L’Europe prend l’eau

Les inondations en Europe de l’Est, en Allemagne et en France nous rappellent de façon concrète une réalité économique : l’Europe prend l’eau.

Les inondations en Europe de l’Est, en Allemagne et en France nous rappellent de façon concrète une réalité économique : l’Europe prend l’eau.

On ne peut sans doute pas blâmer le gouvernement pour les précipitations, mais on peut le blâmer à partir du moment où il s’est arrogé la responsabilité de planifier l’urbanisation et dessiner les villes sans réussir à éviter que des habitations ne soient inondées de façon plus ou moins régulière.

De la même façon, on peut blâmer un État qui s’arrogerait la responsabilité de l’égalité des chances et ne parviendrait qu’à instaurer une inégalité des droits, ou instituerait une solidarité forcée injuste et source d’inégalités plus marquées.

L’État redistribue les revenus. La redistribution suppose qu’on cherche à distribuer à nouveau ce qui avait déjà été distribué. Cette distribution originelle résulte de l’échange et de la coopération libres et volontaires ; estimer qu’elle est injuste et doit être revue, c’est considérer que les individus font de mauvais choix et qu’il faut charger d’autres individus – probes et intègres si possible – de choisir à leur place.

Les adversaires du capitalisme de laissez-faire arguent souvent que les individus ne sont pas solidaires si on ne les y oblige pas, et qu’il faut donc les y obliger.

D’une part, cela révèle le peu de cas qu’ils font de la volonté individuelle ; d’autre part, c’est un raisonnement fallacieux, puisque la solidarité forcée détruit la solidarité spontanée.

Si l’Europe prend l’eau, c’est parce que l’initiative privée a progressivement laissé le pas à une économie contrôlée, dont les moyens de production sont certes majoritairement privée mais dont l’État décide de l’utilisation, accordant ses faveurs aux groupes d’influence à tour de rôle pour s’assurer de leur coopération et laissant survivre l’entreprise privée juste assez pour qu’elle finance ses projets.

L’État ne crée rien ; il a besoin de l’entreprise privée, de la production et de l’échange, dont il s’arroge une part croissante. Si l’Europe prend l’eau, c’est parce que cette part est aujourd’hui devenue insupportable. La charge qui pèse sur les entreprises les empêche d’être compétitives et d’innover ; les emplois qu’on sauve empêchent de nouveaux emplois d’être créés ; les normes et standards qu’on impose empêchent de se différencier auprès de consommateurs toujours plus convaincus que les labels et certifications imposés par l’État les protègent alors qu’ils ne font que niveler par le bas.

Si l’Europe prend l’eau, c’est aussi parce que la plupart des États européens s’avèrent incapables d’annoncer que la fête est finie et préfèrent s’endormir sur un coin de trottoir après des décennies de beuverie d’argent gratuit, prélevé dans la poche des citoyens ou emprunté. Les dirigeants européens se comportent comme des enfants, incapables de réfléchir à plus long terme que la prochaine échéance électorale et de faire autre chose, quand leur responsabilité est mise en cause, que rejeter la faute.

Si l’Europe prend l’eau, c’est parce que les idées qui y ont cours ne sont pas morales, ne sont pas justes, mais s’en donnent l’air. Et ces idées ne peuvent gagner que par forfait.

Il n’y a pas de bataille idéologique entre défenseurs de la liberté et tenants du pouvoir. Il n’y a qu’une lutte entre deux extrêmes et leur milieu ; la liberté est rarement défendue, rarement entendue autrement que sous la forme d’une caricature. Le néo-libéralisme, c’est comme la théorie du genre de Najat Vallaud-Belkacem : je ne l’ai jamais rencontré, ça n’existe pas. Mais ça détruit des emplois, pratique le trading à haute fréquence et spécule sur la durée de vie des ours polaires.

Le néo-libéralisme n’est qu’un produit dérivé de l’étatisme : il est son bouc émissaire désigné, l’ennemi qui, si on le laisse faire, permettra à une minorité de s’enrichir et encouragera le creusement d’inégalités déjà bien trop marquées malgré des décennies de vigilance et d’État-providence.

Pour éviter que l’étatisme ne gagne par forfait, on peut lutter contre lui, en proposant la liberté comme alternative ; on peut aussi laisser entre eux ceux qui préfèrent le pouvoir à la liberté et ceux qui s’en fichent. La seule liberté qui puisse être est individuelle ; je ne peux que souhaiter à chacun de la trouver.