Médias : heureux Grecs libérés de la voix de leur maître

Télévision publique Grèce (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Médias : y a-t-il lieu de se lamenter tel un choeur de tragédie grecque sur la fermeture de la télévision d’Etat grecque.

Médias : y a-t-il lieu de se lamenter, tel un chœur de tragédie antique, sur la fermeture de la télévision d’État grecque ?

Par Nick de Cusa depuis la Belgique.

La presse et les médias retentissent, depuis hier, d’alarme et de lamentations sur l’interruption « brutale » du travail à la télévision publique grecque ERT. On voit, entre autre, passer l’expression « coup d’État ». Que penser de cet événement ?

Faisons une courte pause, et méditons un instant sur la responsabilité des médias et de la presse. Ces organisations sont souvent décrites comme « le quatrième pouvoir ». Dans une société qui fonctionnerait de manière correcte, il faudrait nécessairement disposer de recours contre tout abus de pouvoir. Si ce n’est le cas, alors, les abus sont susceptibles de gonfler, jusqu’au point où les autorités ne pratiquent justement plus que par abus.

Le premier pas pour tout recours est que les abus soient connus. La responsabilité première de la presse et des médias, du moins s’ils sont consciencieux, est de les dénoncer. Entre autre, cela signifie, premièrement, de les traquer chaque jour et sans complaisance, et franchement, de façon teigneuse ; et deuxièmement, de ne pas développer de proximité, d’intimité, et ne parlons même pas d’amitié, avec les gens qui sont au pouvoir ou qui constituent les autorités. La relation naturelle des médias et de la presse avec le pouvoir et les autorités doit donc être fondée sur une méfiance courtoise.

Certes il ne doit pas s’agir de traque à tout crin contre des personnes, ni contre leur vie privée ou leurs proches – tant qu’aucun abus de pouvoir de leur part n’entraine de conséquence sur ces sphères. En revanche, dans l’exercice de leur fonction, les journalistes ne devraient en aucun cas s’adresser aux personnes qui sont au pouvoir avec un sentiment de sympathie, mais bien un souci d’investigation toujours empreint d’une certaine part d’agressivité.

La voix de son maître.

Dès lors, à quel point peut-on considérer comme sain que des journalistes soient employés par le pouvoir et les autorités publiques ? Ils me répondront, et ils ne s’en privent pas, que ceci n’entame en rien leur intégrité. Mais ne soyons pas naïfs. Comment peut-on imaginer être indépendant de la main qui vous nourrit ?

L’existence même de médias d’État est en contradiction pure et simple avec la mission et la responsabilité de la presse d’information, et on ne peut considérer leur suppression que comme une nécessaire libération.

Rappelons à cette occasion que l’indépendance de la presse ne s’arrête pas à la suppression du contrôle direct de l’État. D’autres problèmes, nombreux et très réels, subsistent alors : relations intimes – voire relations de couple – entre journalistes et politiques, groupes industriels vivant de contrat publics et contrôlant des organes de presse majeurs, tels Bouygues, Dassaut ou Lagardère, subventions aux journalistes, et niches fiscales.

Pour des médias et une presse lavés de tout soupçon d’incapacité à satisfaire à leurs responsabilités, tous ces problèmes doivent être éliminés.


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