Dailymotion – Yahoo! : une décision politique absurde

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Avec le blocage de la fusion Yahoo! – Dailymotion, le gouvernement français vient d’empêcher la création d’un géant français du numérique.

Avec le blocage de la fusion Yahoo! – Dailymotion, le gouvernement français vient d’empêcher la création d’un géant français du numérique.

Par Vladimir Vodarevski.

Avec le blocage de la fusion Yahoo! – Dailymotion, le gouvernement français vient d’empêcher la création d’un géant français du numérique. Un géant mondial des contenus, qui aurait été basé en France. La situation semble absurde. Et pourtant c’est le cas. Et la décision est largement partagée par le personnel politique, comme Henri Guaino par exemple. Cette société qui aurait pu devenir un géant, c’est Dailymotion, bien sûr, dans lequel Yahoo voulait prendre une participation majoritaire. Cet épisode de la vie économique illustre l’aberration d’un nationalisme mal placé.

Dailymotion a pour concurrent Youtube, propriété du géant Google. Google permet une présence mondiale, et des économies d’échelle en termes d’infrastructures. Yahoo est une société qui doit rattraper le retard qu’elle a pris sur Google. En particulier dans la vidéo, secteur valorisé par la publicité sur le web. Yahoo a les moyens de se développer dans ce secteur. C’est une société solide, qui a par ailleurs dégagé des moyens en vendant des participations dans des sociétés qu’elle avait accumulées au fil du temps. Yahoo est un acteur mondial. Il a les moyens de développer Dailymotion.

Dailymotion aurait donc pu être le fer de lance du développement de Yahoo dans la vidéo, poussé par le géant américain, en particulier aux États-Unis. Dailymotion est une société française, dont l’intérêt pour Yahoo est la marque, mais surtout le savoir-faire. On ne délocalise pas comme ça le savoir-faire. C’est dangereux. La France serait donc restée la base de Dailymotion. La société se serait développée à l’étranger, bien sûr. Les États-Unis doivent devenir un centre important pour elle, qu’elle soit rachetée ou non, car c’est là le plus grand marché. Mais ce développement international aurait profité à la France. Qui sait, notre pays serait peut-être devenu une base de Yahoo, moyennant quelques changements dans sa fiscalité bien sûr.

On peut évidemment penser que Yahoo est dépassé, et que ce n’est pas le bon partenaire pour Dailymotion. Je peux me tromper en décrivant l’alliance avec Yahoo comme une opportunité de développement. Ce serait une critique justifiée à ce projet. Mais ce n’est pas cette critique qui a été développée. Le projet industriel n’a pas été évoqué. C’est simplement le rachat d’une entreprise française par des Américains qui a été présenté comme néfaste. Alors même qu’apparemment, Orange gardait une participation. Ce n’était pas une fusion. Ceci est vraiment absurde.

Nos politiciens prétendent favoriser les projets industriels, le développement du pays. Il y avait là un projet. Il y avait même là une chance pour la diffusion du contenu francophone. La nationalité d’une société, ce n’est pas celle de ses capitaux. Combien de grands groupes français sont-ils majoritairement détenus ou contrôlés par des capitaux français ? Qu’est-ce qui détermine la nationalité d’un investisseur d’ailleurs, quand c’est une société de fonds qui a des filiales partout dans le monde, comme Colony par exemple ?

D’autre part, les capitaux vont là où il y a des opportunités. Peugeot investit massivement des capitaux français en Chine, car c’est là que se joue sa survie. Le Royaume Uni n’a plus de constructeurs automobiles et pourtant sa production se développe, grâce à des capitaux étrangers. Yahoo voulait investir en France, sur un marché en développement. Imagine-t-on l’effet d’entraînement que cela aurait pu avoir ?

Nos politiciens connaissent-ils si mal l’économie ? En fait, comme l’explique l’École du Choix Public, ils n’agissent pas dans l’intérêt collectif, mais dans leur propre intérêt. Il est facile de se donner l’image de défenseur d’une entreprise française face aux méchants américains qui veulent piller notre pays. À court terme, électoralement, ça rapporte. Après, on trouvera autre chose. Et ainsi de suite. Alors même que par ailleurs la politique économique et fiscale handicape les start-up française.


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