Retraite : le taureau par les cornes

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Combien de temps va-t-on encore pouvoir cacher au peuple que la retraite par répartition est vouée à leur sauter à la figure ?

Combien de temps va-t-on encore pouvoir cacher au peuple que la retraite par répartition est vouée à leur sauter à la figure ?

Par Philippe Robert.

Deux ans. La Commission européenne vient généreusement d’octroyer, sur sa demande, un sursis de deux années au gouvernement français pour revenir sous les fameux 3% de déficit budgétaire maximum exigés par le traité de Maastricht. Une action d’éclat d’ailleurs revendiquée par Bercy comme une victoire (à la Pyrrhus) de Paris sur la redoutable adversité germano-bruxelloise !

Car si l’UE a consenti à gratifier la France, pays fondateur d’une Europe qui semble bien avoir perdu ses repères authentiques, d’un sursis bienvenu tant il s’est avéré en définitive que la tâche relevait de l’impossible dans l’état actuel des œillères de l’État socialiste, c’est en échange de la promesse d’engager enfin les réformes structurelles dont l’absence prolongée a fait perdre son rang à notre pays.

Parmi ces réformes perpétuellement différées chez nous, il en est une, maintes fois rafistolée à la marge, qu’il n’est plus possible de remettre à plus tard sans exposer en permanence les Français au supplice d’un nouvel arbitrage rendu encore plus douloureux, et pour cause, que le précédent : il nous faudrait donc songer sans plus attendre à entrer de plain-pied dans l’ère magique de la capitalisation.

En effet, combien de temps va-t-on encore pouvoir cacher au peuple que la retraite par répartition est vouée, à terme, à leur sauter à la figure ? Est-il vraiment du ressort de l’État de forcer les citoyens à ne compter que sur lui pour adoucir leur fin de vie ? Car à l’inverse de ce que veut faire croire l’idéologie en vogue en France, les Français du XXIème siècle ne sont pas des incapables majeurs !

Dans cette optique, voici les raisons qui ont conduit José Piñera, jeune ministre chilien du Travail (1978-1980), à engager une transition du système de retraites par répartition vers un système par capitalisation. C’est d’ailleurs lui-même [1] qui nous en livre le secret en termes simples et donc facilement accessibles à tous ceux qui veulent se faire une idée exacte de l’action de son action pleinement réussie. Extraits :

Notre décision de fonder un nouveau système de retraite sur la liberté individuelle signifia un bouleversement de la politique sociale au Chili (…) La concurrence liquiderait les monopoles étatiques inefficaces de l’ancien système. L’évolution du système serait déterminée, non par les idées de répartition bureaucratiques des fonctionnaires, mais par le choix des travailleurs chiliens.

Par ces simples mots, José Piñera nous donne d’emblée une formidable leçon de confiance dans la liberté appliquée à un aspect fondamental de l’existence des hommes à l’issue de leur vie professionnelle : s’assurer une retraite décente constituée au fil des années grâce à une épargne régulière portant intérêts et défiscalisée jusqu’à un certain niveau. À ce jour, 97% des Chiliens ont durablement choisi le système de retraite par capitalisation.

Le régime de capitalisation est le seul système où les bénéfices sont liés aux sacrifices que le travailleur fait au cours de sa carrière. Celui qui travaille plus longtemps obtient une pension de retraite plus élevée (…) Ce système est le seul à même de proposer aux individus la responsabilité et l’incitation sans lesquelles il n’y a ni société civile, ni un système économique viables.

De plus, le passage à la capitalisation entrepris par M. Piñera présente l’avantage incomparable de faire que « la charge qui pèse sur le travail est supprimée, puisque les coûts de financement des autres prestations sociales incombent à l’État ; c’est ainsi que l’on a fixé la contribution minimale à 10 pour cent des revenus salariaux ; ces contributions sont déductibles fiscalement jusqu’à un certain niveau. »

Mais qu’en est-il donc dans la France de 2013 plus que jamais aux ordres d’un cadavre selon la définition magistrale qu’en a donné Maurice Druon (de l’Académie française) ? En 2008, dans le droit fil de la remarquable performance de José Piñera, Jacques Garello et Georges Lane ont publié une étude très approfondie sur la question de plus en plus lancinante des retraites : Futur des retraites & retraites du futur en trois tomes [2].

Bannissant définitivement le système par répartition qui, finalement, comme l’a démontré José Piñera, est un système contre nature qui prive l’homme de sa liberté fondamentale d’exercer des choix, ce travail de salubrité publique réalisé par des esprits libéraux de haut niveau représente une somme dans laquelle, aujourd’hui plus que jamais, tout politique honnête devrait avoir à cœur de se plonger.

Néanmoins, sans vouloir paraître inutilement pessimiste et la France de 2013 affichant 57% du PIB de dépenses publiques, un chômage galopant à quelque 11% de la population active et une économie virant à l’écarlate, nul ne devrait alors s’étonner que Berlin, via M. Barosso, nous fasse aujourd’hui commandement de rectifier de toute urgence le tir. Pour ma part, je m’y serais déjà collé avec les dents dès le 6 mai 2012…


Notes :

  1. José Piñera, Le taureau par les cornes – Comment résoudre la crise des retraites, éditions Charles Coquelin & le Stockholm Network, 2008.
  2. Tome I, Le futur de la répartition ; tome II, Les retraites du futur : la capitalisation ; tome III, La transition (IREF – Contribuables associés éditeurs, 2008).