Il n’y a pas de situation grave qu’un bon protectionnisme ne saurait empirer

Quand une situation est grave, rien de tel qu'une bonne dose de protectionnisme pour la rendre catastrophique.
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Il n’y a pas de situation grave qu’un bon protectionnisme ne saurait empirer

Publié le 7 juin 2013
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Sapristi, le pédalo France n’avance plus, il recule ! Le dernier calcul du baromètre de l’attractivité de la France de Ernst & Young montre ainsi un recul de 13% des implantations internationales en 2012 (contre une moyenne de 3% sur 44 pays d’Europe) et en termes d’emplois, une baisse de 20%. Il faut dire que le chômage bat de funestes records, que les déficits continuent à se creuser, bref, que la situation n’est pas bonne. Pour les membres du gouvernement, l’heure est grave : que faire ? Heureusement, Arnaud Du Redressement de Montebourg Productif a la solution : un bon protectionnisme bien solide.

Cela faisait quelques jours que l’attention du public ne s’était pas portée sur le minustre en charge de redresser le pays de façon productive avec force moulinets oratoires et vibrantes joutes verbales. L’actualité s’étant malencontreusement déportée de sa personne pour s’attarder sur les sujets d’importance habituelle comme les agressions d’extrémistes par des extrémistes et les propos décousus de l’une ou l’autre starlette improbable de téléréalité, il était couru d’avance que, tôt ou tard, le sémillant quinqua allait tonitruer ou se laisser happer par une quelconque interview et se laisser bercer par un gros micro mou enjôleur.

Arnaud peut donc dire merci au FMI d’avoir balancé quelques évidences épineuses qui lui permettent donc de répondre avec sa verve habituelle, c’est-à-dire avec son talent périplaquiste de surfeur de la néo-économie. En effet, dans son dernier rapport sur la France, le FMI préconise pour la France une plus grande concurrence dans le secteur des services afin d’augmenter sa compétitivité (et, par voie de conséquence, son attractivité qui, on l’a vu, est un chouilla en berne). Pour appuyer son rapport, le FMI prend l’exemple de l’entrée de Free dans le marché de la téléphonie mobile avec les baisses occasionnées et l’amélioration du pouvoir d’achat des Français. On se rappelle d’ailleurs de Montebourg qui admettait il y a un an et demi que Xavier Niel, le patron de Free, avait plus fait pour ce fameux pouvoir d’achat avec cette entrée fracassante que Sarkozy en cinq ans :

Mais interrogé sur l’analyse du FMI, d’ailleurs partagée par l’OCDE et la Commission Européenne, le Montebourg de juin 2013 crache copieusement à la moumoute frisée du Montebourg de janvier 2012 puisqu’il répond en invoquant les « risques de l’augmentation de la concurrence, qui sont parfois destructifs et qui empêchent finalement les entreprises d’investir. » Ce n’est pas la première fois. C’est même devenu une habitude et le Montebourg parvient ainsi à conserver ses doigts dans des douzaines de dossiers tout en retournant régulièrement sa veste, ce qui suppose des talents de contorsionniste assez exceptionnels.

montebourg sur Free

Mais à côté de ses palpitantes analyses de la concurrence interne en France, Arnaud nous livre aussi ses profondes pensées sur la concurrence internationale. Et là, comme d’habitude en France, et comme d’habitude avec Arnaud, ça envoie du steak de bœuf cheval bien serré. Mais avant de se cogner de la protéine montebourgeoise en paquets d’une livre, un peu de contexte s’impose.

Comme vous le savez sans doute, l’Union Européenne a décidé que les consommateurs européens ne claquaient pas assez de pognon dans l’achat de panneaux photovoltaïques ; ces derniers, provenant de Chine, sont fabriqués bien moins cher que localement, en France ou en Allemagne. Ces prix chinois peu élevés permettent d’ailleurs assez scandaleusement à des propriétaires — sans le moindre scrupule de classe — d’afficher leur richesse (c’est très con, les panneaux photovoltaïques chinois, mais ça fait cossu) en en faisant monter toute une série sur leur toit afin de générer de l’électricité qu’ils pourront, ces gros fourbes capitalistes, revendre aux anciens monopoles énergétiques dont les factures augmentent actuellement pour compenser, justement, les reversements à ces profiteurs turbolibéraux.

