Mariage pour tous : mariage d’État ou mariage privé ?

Mariage (CC, marysecasol.com)

Définitivement adopté hier à l’Assemblée nationale, le « mariage pour tous » n’a aucune utilité juridique ou patrimoniale. L’État devrait cesser de s’occuper du mariage qui est une affaire privée.

Définitivement adopté hier, mardi 23 avril, à l’Assemblée nationale, le « mariage pour tous » ne présente aucune utilité juridique, patrimoniale ou autre. Ce qu’un libéral devrait demander, c’est que l’État cesse de s’occuper du mariage qui est une affaire privée.

Par Daniel Benbassat.

Mariage (CC, marysecasol.com)

Rappel : souvent détourné de sa vraie signification, libéral veut dire favorable aux libertés individuelles civiques, politiques, économiques.

Un avis libéral sur le mariage pour tous

Fatigué par toute cette exubérante polémique autour du mariage pour tous ou seulement pour les couples hétérosexuels, je souhaitais revenir aux fondamentaux du mariage.

Qu’est-ce que le mariage et à quoi sert-il ?

Sans être un anthropologue chevronné, je pense pouvoir dire que dans la plupart des civilisations, c’est un contrat temporaire ou définitif entre un homme et une femme, dans le but de faire des enfants, de les élever et de faire en sorte qu’ils arrivent à l’âge adulte dans les meilleurs dispositions physiques et mentales.

Vu sous un angle darwiniste génétique, on peut dire que c’est le meilleur moyen pour les deux partenaires de faire subsister une bonne partie de leurs gènes. Comme cela existe aussi chez les mammifères, les enfants élevés par leurs propres parents sont mieux soignés et ont une espérance de vie supérieure.

Donc une vision libérale immédiate est de dire : cette solution est celle qui est privilégiée par la nature, c’est la meilleure, donc il n’y a aucun impératif de l’imposer à la société.

Pour un libéral, le point important, c’est le contrat entre deux (ou plusieurs !) personnes, qui ne nécessite aucunement d’être validé et encore moins interdit par l’État.

Ce qu’un libéral devrait demander, c’est que l’État cesse de s’occuper du mariage qui est une affaire privée. Chacun devrait pouvoir s’unir avec qui il veut, selon ses propres modalités, qu’elles soient civiles ou religieuses, tant que les partenaires sont majeurs et  consentants.

Quel impact sur les enfants ?

Cependant, il ne faut pas oublier les enfants. Ceux-ci, en tant que mineurs, doivent être protégés contre des modèles de famille qui les mettraient en difficulté dans leur éducation et dans leur vie.

C’est pourquoi, même pour un libéral, il faudrait sans doute interdire l’adoption d’enfants aux familles non composés d’un homme et d’une femme tous deux majeurs. En effet, jusqu’à présent les études sur cet aspect sont plutôt rares et souvent partiales, mais celle du professeur Regnerus, sociologue américain, effectuée sur plusieurs milliers de familles, semble montrer qu’il y a bien un effet négatif sur les enfants.

Même si le principe de précaution est appliqué de manière exagérée dans beaucoup de cas, quand il s’agit d’enfants, il faudrait quand même y réfléchir à deux fois, et attendre de nouvelles études plus complètes, qu’elles confirment ou infirment cet effet.

Pourquoi l’État se mêle-t-il de marier les gens ?

Avant la révolution française, le mariage civil n’existait pas et tout le monde était obligé de se marier à l’Église. Mais dans les sociétés antérieures, et même au Moyen-Âge, le mariage était un contrat privé d’ordre familial ou clanique où l’église catholique n’avait pas grand-chose à dire.

D’ailleurs, en Asie et en Afrique, beaucoup de mariages sont encore arrangés par les familles et leur souci est bien plus patrimonial que romantique.

Pour affaiblir le pouvoir de l’Église, les révolutionnaires ont transféré ce pouvoir de marier les gens, de l’Église vers la mairie, et c’est ce dernier qui devient obligatoire (loi du 20 septembre 1792).

Par la suite, le code Napoléon conserve cet aspect civil du mariage, tout en restreignant le droit des femmes.

Ce que l’on peut conclure de cela, c’est que le mariage civil n’a aucune utilité juridique, patrimoniale ou autre, et que c’est une tentative d’affaiblir l’Église catholique pendant la révolution française qui s’est transformée en une contrainte inutile de l’État sur les individus et leur liberté de contracter.

La fiscalité du mariage

Bien entendu, du point de vue de l’État qui ne cesse de vouloir tout contrôler et tout gérer, le mariage civil a un objectif, c’est un objectif fiscal et redistributif.

Par exemple, l’État peut décider qu’une politique nataliste s’impose pour différentes raisons :

  • Fournir de la chair à canon à profusion lorsque les tensions s’intensifient avec d’autres États ;
  • Augmenter la population rapidement dans les cas de croissance aiguë, son nombre étant insuffisant pour répondre aux demandes des entreprises ;
  • Faire baisser les salaires en augmentant le chômage structurel (ce qui est fait actuellement par l’immigration et la forte natalité des immigrants).

Dans ce cas, il emploie la fiscalité : diminution de l’impôt pour les couples mariés, quotient familial pour privilégier les familles ayant de nombreux enfants, allocations familiales au nombre d’enfants, coût de l’assurance maladie non proportionnel à la taille de la famille, etc.

Il faut bien comprendre que ceux qui ne rentrent pas dans le modèle choisi vont payer pour tous les autres, car les recettes du budget de l’État ne peuvent être complètement annulées, même avec le recours à un endettement de plus en plus monstrueux.

Vers un « printemps français »

La manif pour tous, en faveur du mariage civil classique, est donc plutôt idéologiquement collectiviste et étatiste, tout comme l’UMP. À ce titre, elle devrait être dédaignée par les libéraux. Toutefois, elle est tout de même une grosse pierre dans le jardin des socialistes. Petit à petit, elle pourrait se transformer en « printemps français », c’est-à-dire en offensive ouvertement anti-gouvernementale.

Même si la libéralisation de la société française n’est pas pour demain, après deux siècles d’étatisme post-révolutionnaire, tout ce qui peut contribuer à s’en rapprocher devrait être favorisé et mériterait d’être soutenu par les libéraux.

Le printemps français peut être un premier pas vers la liberté. Il sera temps de recentrer le débat lorsque la première étape aura été franchie.


Sources :