La révélation de la double mastectomie d’Angelina Jolie est-elle vraiment un message d’espoir pour les femmes ?

Dans une tribune du New York Times, l’actrice se présente en femme forte qui a réussi à prendre le pouvoir sur son propre corps en se mutilant.

Dans une tribune du New York Times, l’actrice se présente en femme forte qui a réussi à prendre le pouvoir sur son propre corps en se mutilant.

Par Laurett.

Le 14 mai dernier, Angelina Jolie publiait dans le New York Times une tribune choc dans laquelle elle révèle avoir volontairement subit une double mastectomie alors qu’elle ne souffre d’aucun cancer. Selon l’actrice de 37 ans, cette décision se fonde sur le fait qu’elle est porteuse d’une mutation du gène BRCA-1.

Mes médecins estimaient que j’avais 87% de risques de développer un cancer du sein et 50% de risques de développer un cancer ovarien, même si chaque femme est différente.

Peu importe que l’idée qui veut que les gènes s’expriment quoi qu’il arrive soit une duperie. Peu importe que plusieurs millions de femmes porteuses de ce gène n’ont jamais développé de cancer. Peu importe que la prévalence de cette mutation est de moins de 4% chez les femmes ayant développé un cancer du sein. Peu importent tous les autres facteurs de risques responsables de l’apparition du cancer.

Comme beaucoup de femmes qui se sont vu asséner ce genre de statistiques terrifiantes, Angelina s’est laissé convaincre que le meilleur moyen de ne pas développer le cancer tant redouté était de jeter sa poitrine à la poubelle et, à la lecture de la tribune, on ne peut s’empêcher de se dire que ses ovaires vont bientôt suivre le même chemin.

Quand j’ai su quelle était ma situation, j’ai décidé de prendre les devants et de réduire les risques autant que possible. J’ai décidé de subir une double mastectomie préventive. (…) J’ai commencé par les seins, le risque de cancer du sein étant plus élevé que le risque de cancer des ovaires, et l’opération est plus complexe.

L’actrice détaille trois mois de procédures médicales qu’elle a su garder pour elle, mais sort de son silence aujourd’hui pour se présenter en femme forte qui a réussi à prendre le pouvoir sur son propre corps en se mutilant et invite toutes les femmes à la suivre sur ce chemin délirant, en les encourageant à se faire dépister.

Mais se mutiler, est-ce vraiment prendre le pouvoir sur son corps ?

Le cas d’Angelina Jolie n’est pas un cas isolé : le mannequin Samantha Day, les actrices Christina Applegate, Giuliana Rancic et Kathy Bates ont révélé ces dernières années avoir subi une double mastectomie en prévention d’un cancer ou d’une récidive. En France on estime que 5% des femmes dépistées décident d’avoir recours à une double mastectomie prophylactique et aux Pays-Bas ce chiffre monte à 40%. La médiatisation de cette pratique tend à convaincre de plus en plus de Françaises de sauter le pas, même si elles ne sont pas porteuses d’une mutation du gène.

Nous assistons à une glorification de la maltraitance médicale de la femme.

Partout dans la presse, Angelina Jolie est louée pour son courage. Dans un article du Business Week, Rebecca Nagy, une conseillère en génétique qui travaille souvent avec des femmes ayant une mutation des gènes BRCA-1 ou BRCA-2 va même jusqu’à dire que « ce qu’elle a fait est merveilleux ».

Mais subir l’ablation d’une partie de son corps alors qu’elle est parfaitement saine, est-ce vraiment « merveilleux » ? N’est-ce pas plutôt complètement irrationnel ? Le chirurgien qui pratique cet acte se conforme-t-il vraiment au serment d’Hippocrate ?

L’ablation d’un sein n’est pas un geste anodin. Elle laisse des séquelles irréversibles. Selon le cancérologue L. Schwartz c’est une « chirurgie de guerre« , extrêmement délabrante. Les patientes perdent leur sensibilité mammaire, quasiment toutes les terminaisons nerveuses étant retirées. Et si l’ablation réduit le risque de cancer, elle ne l’éradique pas complètement, il subsiste 5% de risques de développer un cancer du sein en ayant subi une double mastectomie.

Est-ce que ça vaut vraiment le coup de subir tout cela juste « au cas où » suite à un simple dépistage de facteurs de risque ? Saviez-vous que dans les trois quarts des cas de dépistage du cancer du sein on ne découvre pas de cancer après une opération faite à cause d’une mammographie suspecte ? Le dépistage systématique ne fait-il pas plus de tort que de bien ?