Istanbul : en direct des manifestations

De violentes manifestations contre le gouvernement turc ont lieu à Istanbul. Ekin Can Genç, du Mouvement 3H (libéral), relate les évènements pour Contrepoints.

De violentes manifestations contre le gouvernement turc ont lieu à Istanbul. Ekin Can Genç, du Mouvement 3H (libéral), relate les événements pour Contrepoints.

De violentes manifestations contre le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ont lieu à Istanbul, la plus grande ville de Turquie, le samedi 1er juin 2013 et se propagent à d’autres villes, dont la capitale, Ankara, alors que des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues lors d’une deuxième journée de troubles civils et ont affronté les gaz lacrymogènes et les canons à eau de la police.

En fin de journée, la police s’est retirée de la place Taksim, l’épicentre des événements, ce qui a permis aux manifestants de se réunir sans entrave à l’endroit même ou s’étaient formées les manifestations la semaine dernière, suite aux plans gouvernementaux de transformer ce parc au cœur de la ville en réplique de casernes ottomanes et en centre commercial.

Le départ de la police, qui avait été largement critiquée pour ses tactiques violentes vendredi, a déclenché des scènes de liesse et de vandalisme, certains manifestants buvant et faisant la fête alors que d’autres détruisaient des véhicules de police et des bulldozers.

Alors que ces manifestations avaient débuté contre la destruction du parc Gezi, de nombreux manifestants les utilisent pour communiquer leur frustration envers les 10 années du gouvernement Erdogan, accusé d’autoritarisme.

Ekin Can Genç, responsable des relations internationales du Mouvement 3H, un mouvement turc luttant pour les libertés civiles, sociales et économiques, l’état de Droit et la tolérance, est le témoin privilégié de ces manifestations et a accepté de relater les événements pour Contrepoints.

 

Dimanche 2 juin, 13h49

Ekin Can Genç : « La place Taksim se remplit à nouveau de manifestants. Le Premier ministre Erdogan vient de qualifier les manifestants de « vagabonds »’ dans un discours télévisé, en relativisant leur nombre. »

 

Dimanche 2 juin, 11h44

Ekin Can Genç : « Pour l’instant, tout est calme. Les manifestants envisagent de retourner au parc Gezi. Les fortes pluies de la matinée ont affecté l’événement. Erdoğan a vu que son pouvoir pouvait être contesté dans la rue. »

 

Pas de « Printemps turc »

Dimanche 2 juin, 01h13

Ekin Can Genç : « La Turquie reste « dans une certaine mesure » une démocratie donc je ne pense pas que ces manifestations vont se transformer en Printemps turc. C’est juste un mouvement d’indignation contre le gouvernement et il est probable que des concessions vont être faites. »

 

Dimanche 2 juin, 01h09

Ekin Can Genç : « Cette page Facebook est considérée par beaucoup comme étant la page de référence des manifestations : https://www.facebook.com/geziparkidirenisi »

 

Dimanche 2 juin, 01h09

Ekin Can Genç : « Cette vidéo témoigne bien de la réalité sur le terrain : http://vimeo.com/67432788 »

 

Dimanche 2 juin, 01h04

Ekin Can Genç : « L’avenue Istiklal est jonchée de bouteilles de bière. Des vendeurs ont commencé à vendre des bières dans les rues, ce qui est une première. Sans doute à cause du gouvernement qui veut règlementer la vente d’alcool. En un sens, cela ressemble à une Kulturkampf : les conservateurs culturels contre les libéraux culturels. Cependant, certaines personnes culturellement conservatrices sont du côté des manifestants simplement parce qu’elles sont en faveur des libertés politiques ; et il va sans dire que toutes les personnes culturellement libérales ne sont pas politiquement et  économiquement libérales, comme on peut le voir au sein de CHP, le principal parti d’opposition. »

 

Dimanche 2 juin, 01h02

Ekin Can Genç : « Il règne une ambiance post-apocalyptique sur la place Taksim. Les gens dansent, mais c’est un peu le chaos. J’ai vu des gens qui tentent de bloquer les routes menant à la place Taksim afin d’empêcher à la police d’y accéder. La lutte a maintenant lieu dans le quartier de Beşiktaş, plus au nord. Pour la première fois, des drapeaux du parti pro-kurdes BDP et du parti kémaliste-socialiste CHP ont été vus côte-à-côte sur la place. Le parti CHP a officiellement annulé sa participation aux manifestations. »

« Le président de la République a mis en garde la police contre l’usage excessif de la force ; le gouverneur d’Istanbul a reconnu que les autorités avaient fait des erreurs dans la gestion de cette crise. »

 

Les cliniques privées, écoles privées, taxis et restaurateurs assistent les manifestants

Dimanche 2 juin, 01h02

Ekin Can Genç : « D’un point de vue libéral, ces manifestations sont intéressantes car elles s’organisent spontanément. Les manifestants utilisent les réseaux sociaux pour s’informer des meilleures manières de lutter contre les gaz lacrymogènes. Presque tous ont de l’eau et des tablettes Talcid, du citron et du lait. Il y a des mises à jour constantes pour informer sur la localisation des forces de police et comment leur faire face. Beaucoup de personnes ont fabriqué des masques anti-gaz lacrymogène artisanaux à partir de bouteille en plastique. L’université publique UIT n’a pas ouvert ses portes aux blessés alors que les écoles privées Bilgi et Bahçeşehir l’ont fait. »

« Le gouvernement, ayant le monopole des transports publics, a annulé la circulation sur toutes les lignes alors que certains chauffeurs de taxi offraient des courses gratuites aux manifestants. Des médecins des hôpitaux privés de la région se sont rendus sur la place pour porter bénévolement les premier secours aux manifestants. Des hôpitaux privés tels que Italyan Hastanesi ont annoncé qu’ils vont gratuitement soigner les manifestants blessés. Beaucoup de restaurants ont déjà annoncé qu’ils fourniraient gratuitement de la nourriture aux personnes sur place. Ils ont également donné les codes d’accès de leur réseau wifi aux manifestants pour que ceux-ci puissent accéder à Internet, alors même que le gouvernement a bloqué les réseaux téléphoniques et les connexions 3G. J’ai vu aujourd’hui des bus publics transporter, non des usagers, mais bien des forces de police. L’État utilise sa situation de monopole pour contrecarrer les efforts des manifestants. »