Il n’y a pas de situation grave qu’un bon protectionnisme ne saurait empirer

Quand une situation est grave, rien de tel qu’une bonne dose de protectionnisme pour la rendre catastrophique.

Sapristi, le pédalo France n’avance plus, il recule ! Le dernier calcul du baromètre de l’attractivité de la France de Ernst & Young montre ainsi un recul de 13% des implantations internationales en 2012 (contre une moyenne de 3% sur 44 pays d’Europe) et en termes d’emplois, une baisse de 20%. Il faut dire que le chômage bat de funestes records, que les déficits continuent à se creuser, bref, que la situation n’est pas bonne. Pour les membres du gouvernement, l’heure est grave : que faire ? Heureusement, Arnaud Du Redressement de Montebourg Productif a la solution : un bon protectionnisme bien solide.

Cela faisait quelques jours que l’attention du public ne s’était pas portée sur le minustre en charge de redresser le pays de façon productive avec force moulinets oratoires et vibrantes joutes verbales. L’actualité s’étant malencontreusement déportée de sa personne pour s’attarder sur les sujets d’importance habituelle comme les agressions d’extrémistes par des extrémistes et les propos décousus de l’une ou l’autre starlette improbable de téléréalité, il était couru d’avance que, tôt ou tard, le sémillant quinqua allait tonitruer ou se laisser happer par une quelconque interview et se laisser bercer par un gros micro mou enjôleur.

Arnaud peut donc dire merci au FMI d’avoir balancé quelques évidences épineuses qui lui permettent donc de répondre avec sa verve habituelle, c’est-à-dire avec son talent périplaquiste de surfeur de la néo-économie. En effet, dans son dernier rapport sur la France, le FMI préconise pour la France une plus grande concurrence dans le secteur des services afin d’augmenter sa compétitivité (et, par voie de conséquence, son attractivité qui, on l’a vu, est un chouilla en berne). Pour appuyer son rapport, le FMI prend l’exemple de l’entrée de Free dans le marché de la téléphonie mobile avec les baisses occasionnées et l’amélioration du pouvoir d’achat des Français. On se rappelle d’ailleurs de Montebourg qui admettait il y a un an et demi que Xavier Niel, le patron de Free, avait plus fait pour ce fameux pouvoir d’achat avec cette entrée fracassante que Sarkozy en cinq ans :

Mais interrogé sur l’analyse du FMI, d’ailleurs partagée par l’OCDE et la Commission Européenne, le Montebourg de juin 2013 crache copieusement à la moumoute frisée du Montebourg de janvier 2012 puisqu’il répond en invoquant les « risques de l’augmentation de la concurrence, qui sont parfois destructifs et qui empêchent finalement les entreprises d’investir. » Ce n’est pas la première fois. C’est même devenu une habitude et le Montebourg parvient ainsi à conserver ses doigts dans des douzaines de dossiers tout en retournant régulièrement sa veste, ce qui suppose des talents de contorsionniste assez exceptionnels.

montebourg sur Free

Mais à côté de ses palpitantes analyses de la concurrence interne en France, Arnaud nous livre aussi ses profondes pensées sur la concurrence internationale. Et là, comme d’habitude en France, et comme d’habitude avec Arnaud, ça envoie du steak de bœuf cheval bien serré. Mais avant de se cogner de la protéine montebourgeoise en paquets d’une livre, un peu de contexte s’impose.

Comme vous le savez sans doute, l’Union Européenne a décidé que les consommateurs européens ne claquaient pas assez de pognon dans l’achat de panneaux photovoltaïques ; ces derniers, provenant de Chine, sont fabriqués bien moins cher que localement, en France ou en Allemagne. Ces prix chinois peu élevés permettent d’ailleurs assez scandaleusement à des propriétaires — sans le moindre scrupule de classe — d’afficher leur richesse (c’est très con, les panneaux photovoltaïques chinois, mais ça fait cossu) en en faisant monter toute une série sur leur toit afin de générer de l’électricité qu’ils pourront, ces gros fourbes capitalistes, revendre aux anciens monopoles énergétiques dont les factures augmentent actuellement pour compenser, justement, les reversements à ces profiteurs turbolibéraux.

La Commission européenne, voyant que tout ceci était complètement fou (des gens qui tentent de rentabiliser des énergies vertes par nature non rentables, mais où va-t-on ?), voyant que tout ceci permettait à des Chinois de faire du business et de sortir de la pauvreté (on va où ?), voyant que des gens tentent à la fois de faire de l’électricité et de moins polluer (mais franchement, où va le monde ?), cette Commission a donc décidé de faire exploser immédiatement les droits de douane sur ces fichus panneaux du diable. Et toc.

Il faut dire que les instances politiques, tant au niveau européen qu’au niveau de chacun des pays, n’ont pas vu venir, malgré leur sagacité légendaire, la montée en qualité des productions chinoises. Et ce sont d’ailleurs les mêmes élites, stupéfiantes de lucidité, qui considèrent toujours aujourd’hui que la production de panneaux photovoltaïques est une industrie d’avenir. Soit. C’est donc avec la même lucidité et la même sagacité qu’ils ont violemment taclé les Chinois.

Immédiatement, et de façon pas du tout prévisible, Pékin a décidé de se donner la possibilité d’augmenter sauvagement les taxes sur les vins européens. Malin, la France, principale maître d’oeuvre dans l’augmentation des taxes sur les panneaux solaires, est aussi le principal exportateur de vin vers la Chine. Et si la filière des panneaux emploie quelques milliers de personnes (peut-être une ou deux), celles des vins en compte des centaines de milliers, ce qui rend tout de suite l’affaire plus croustillante.

ProtectionnismeC’est dans ce contexte que notre Arnaud national intervient donc. Ayant déjà habilement fusillé un nombre assez consternant de dossiers et de négociations délicates par l’ouverture intempestive de sa grande jatte, il n’y a donc plus qu’à attendre pour le feu d’artifice sino-français. Mais déjà, dans une interview accordée il y a quelques jours, on sent frémir le coucou : pour lui, les frontières européennes sont ouvertes aux Chinois à plus de 99%, fermer un petit bout par-ci par-là ne peut pas faire de mal.

Pour Montebourg, et, du reste, comme pour une assez longue liste d’élus tous aussi dogmatiques et populistes les uns que les autres, c’est entendu : le libre-échange, c’est vraiment trop dangereux. Peu importe qu’il ait été prouvé depuis bien longtemps que même dans le cas ultra-défavorable où nous ouvririons 100% de nos frontières et les Chinois, eux, fermeraient 100% des leurs, le commerce nous serait profitable. Peu importe que l’engouement des Français pour les panneaux solaires chinois provient du fait que nos propres panneaux sont produits avec le boulet du prix local du travail, de cotisations sociales ahurissantes et de règlementations tatillonnes et coûteuses. Peu importe que cet engouement soit, du reste, propulsé par des foultitudes de subventions diverses tant à la production qu’à la consommation et une doxa écologiste mal digérée. Peu importe : il va falloir s’y résoudre, les prix des panneaux monteront en flèche.

Le consommateur européen achètera ses panneaux nettement plus cher… Ou plus du tout. L’industrie correspondante, déjà mourante, va définitivement claboter (le toucher montebourg, c’est une vraie calamité). Et pour faire bonne mesure, les viticulteurs en prendront aussi pour leur grade, dans l’autre sens, en n’arrivant plus à écouler leur production chez d’anciens bons clients.

Pas de doute : quand une situation est grave, rien de tel qu’une bonne dose de protectionnisme pour la rendre catastrophique.
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