La Commission européenne, voyant que tout ceci était complètement fou (des gens qui tentent de rentabiliser des énergies vertes par nature non rentables, mais où va-t-on ?), voyant que tout ceci permettait à des Chinois de faire du business et de sortir de la pauvreté (on va où ?), voyant que des gens tentent à la fois de faire de l’électricité et de moins polluer (mais franchement, où va le monde ?), cette Commission a donc décidé de faire exploser immédiatement les droits de douane sur ces fichus panneaux du diable. Et toc.

Il faut dire que les instances politiques, tant au niveau européen qu’au niveau de chacun des pays, n’ont pas vu venir, malgré leur sagacité légendaire, la montée en qualité des productions chinoises. Et ce sont d’ailleurs les mêmes élites, stupéfiantes de lucidité, qui considèrent toujours aujourd’hui que la production de panneaux photovoltaïques est une industrie d’avenir. Soit. C’est donc avec la même lucidité et la même sagacité qu’ils ont violemment taclé les Chinois.

Immédiatement, et de façon pas du tout prévisible, Pékin a décidé de se donner la possibilité d’augmenter sauvagement les taxes sur les vins européens. Malin, la France, principale maître d’oeuvre dans l’augmentation des taxes sur les panneaux solaires, est aussi le principal exportateur de vin vers la Chine. Et si la filière des panneaux emploie quelques milliers de personnes (peut-être une ou deux), celles des vins en compte des centaines de milliers, ce qui rend tout de suite l’affaire plus croustillante.

ProtectionnismeC’est dans ce contexte que notre Arnaud national intervient donc. Ayant déjà habilement fusillé un nombre assez consternant de dossiers et de négociations délicates par l’ouverture intempestive de sa grande jatte, il n’y a donc plus qu’à attendre pour le feu d’artifice sino-français. Mais déjà, dans une interview accordée il y a quelques jours, on sent frémir le coucou : pour lui, les frontières européennes sont ouvertes aux Chinois à plus de 99%, fermer un petit bout par-ci par-là ne peut pas faire de mal.

Pour Montebourg, et, du reste, comme pour une assez longue liste d’élus tous aussi dogmatiques et populistes les uns que les autres, c’est entendu : le libre-échange, c’est vraiment trop dangereux. Peu importe qu’il ait été prouvé depuis bien longtemps que même dans le cas ultra-défavorable où nous ouvririons 100% de nos frontières et les Chinois, eux, fermeraient 100% des leurs, le commerce nous serait profitable. Peu importe que l’engouement des Français pour les panneaux solaires chinois provient du fait que nos propres panneaux sont produits avec le boulet du prix local du travail, de cotisations sociales ahurissantes et de règlementations tatillonnes et coûteuses. Peu importe que cet engouement soit, du reste, propulsé par des foultitudes de subventions diverses tant à la production qu’à la consommation et une doxa écologiste mal digérée. Peu importe : il va falloir s’y résoudre, les prix des panneaux monteront en flèche.

Le consommateur européen achètera ses panneaux nettement plus cher… Ou plus du tout. L’industrie correspondante, déjà mourante, va définitivement claboter (le toucher montebourg, c’est une vraie calamité). Et pour faire bonne mesure, les viticulteurs en prendront aussi pour leur grade, dans l’autre sens, en n’arrivant plus à écouler leur production chez d’anciens bons clients.

