et surtout pas en s’employant au reformatage des enfants via l’enseignement des recours aux stéréotypes sexués. Surtout, l’air de rien, Pateman reprend une analyse marxiste largement éculée : sa thèse n’en n’est qu’une transposition. Hier (et encore aujourd’hui d’ailleurs), l’économie, dans un rapport d’exploitation, devenait une question politique. Avec les féministes analysant les rapports de domination entre les sexes, Pateman applique une grille qui condamne les héritages libéraux de nos systèmes politiques, et proclame que le privé est politique. Selon cette lecture, le Genre met en évidence l’étroite relation entre d’une part le pouvoir et les pratiques politiques et économiques et d’autre part la structure et les pratiques de la sphère domestique. De ce fait, la dichotomie entre public et domestique se voit connotée idéologiquement et doit donc être combattu sur le terrain du politique. Cet état de fait, le but ultime de la Théorie du Genre, nous invite à naturellement considérer le Genre comme une idéologie. Cette idéologie soutient que la famille est une cellule de domination et devient un enjeu politique majeur, enjeu qui explique les lois les plus récentes et celles à venir.

Comme les marxistes avant eux – et l’extrême gauche adhère bien souvent au féminisme car, au sein des esprits des marxistes, la grille de lecture de l’exploitation ou de la domination est assez aisément compréhensible –, les féministes ont un projet : renverser, briser les structures républicaines que nous avons reçues en héritage, anéantir le contrat social qui nous relie avec nos pères fondateurs et avec les Lumières. Voilà pourquoi les libéraux doivent lever les yeux vers d’autres aspects que l’économie et prendre part à un débat qui les concerne. H16 avait déjà eu l’occasion de nous alerter sur la question. Il y avait relayé l’existence d’un groupe facebook dédié. Il a désormais son blog et des articles ont déjà été publiés sur la question du Genre et de la sphère privée.

Nous avons de quoi répondre à la vision de cette Carole Pateman, car il lui manque celle de Hobbes qui imaginait les hommes n’écoutant que leur désir au sein d’un monde sans contrat social. Les hommes sont égaux, nus, mangent et copulent. Chacun désire légitimement ce qui est bon pour lui (les hétéronormés veulent tous la même femme) et, comme chacun essaie de se faire du bien, les hommes entrent en conflit les uns avec les autres pour obtenir ce qu’ils jugent bon pour eux : une douce anarchie centrée sur le sexe, la satisfaction immédiate du désir, la mise à bas des normes sociales.

Dernière chose : Hobbes n’a jamais nié le fait que l’homme doué de raison se décide à faire la guerre, il objectait néanmoins en retour que la ruse pouvait permettre au plus faible de l’emporter. Avec toutes nos lois, nos règles, nos polices, les hommes continuent d’assassiner et de voler. Il en va ainsi de l’homme, et jamais nos Lumières n’ont nié cette nature humaine, jamais ils n’ont prétendu offrir un éden privé de la mort, jamais ils n’ont vu l’Égalité comme autre chose qu’un idéal. Ils ont simplement cherché à justifier cette idée de la société, la nôtre : celle de l’oppression patriarcale pour certaines, celle de la prospérité, du commerce, des sciences et des Arts pour les autres.


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  • Le changement intervenu est la maitrise de la contraception par les femmes de laquelle provient et le mariage tardif et la sortie du sentiment de dépendance des hommes. Les femmes décident d’avoir ou non des enfants. Certaines ne se privent pas de faire des enfants toutes seules ou de les faire dans le dos d’une homme qui n’en veut pas. Les femmes sont victimes d’une situation induite par les Gisèle et Elisabeth qui les fait détentrice d’une relative liberté sans toujours les moyens de l’assumer. Quant à la décision d’enfanter, au désir d’enfant, tous les habillages sociétaux, culturels ne font que gloser pour justifier la reproduction de l’espèce qui est le propre de tout le monde vivant. Les philosophies, idéologies fumistiques qui théorisent la reproduction instinctuelle de l’espèce sous des aspects sociologiques n’est qu’auto-enfumage.

    • @Hypolyte
      Les femmes ont été réduites à un role reproductif : il fallait des bras pour la terre et pour la guerre….
      Les femmes restent partout dans le monde une proie à la violence des hommes.

