Turquie : une hirondelle ne fait pas le printemps

Erdogan ne veut pas renoncer à la dictature islamique. Y sera-t-il contraint ?

Erdogan ne veut pas renoncer à la dictature islamique. Y sera-t-il contraint ?

Un article de l’aleps.

Il y a peu de ressemblance entre les événements dramatiques qui agitent la Turquie et les fameux « printemps arabes » qui ont tourné à la dictature islamique. Certes, dans les deux cas, c’est une pétition de démocratie qui a légitimé les manifestations et les Occidentaux sont tombés dans le panneau en applaudissant à la chute de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi. Mais derrière le masque de la démocratie s’est imposée la dictature de la charia. En Turquie, c’est contre la dictature islamique et contre la mise en place progressive de la charia que des milliers de manifestants se sont mobilisés.

Qui sont-ils ? Le gros de la troupe est certainement composé de jeunes du CHP, le parti qui se réclame d’Ataturk, le père de la Turquie laïque et moderne, mais peu démocratique et soumise au pouvoir d’une armée puissante. Mais il y a aussi de jeunes libéraux, en double rupture et avec la tradition dictatoriale d’Ataturk et avec l’islamisation galopante du pays. Il y a encore des syndicats plutôt marxistes, opposants de toujours au pouvoir d’Istanbul.

Face aux manifestants, le Premier ministre Recep Erdogan. Au pouvoir depuis 2002, il avait au début de son mandat rendu crédible un Islam conservateur mais démocratique, se voulant modéré et moderne. Il avait réalisé des réformes économiques et sociales pour accélérer l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Mais les gouvernements européens, obnubilés par l’intégration politique, l’ont refusée. Erdogan a alors jeté le pays dans les bras d’un islamisme de plus en plus prégnant. Les femmes ont été voilées, invitées à avoir trois enfants au moins, les interdits religieux se sont multipliés (alcool, contraception). La diplomatie turque s’est infléchie et veut faire passer la reconstitution d’un empire ottoman pour solution aux conflits du Moyen-Orient.

L’opposition à Erdogan se tourne maintenant vers le président Abdullah Gül, l’autre chef du parti AKP, qui n’a pas grand pouvoir mais prend position contre son Premier ministre. Celui-ci n’a aucune intention de laisser la révolution s’installer en Turquie. Qui fera pression sur lui ?


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