Pas de doute : quand une situation est grave, rien de tel qu’une bonne dose de protectionnisme pour la rendre catastrophique.
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  • « Le dernier calcul du baromètre de l’attractivité de la France de Ernst & Young montre ainsi un recul de 13% des implantations internationales en 2012 »

    Les investisseurs étrangers boudent la Flance :

    http://www.youtube.com/watch?v=FaVjy2ckxTg

    « Pékin a décidé de se donner la possibilité d’augmenter sauvagement les taxes sur les vins européens. »

    Oui, les Chinois sont violemment excités.
    C’est dommage car chaque subventions chinoise sur un panneau solaire, donc payée par les contribuables chinois, est ça en moins à payer pour le consommateur européen alors que chaque taxe sur un produit chinois est sévèrement sortie de la poche du consommateur européen et pas de celle du Chinois… mais le jour où les Montebourg-like et autres Flançais comprendront ça n’est pas prêt d’arriver..
    Punition directe :

  • Ne me tuez pas, svp.
    7 juin 2013 at 16 h 04 min

    Le prix des panneaux solaires Chinois sont anormalement bas à cause d’une aide de l’État sur ces derniers, il y a donc une concurrence désavantageuse de la part des Chinois… Qui est exactement la même sur les vins français qui reçoivent une aide de l’État.

    Faute de l’État à ma droite. Faute de l’État à ma gauche. Balle au centre.

    • Faux. Les panneaux chinois sont bas parce que les chinois, qui désormais maîtrisent cette technologie, ont des coûts de main d’oeuvre moins élevés. D’autre part, taxer les panneaux chinois ne permettra pas à l’industrie photovoltaïque européenne de regarnir son carnet de commandes pour la simple et bonne raison que l’investissement dans le photovoltaïque n’est pas rentable sans les aides de l’Etat. Or, ces dernières années, celui-ci a rogné toutes ses aides si bien que la filière est en déliquescence. Seuls les investissements avec des panneaux photovoltaïques chinois étaient encore à peu près rentables mais avec cette taxe, ce ne sera plus le cas. La société pour laquelle je travaille réalise des investissements dans le photovoltaïque et désormais on va tout arrêter car ceux-ci compte tenu des tarifs actuels ne sont pas rentables avec des panneaux européens (trop chers). Moralité : on n’aide pas la filière photovoltaïque européenne et on pénalise d’autres secteurs (vin, auto et autres) qui vont subir des mesures de rétorsion de la chine! C’est du perdant-perdant!

  • Panneaux photovoltaïques: les français sont victimes des médias et des politiques mais surtout de leur propre ignorance en matière économique. La marché photovoltaïque était surtout un marché « fiscal » c’est-à dire qu’aucun investissement n’aurait été fait dans ce secteur sans les multiples aides de l’Etat, faute de rentabilité intrinsèque (tarif fortement subventionné, mécanisme d’amortissement accéléré etc). Ces aides ont considérablement diminué mettant à genou toute une industrie qui a prospéré, disons le franchement, sur le dos du contribuable. Aujourd’hui, les panneaux européens sont trop chers pour que leur achat soit rentable si bien que personne ne les achète (sauf aide externe), les constructeurs européens se sont d’ailleurs tournés vers l’étranger pour diminuer eux aussi leur coût de production qui reste, pour l’heure, encore trop élevé. Renchérir les panneaux chinois pour les mettre au niveau des panneaux européens n’entraînera pas plus d’investissements! Or, un investissement photovoltaïque, même avec du panneau chinois moins cher, c’est du travail aussi pour des gens qui ne fabriquent pas directement de panneaux (génie civile, études etc). Pour le coup, cette taxe n’améliore pas la situation des constructeurs européens de panneaux et va détériorer celle d’entreprises produisant dans d’autres secteurs du fait des mesures de rétorsion de la Chine!

  • Pas si sur pour le vin. Le chinois qui achete du vin, du bon, est plein de thunes. Acheter du vin avec un prix bien taxé ne va pas le freiné. Les chinois veulent aussi vendrent leur piquette, d’où les taxes. Les panneaux solaires, on est tous d’accord pour dire que c’est encore une arnaque. Ceci dit en Afrique cela peut être rentable. Le fonctionnaire Français y trouve son compte en France…privilèges ! De toute façon Montbourg est une cata, ça c’est une certitude. C’est quoi ce nom ? Origine de la noblesse, sang bleu et compagnie ?

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