      Certes, aujourd’hui, les techniques et l’emancipation financière retablissent un peu d’équilibre…. et bousculent un rapport entre genre jusqu’à présent très déséquilibré en faveur des hommes.

      Mais il est très loin de s’équilibrer à ce jour, y compris dans nos sociétés occidentales…

  • La gender theory nouveau totalitarisme?Oui et mille fois oui!!!Et de plus cela réduit les femmes à leur sexe et non à leur qualités intrinsèques personnelles…

    • La notion de genre permet d’expliquer que dans chaque être il y a un sexe biologique ( verge/vagin) et une construction psychique sexuée…

      Moi je suis un homme, avec une part de féminité que je ne saurais ni ne souhaite évaluer. ( si tant est que ce soit possible d’ailleurs) genre masculin, sexualité hétéro

      J’ai eu l’occasion de passer beaucoup de temps avec une amie, né avec un zizi entre les jambes… genre feminin, sexualité hetero
      d’autres amis sont homosexuel genre masculin, sexualité homo

      Allez trop compliqué ….

      restons primaire:

      ZIZI = homme fort qui ne pleure pas et qui pisse debout
      pas de zizi = femme, faible, qui passe sont temps à dépenser l’argent du mari pour des fringues..

      • « Allez trop compliqué …. »

        Beaucoup de gens, au lieu d’argumenter, imaginent ceux qui sont en désaccord avec vous comme méchants ou stupides. Vous choisissez la seconde option, croyant sans doute que votre texte vole au dessus de la tête de tous ceux qui contestent les théorie du genre – ou les gender studies, pour éviter les cuistreries du type : « vous n’y connaissez rien, cela n’existe pas », écran de fumée ridicule de ceux qui refusent en fait l’argumentation, ou veulent se placer à très peu de frais en position de domination théorique ; considérons donc que « théorie du genre » renvoie au même réfèrent que « gender studies », à moins que cela non plus n’existe pas…

        Dites-vous, persuadez-vous que bien des gens comprennent parfaitement ce que vous dites, et qu’ils ne sont pas d’accord, avec des idées et de vrais morceaux d’argumentation dedans – mais les gender studies, comme les cultural studies, sont souvent fâchées avec l’argumentation directe, on y trouve plus souvent des « c’est beaucoup plus compliqué », « votre schéma est trop linéaire, trop simple, trop vieux, trop sexiste, » ce qui permet de ne pas se demander si c’est vrai).

        Vous affirmez qu’il y a un sexe biologique, un genre « psychologique », et une sexualité.

        La question centrale, littéralement ontologique est la suivante : la « construction psychique sexuée » est-elle une construction individuelle, sociale, est-elle volontaire ou non (la choisit-on comme on choisit une voiture au magasin ?) ? Si elle n’est ni volontaire ni biologiquement déterminée, peut-on savoir comment elle émerge, et qu’elles sont les études empiriques précises et neutres qui l’établissent ? Autrement dit : quel est le rapport exact entre le sexe biologique, le genre et la sexualité ?

        Jeńai pas parcouru la litterature sur le sujet, mais il me semble que dans Body that matters, où Judith Butler envisage directement le problème, la réponse me semble être… je ne sais comment dire… un bel enfumage. La « performativité sexuelle » serait fondée sur une iterabilité au sens derridien, un processus présubjectif de répétition ritualisée sous contrainte, qui contrôle la formation du sujet sans le déterminer pleinement à l’avance… Hum.
        La reference a l’iterabilité semble centrale. Or, comme je ne suis pas sans connaitre quelque chose de Derrida, et de son concept d’iterabilité, je ne vois absolument pas ce que cela signifie, à quels faits on pourrait le rattacher autrement que de façon vague, dilatoire et elliptique. Je vous propose donc de me l’expliquer, à partir de Butler ou non, sans vous inquiéter de la complexitéde votre explication, ni de mes neurones, qui devraient tenir le choc. Ne lésinez pas surtout, sur les études empiriques.

  • Ah, Hobbes ! Franchement, je ne comprends rien à cette histoire d' »ordre naturel » vs « contrat social ». Vu que l’homme est naturellement un être social, qu’il ne peut absolument pas être autre que social, le fameux contrat dont on nous rebat les oreilles, il n’a pas lieu d’être, et même à titre de fiction idéologique. L’état de nature de l’homme, c’est l’état social.

