Guillaumin et cie : un patrimoine français à explorer

Grâce à Gilbert Guillaumin et à sa revue Le Journal des Économistes, nous avons un patrimoine intellectuel précieux pour comprendre l’économie, et bien plus encore.

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Guillaumin et cie : un patrimoine français à explorer

Publié le 2 juillet 2013
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Grâce à Gilbert Guillaumin et à sa revue Le Journal des Économistes, nous avons un patrimoine intellectuel précieux pour comprendre l’économie, et bien plus encore.

Par Damien Theillier.

Publié sur 24hGold.

Urbain Gilbert Guillaumin fut le fondateur en 1835 de la librairie d’économie politique Guillaumin et Cie., qui fut la grande maison d’édition des idées libérales au XIXe siècle en France. Sa revue mensuelle, Le Journal des Économistes, fut le point de rencontre des esprits les plus brillants de cette période. Elle est le symbole d’une période particulièrement prolifique en termes de débats d’idées.

Gilbert-Urbain Guillaumin est né à Couleuvre, dans l’Allier, le 14 août 1801. Il arrive à Paris en 1819 où il fait la connaissance de l’éditeur Brissot-Thivars, et devient libraire. C’est avec la révolution de 1830 qu’il se rapproche du mouvement libéral, se lie d’amitié avec les disciples de Jean-Baptiste Say et décide de lancer sa propre maison d’édition, spécialisée dans l’économie politique.

Citons ici Gérard Minart, dans sa précieuse biographie intellectuelle de Gustave de Molinari: « Le Dictionnaire du commerce et des marchandises, première grande réalisation du libraire-éditeur Guillaumin, paraît de 1835 à 1839. C’est le début d’une exceptionnelle, originale et passionnante aventure intellectuelle. Le meilleur jugement porté sur ce personnage remarquable l’a été par l’historienne Lucette Le Van-Lemesle:  »Guillaumin, a-t-elle écrit, fait partie de ces inconnus qui font l’histoire ». Cet inconnu possède trois grandes qualités: le dévouement, la rigueur, le flair. Dévouement à ses amis libéraux, rigueur dans la gestion de ses affaires, flair qui lui permet de saisir au bon moment les attentes de l’opinion et d’y répondre par une grande variété d’initiatives éditoriales. »

Avec Jérôme-Adolphe Blanqui et Horace Say, le fils de Jean-Baptiste, Guillaumin publie le premier numéro du Journal des Économistes le 15 décembre 1841. En même temps, il commence la Collection des principaux économistes, c’est-à-dire des précurseurs et des fondateurs de la science économique: Quesnay et les Physiocrates, Turgot, Adam Smith, Malthus, J.-B. Say, Ricardo.

De 1840 à 1847, il publie quinze volumes. Les textes étaient accompagnés de notices et de notes rédigées par Gustave de Molinari et Eugène Daire. Ensemble, ils remirent en lumière des écrits pleins d’intérêt pour la science économique et pour l’histoire: la Dîme de Vauban; le Factum et le Détail de la France de Boisguillebert, les écrits de la brillante pléiade des Physiocrates, y compris des traductions des oeuvres de Hugo Grotius, Adam Smith, Jeremy Bentham, Benjamin Franklin, John Stuart Mill, et Charles Darwin.

La librairie Guillaumin et Cie était située au 14 de la rue de Richelieu, non loin de la Seine, au carrefour du musée du Louvre, du Palais Royal, de la Comédie Française et de la Bibliothèque Nationale de France. C’est là qu’en 1842, avec Joseph Garnier, professeur d’économie à l’École des Ponts et Chaussées, l’éditeur crée la Société d’Économie Politique et invite Frédéric Bastiat à se joindre à eux. Ensemble, ils débattent des causes qui menacent la liberté en France: l’étatisme, le protectionnisme, le socialisme, le militarisme et le colonialisme. Les débats donnaient souvent lieu ensuite à des publications.Au sein de ce qu’il faut appeler le « réseau Guillaumin », on trouve toute sorte de professions: des hommes d’État, des administrateurs, des journalistes, des professeurs, des négociants… Tous ne partagent pas les mêmes opinions politiques mais ils s’accordent sur un ensemble de vérités communes. À tel point qu’on peut parler d’une véritable école d’économie politique, l’École de Paris.

Gustave de Molinari s’exprime ainsi dans un texte de présentation du Dictionnaire de l’économie politique, le 15 décembre 1853, dans Le Journal des Économistes, p. 425: « Ils n’étaient pas d’accord, sans doute, sur tous les points de la science; mais leurs divergences d’opinion, qui servaient d’ailleurs à alimenter leurs discussions périodiques, ne pouvaient manquer à la longue de s’affaiblir, sinon de s’effacer. Des hommes intelligents qui poursuivent une oeuvre commune et qui se trouvent fréquemment en contact ne finissent-ils pas toujours par éclaircir mutuellement leurs doutes et par contracter, presqu’en dépit d’eux-mêmes, l’habitude de penser de la même manière? En science comme en religion, l’association des efforts n’est-elle pas souverainement efficace pour amener l’unité dans les doctrines? C’est ainsi que l’économie politique a fini par posséder en France une école dont tous les membres s’accordent sur les points fondamentaux de la science, et qui présentent à leurs adversaires, protectionnistes ou communistes, un bataillon peu nombreux, mais uni, serré, compacte. »

En 1852, Guillaumin compile et publie le Dictionnaire de l’économie politique, coédité avec Charles Coquelin. Ce livre en deux volumes comptait plus de deux mille pages, sur deux colonnes. Il contenait nombre d’articles écrits par Frédéric Bastiat dont les idées imprégnaient l’ensemble du Dictionnaire. En 1866, le catalogue général de la librairie recensait déjà 166 titres de livres distincts, sans compter les revues et autres périodiques: l’Annuaire de l’économie politique et de la statistique, la Collection des économistes et publicistes contemporains, la Bibliothèque des sciences morales et politiques, ainsi que le nouveau Dictionnaire universel du commerce et de la navigation.

Victime d’une crise cardiaque en pleine rue, Guillaumin est mort à 63 ans, le 15 décembre 1864, soit deux ans après la publication des oeuvres complètes de Frédéric Bastiat. Il avait été le premier à découvrir et encourager cet auteur au talent unique. L’entreprise Guillaumin et Cie fut reprise par ses filles qui continuèrent brillamment l’oeuvre de leur père jusqu’à sa fusion avec la librairie Felix Alcan en 1910. Après Joseph Garnier et Henri Baudrillart, Gustave de Molinari fut le rédacteur en chef du Journal des Économistes de 1881 à 1909 et Yves Guyot de 1910 à 1913. La revue cessera de paraître avec la guerre en mars-avril 1940.

Grâce au dynamisme et à la vision de Guillaumin, nous sommes aujourd’hui les détenteurs d’un précieux patrimoine intellectuel qui peut nourrir les débats actuels, qu’il s’agisse de questions économiques, politiques, juridiques ou philosophiques.

Sur le web.

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