La défaite prévisible des eurosceptiques

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L’opposition à l’euro est fragmentée à travers le continent. Les récits nationaux eurosceptiques ne sont pas compatibles.

L’opposition à l’euro est fragmentée à travers le continent. Les récits nationaux eurosceptiques ne sont pas compatibles.

Par Alex Korbel.

L’Europe selon les Grecs.

S’il y a encore un aspect surprenant à la crise des dettes publiques de la zone euro après plus de trois ans d’agonie, c’est bien l’absence d’un mouvement eurosceptique européen. Il est évident que la zone euro fonctionne mal. Il est flagrant que les politiques mises en œuvre pour la sauver sont un échec. Pourquoi donc les Européens n’envoient-ils pas leurs hommes politiques en retraite anticipée ?

Certains gouvernements ont perdu des élections nationales. Mais la politique générale s’articulant entre renflouement des États et « faustérité » (hausse des impôts sans réduction du poids de l’État dans l’économie ni réformes structurelles) n’a jamais été autorisée à changer. Pourquoi ?

L’Europe selon les Allemands.

Des narrations nationales incompatibles

La réponse est qu’il n’y a pas d’analyse des problèmes européens communément admise. Dans tous les pays de la zone, les sondages d’opinion suggèrent qu’un malaise face à l’euro et à la gestion de la crise est très répandu. Ce qui diffère de pays à pays sont les raisons de l’insatisfaction des Européens.

Dans les pays qui souscrivent pour l’instant au sauvetage de la monnaie unique, la principale préoccupation des citoyens est de payer pour les erreurs des autres. Les Finlandais, les Néerlandais, les Autrichiens et les Allemands ne souhaitent ni renflouer les oligarques russes et leurs dépôts à Chypre, ni les préretraités grecs, ni les fraudeurs fiscaux italiens. Il s’agit là d’exagérations stéréotypées, mais elles représentent assez bien le sentiment populaire.

Pour ceux qui s’opposent à l’euro en Grèce, à Chypre ou en Italie, la monnaie unique et les choix politiques qui sont censés la soutenir sont vus comme des diktats indésirables promulgués par Bruxelles, Francfort et Berlin.

Le lecteur de la presse populaire britannique, quant à lui, apprend que l’euro est juste la façon dont l’Allemagne a tardivement gagné la guerre. Ce que les panzers n’ont pu conquérir, la puissance économique de l’Allemagne moderne l’a fait.

Il ne semble guère possible pour un Allemand préoccupé par la compétitivité de son pays et son propre fardeau fiscal de s’associer à un manifestant anti-austérité grec. Les deux peuvent être convaincus que l’euro est la racine de tout mal ; mais ils le sont pour des raisons totalement différentes. Pour l’Allemand, l’euro a incité l’État grec à dépenser sans compter avant la crise, provoquant la débâcle actuelle ; pour le Grec, cette débâcle est la conséquence des politiques d’austérité imposées par Berlin afin de sauver l’euro.

On le voit, l’opposition à la monnaie unique est fragmentée à travers le continent. Les récits nationaux eurosceptiques ne sont pas compatibles.

L’Europe selon les Britanniques.

Des partis politiques aux lignes opposées

Dans la plupart des pays européens, il existe maintenant des mouvements eurosceptiques. Mais leurs lignes politiques ne sauraient être plus diverses.

Ainsi, même si on note de grandes différences de fond et de style entre ces formations politiques, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, l’Alternative pour l’Allemagne et l’équipe Stronach en Autriche pourraient toutes être définies comme étant plutôt opposées à l’Union européenne tout en étant vaguement libérales sur le plan économique.

De leur côté, le Mouvement 5 étoiles italien et la Coalition de la gauche radicale grecque justifient leur position anti-euro par leur rejet des politiques réformistes imposées par l’Union européenne.

L’Union européenne a toujours souffert de son incapacité à unir le continent derrière des causes communes. Ironie du sort, ses détracteurs sont confrontés à la même difficulté. Ils sont trop différents pour contester efficacement l’orthodoxie de l’Union.

L’Europe selon les Espagnols.

Extrêmes dans l’exagération ou le consensus

S’opposer à la monnaie unique a été rendu encore plus difficile par la façon dont les partis concernés ont été étiquetés comme étant extrêmes ou réactionnaires.

Le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni semble en partie composé de personnes excentriques, désagréables et tonitruantes – ce qui n’est guère surprenant : chaque mouvement s’opposant au consensus attire son lot d’hurluberlus.

En Allemagne, être en faveur d’une intégration européenne toujours plus étroite a été longtemps considéré comme une condition sine qua non de respectabilité politique. Aucun parti politique souhaitant rester éligible n’aurait osé s’écarter de ce consensus démocratique d’après-guerre.

Le nouveau parti Alternative pour l’Allemagne, dirigé par un éminent professeur d’économie de Hambourg, a dû se défendre dès sa création contre des allégations d’extrémisme politique. Et pourtant, s’il y a quelque chose qui est extrême dans ce parti, c’est sa volonté de jouer selon les règles de la démocratie européenne.

Ce curieux parti eurosceptique se décrit comme pro-européen et même en faveur de l’Union européenne mais déclare que l’introduction de l’euro a été une erreur qui doit être corrigée. Toutefois, la fin de la zone euro devrait se produire à la suite de renégociations entre les membres de la zone euro, dans le cadre d’une dissolution ordonnée de la monnaie unique. Cette recherche permanente du consensus dans l’alternative rappelle la célèbre maxime de Lénine : « Si j’ordonne à des Allemands de prendre une gare, ils commenceront par acheter des tickets de train ».

Tant que les mouvements eurosceptiques en Europe restent fragmentés, les chances qu’il y ait une opposition significative à la politique européenne sont proches de zéro.

Comme toutes les monnaies, l’euro finira par disparaître, peut-être à cause de ses défauts de conception. Mais on peut penser que l’opposition politique à la monnaie unique ne contribuera guère à sa chute.


Article originel publié le 04 juin 2013 sur 24hgold.com.