    L’article annonce sombrement : « Les hommes sont égaux, nus, mangent et copulent. »

    Oui, oui. Encore que « égaux », je ne sais pas, il y en a de plus musclés que d’autres, prêts à cogner éventuellement sur les malingres. Mais l’homme est aussi un « animal vivant dans une organisation socio-politique », « zôon politikon », comme l’observait notre vieux camarade Aristote, quelques siècles avant Hobbes. Et puis, accessoirement, entre deux orgasmes, trois défécations et mictions, quatre bouffes, une ou deux douzaine de pets (1 plus ou moins 0,5 litres de gaz divers), divers rots, l’homme, ça pense. C’est un « zôon logikon », ou « zôon logon ekhôn » (le même camarade Aristote, décidément increvable), un animal doué de raison.

    • « Vu que l’homme est naturellement un être social, qu’il ne peut absolument pas être autre que social, le fameux contrat dont on nous rebat les oreilles, il n’a pas lieu d’être, et même à titre de fiction idéologique. L’état de nature de l’homme, c’est l’état socia »

      Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le but du contrat social est de fonder, non la société mais la politique. Or s’il existe quelques raisons de penser que l’homme est naturellement social, il ne s’ensuit pas du tout qu’il soit naturellement politique. Malgré le genir d’Aristote, on n’est pas obligé d’accepter sa thèse de l’animal politique, et je crois même que p. Clastres, dans La société cont l’Etat, établit avec assez de vraisemblance que l’on trouve des hommes vivant en société sans État. Des lors, le passage de la communauté naturelle à la communauté politique peut très bien être pensée sous la forme d’une fiction contractuelle.

  • La théorie du genre n’existe pas.

  • La théorie du genre n’est pas une théorie du sexe, de la sexuation: c’est une théorie de l’indifférentiation sexuelle, du « ça n’existe pas ».
    Ce genre de théorie ne se rencontre que chez certains psychotiques: la théorie du genre en tant que telle est un délire

  • Je suis loin d’être un admirateur du socialisme, c’est à dire de la gauche actuelle, mais les arguments utilisés dans cet article me rappellent la technique utilisée par les anti-libéraux pour éviter le débat : falsifier les idées libérales pour les honnir sans risque.
    C’est ainsi que les socialistes présentent les libéraux comme des affairistes proches des banques et du pouvoir, ce qui est évidemment faux puisque les libéraux se sont toujours prononcés contre toute collusion entre le pouvoir politique et les milieux d’affaire.

    Ici on présente la gauche comme l’instigatrice d’une « théorie du genre » qui est largement fictive. Il existe effectivement une petite minorité de féministes qui adhèrent à ces théories mais ce n’est pas le cas de la gauche en général dont les porte-paroles sont loin de nier l’existence de différences physiologique et psychologiques inter genres innées.
    Un article de rue89 exprime (relativement) bien ce point de vue:
    http://www.rue89.com/2013/06/29/risque-radoter-theorie-genre-nexiste-243298
    Il en existe beaucoup d’autres.

    Il est en revanche clair que le faux problème du mariage homosexuel n’a à peu près rien à voir avec une « théorie du genre » qu’elle soit réelle ou fictive.

    L’évocation d’une « théorie du genre » ne sert pour les dirigistes sociétaux, qu’à justifier leur rejet de toute évolution. Il utilisent ce concept exactement comme les antilibéraux utilisent « l’affairisme et la richesse » pour rejeter la liberté et la responsabilité.

    • « Il est en revanche clair que le faux problème du mariage homosexuel n’a à peu près rien à voir avec une « théorie du genre » qu’elle soit réelle ou fictive. »

      Je pense le contraire. C’est d’ailleurs le mérite d’Eric Fassin, quoi que l’on pense de son propos, de le souligner : le mariage pour tous est avant tout, non une demande pragmatique de droits égaux (sinon, un PACS amélioré aurait suffi) mais une volonté de mettre les normes « en discussion » (c’est un manière un peu compliquée de dire qu’on change les normes communes pour satisfaire une minorité qui, au fond, refuse ainsi la situation de minorité).

      Bref, Éric Fassin confirme en fait ce qu’affirme un théologien catholique, dans le Monde : le mariage pour tous marque une volonté d’entrer dans la norme en la subvertissant (toutefois, bien entendu, quand c’est le théologien qui le dit, c’est scandaleux et homophobe…).

