La culture du pouvoir : l’argent public, moins on en a, plus on l’étale

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture.

Aurélie Filipetti se lance dans la bataille pour une culture d’État, à la tête d’une armée de mimes, d’acteurs intermittents et de journalistes dyslexiques.

Aurélie Filipetti se lance dans la bataille pour une culture d’État, à la tête d’une armée de mimes, d’acteurs intermittents et de journalistes dyslexiques.

Par Baptiste Créteur.

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture.

Aurélie Filipetti tente de déclencher une fronde du monde de la culture – comprenez, du monde de la culture d’État ou culture subventionnée – pour s’assurer que les dépenses publiques dans le secteur ne seront pas coupées. Et pour s’assurer que la source d’argent public ne se tarira pas, les assoiffés d’argent des autres n’hésitent pas à utiliser les arguments les plus vaseux.

Même les altercomprenants commencent à intégrer le fait que l’État est en faillite. Aurélie Filipetti fait partie des récalcitrants. Elle admet volontiers que l’État manque de moyens, mais refuse de comprendre que cela veut dire qu’il doit dépenser moins et que cela s’applique aussi à son ministère. Elle n’est là que depuis un an, elle veut continuer avec son beau jouet tout vibrant et marquer de son empreinte indélébile le paysage culturel français – elle cherche encore sa Fête de la Musique ou son musée, mais une chose est sûre : elle les aura, son petit buste et sa poupée de cire.

C’est risqué, certes, mais écoutons la :

Lors d’une conférence de presse, la ministre est convenue que « c’est le rôle de Bercy de vouloir faire faire des économies à tout le monde, et, dans ce cas-là, le réflexe est un peu de dire que la culture ça doit venir à la fin, quand on a les moyens ». « Moi, je ne suis pas d’accord avec ça, a souligné avec force la ministre : la culture c’est structurant, pour l’économie, pour le lien social, politiquement. La lutte contre le Front National, à mon avis, elle passe beaucoup par le terrain culturel. »

Ne riez pas, c’est de votre argent qu’elle parle. La culture, c’est struc-tu-rant pour l’économie : s’il n’y a pas de mimes subventionnés dans les rues et de sculptures sur les aires d’autoroute, un pays ne peut PAS s’en sortir. Impossible. Même si une analyse rapide du nombre de statues financées par l’État au mètre carré est sans doute un meilleur indicateur de corruption que de développement économique, même si une culture d’État est le rêve de tout dictateur et le cauchemar de tout entrepreneur [1].

Il est bon de constater toutefois que le gouvernement admet enfin pourquoi la culture est si importante à l’État : politiquement, la culture est structurante. En contrôlant la culture et l’éducation, on s’assure de diffuser assez bien des idées et de déplacer assez profondément le spectre politique pour détenir ensuite le pouvoir.

Ce n’est pas dans dans la lutte contre le Front National que la culture est utile, mais dans la propagation des idées socialistes au sens large : en faisant du FN un parti plus fasciste que le PS et en faisant de la lutte contre le fascisme une priorité, le Parti Socialiste ne fait que répliquer une stratégie de propagande qui a fait ses preuves plus à l’Est.

Contrôler la culture est important, mais l’éducation est, elle aussi, fondamentale. Comme l’explique The Economist, pour expliquer le biais idéologique marxiste français, il suffit d’étudier les manuels d’économie : 382 pages dont 18 dédiées à l’entreprise et aux affaires, mondialisation et marché traités au mieux avec méfiance, une analyse de la société et des structures sociales qui débute avec Marx.

Outre la culture et l’éducation, la marxisation des esprits peut s’appuyer sur un allié de taille : les médias. Pas vraiment indépendants, pas vraiment compétents, les médias français sont en revanche très efficaces pour diffuser la bonne parole et préparer les lendemains qui chantent et arrivent à grands pas.

Évidemment, ils n’auraient que peu d’intérêt à le faire s’ils ne croquaient pas un peu, eux aussi, au gâteau du pouvoir. Les subventions massives et les niches fiscales ne suffisent pas : ils veulent aujourd’hui l’ultime récompense, le sentiment de créer de la valeur pour de vrai. Surprise : ils sont favorables à une taxe sur les appareils connectés.

« Il est incontestable que les producteurs de contenus contribuent à la valeur perçue des équipements technologiques », estiment le Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM), le Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR) et l’Association de la presse gratuite d’information (APGI).

« Parallèlement aux mécanismes préexistants, la taxe sur les supports connectés proposée par la Mission Lescure est le seul qui permet d’appréhender le nouveau transfert de valeur observé dans le monde numérique, particulièrement au détriment de la presse », soulignent-ils, indiquant que, actuellement, « la presse ne bénéficie que très marginalement des mécanismes de redistribution de la valeur existants face aux autres acteurs culturels en France ».

Si les smartphones sont si attractifs, c’est évidemment parce qu’on peut, depuis son smartphone, lire Le Monde et Libération. C’est le nouveau transfert de valeur observé dans le monde numérique : les utilisateurs paient pour ce qu’ils veulent, et ce n’est pas vraiment du goût des parasites habitués à ce que l’État leur assure un revenu confortable et une place au soleil.

En l’occurrence, on parle d’une taxe marginale – de l’ordre de 1%, c’est indolore, hein ? – soit quelques milliards d’euros supportée par les consommateurs français qui paieront, une fois de plus, une presse qu’ils ne lisent pas.

Est-il si insensé d’imaginer qu’on paie pour ce que l’on consomme ? Les socialistes du fond de la classe auront déjà commencé à huer ; bouh, et ceux qui n’ont pas les moyens de consommer alors ?

Très bien, je prends note et reformule : est-il si insensé d’imaginer qu’on ne paie pas pour ce que l’on ne consomme pas ? Ici, les socialistes du fond de la classe se regardent, perplexes. Une main se lève, on propose une réponse : « Si c’est un riche, qu’il paie ! »

Ça ne sera pas simple, mais nous allons y arriver.

Est-il si insensé d’imaginer que les citoyens, même les plus pauvres, cessent de financer une presse à valeur ajoutée négative ? Est-il si insensé d’imaginer que la création artistique soit un risque que l’on prend et qu’on n’a pas à faire subir aux autres, y compris aux plus démunis ? Est-il si insensé que l’éducation donne aux enfants la faculté d’assimiler et former des concepts plutôt que des concepts prémâchés, leur permettant de développer leur propre vision du monde et évitant que les mieux armés soient ceux qui auront étudié dans de meilleures écoles à concepts ?

La vraie égalité des chances, c’est le marché. Libéraliser la culture permettra aux meilleurs de gagner, et ce sera tant mieux pour le consommateur qui aura accès au meilleur qu’on peut lui proposer.

Aujourd’hui, les tricheurs gagnent. Ils font subventionner leur médiocrité par la réussite des appareils connectés. Ils font subventionner leurs spectacles auxquels les spectateurs ne se pressent pas, ou seulement si petits fours et champagnes sont gratuits aussi. Ils placent très tôt les germes de la pensée marxiste dans les jeunes esprits dont ils font tout pour s’assurer qu’ils n’apprendront pas à apprendre par eux-mêmes.

Mettons fin au massacre, luttons contre le gaspillage de talent et d’énergie. Que le meilleur gagne ; tout le monde y gagnera.


Note :

  1. De tout vrai entrepreneur, pas de tout entrepreneur qui donne plus de poids dans son business plan aux aides publiques qu’à sa stratégie commerciale.