      • Je comprends votre point de vue mais je ne vois pas ce qui vous permet de qualifier le mariage de « norme ». Le mariage religieux est une institution assez récente, 9e ou 12e siècle suivant les sources et les interprétations. Le mariage religieux et sa copie, le mariage civil n’ont donc que quelques siècles d’existence, moins que la saignée en médecine.
        je comprends que la main-mise de l’État sur le mariage perturbe les catholiques, mais ils auraient pu se réveiller avant, et réclamer depuis longtemps l’abolition du mariage civil – ce que je soutiens sans réserve.
        Au lieu de cela ils ne se déclarent pas hostiles au mariage civil mais prétendent que son ouverture aux homosexuels subvertit une « norme ». Cela veut dire qu’ils considèrent que le mariage civil fait partie de cette norme, qu’il est lié au mariage religieux, qu’il le complète ou le valide. La position est complètement paradoxale puisqu’elle revient à défendre l’institution du mariage civil, presque à la sacraliser, un comble !

        • +1
          les cathos ferait mieux de faire un bras d’honneur à l’état, et se marier seulement devant curé et notaire, sans le maire. Après quoi, grâce à la circulaire Taubira (rigolo, non ?), la République reconnaîtra quand même leurs enfants

        • Merci pour votre réponse, aimable et argumentée.

          La norme dont il est question est antérieure au christianisme, puisqu’à ma connaissance, on traouve aussi chez les grecs et les romains une forme d’union hétérosexuelle monogame prévalant dans l’organisation sociale et culturelle – ce qui n’empêche pas d’ailleurs qu’à certains moments, cette norme soit compatible avec les amours homosexuelles, les deux domaines restant bien distincts (ici, j’avoue cependant que je ne me suis pas penché plus que cela sur la question, et j’acceuille volontiers toutes les corrections).

          De ce point de vue, une « norme » socio-culturelle se constitue par la stabilisation historique de certaines manières de vivre communes, qui permet un certain ordre social. Et la loi est pour une grande part, une manière de consolider et de permettre le fonctionnement de telles normes. Cette idée qui apparaîtra horriblement étatique et conservatrice me semble pourtant être, en gros, le point de vue de Hayek, pour qui la thesis, ou la loi du législateur, prend le relai du nomos, disons l’ordre spontané. La norme est donc portée par une tradition plus ou moins variable et contingente, qui rend possible la vie en commun.

        • EdBurke a raison. Dans la zone européenne, pour se borner à elle, depuis qu’on possède une documentation, on constate qu’il n’y a (évidemment) jamais eu de mariage (ou si on préfère un autre mot, union socialement sanctionnée, ou ce qu’on voudra) si ce n’est entre un homme et une femme. Très rarement des mariages polygames (chez les Normands). On peut compiler la liste la plus longue de peuples qu’on voudra, on constatera cette évidence. Grecs, Etrusques, Romains, Celtes, Germains, Slaves, etc.

          Une pédérastie (au sens précis) plus ou moins socialement régulée (dans les classes supérieures seulement ?) est bien connue en Crète (rapt fictif, description dans Strabon), à Athènes. Ceci ne donne jamais lieu à un « mariage ».

          On pourrait élargir à des données anthropologiques plus générales. Il faudrait consulter une base de données comme le Standard Cross-Cultural Sample. Il est possible que le SCCS, qui porte, si je me souviens bien, sur au moins 150 cultures, soit lacunaire sur ces questions. Certaines sociétés confèrent un statut spécial à des homosexuels, qui peuvent par exemple jouer le rôle de chamane. S’il existe des sociétés avec des « mariages » homosexuels ayant un statut égal avec les « mariages » standard (noter qu’une majorité de sociétés étaient polygames), ce sociétés doivent être en nombre infime ; je suis porté à douter qu’il en existe, mais je peux me tromper. Je crois que Françoise Héritier et Maurice Godelier, anthropologues connus, qui sont venus s’exprimer devant la commission parlementaire, ne peuvent guère l’ignorer.

          Le mariage homosexuel est donc une innovation civilisationnelle proprement révolutionnaire. Qu’on soit pour ou contre, il en est ainsi.

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Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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