Attentat de Boston : terrorisme et déni de service

Attentats à Boston le 15 avril 2013

Les attentats terroristes de Boston mettent en lumière que le véritable pouvoir des terroristes est celui que nous leur conférons.

Les attentats terroristes de Boston mettent en lumière que le véritable pouvoir des terroristes est celui que nous leur conférons.

Par Frédéric Prost.

Quelques jours après les attentats qui ont eu lieu durant le marathon de Boston on peut commencer à tirer quelques conclusions quant aux répercussions des actes terroristes dans un monde sur-informé en temps réel. Déjà concernant l’attentat lui même, tout est filmé, enregistré, twitté et commenté avant même qu’un discours officiel ne soit mis en place. Les témoignages bruts arrivent directement dans les médias avant toute mise en forme de l’événement (par les déclarations des responsables politiques et policiers). Le ton émergeant fut celui portant sur les réactions courageuses et désintéressées des citoyens ordinaires.

Au-delà de ces réactions immédiates transparaissent en filigrane les conséquences les plus importantes de ces actions. Bien sûr il y a les personnes directement concernées, tuées ou blessées (ou les proches de ces personnes), cependant, sans vouloir leur manquer de respect ou minimiser leurs souffrances, ce n’est pas là que se situe le principal. En effet, si terrible le bilan soit-il, il n’est pas d’un ordre différent de celui d’un week-end chargé sur les routes. De manière directe les dégâts économiques de ces attentats sont très faibles, voire insignifiants à l’échelle d’un pays comme les USA. Certaines conséquences sont très graves, je pense notamment aux coups portés aux libertés civiles (ce qui est clair depuis les attentats de septembre 2001), mais assez abstraites et pas immédiatement perceptibles. Je voudrais ici porter l’attention sur des implications qui se situent entre ces deux extrêmes. Je pense notamment aux sur-réactions qui conduisent à de véritables équivalents de déni de service.

Le déni de service est une attaque informatique bien connue et contre laquelle il est très difficile de se défendre. Il s’agit d’empêcher un site de fonctionner normalement en le bombardant de requêtes ce qui peut conduire le site visé à s’écrouler sous la charge de travail. Il apparaît qu’actuellement un des « résultats » majeur des attentats est d’effectuer un tel déni de service sur la société en général. Ainsi quelques heures après les explosions un avion de United Airline en partance de Boston pour Chicago a du faire demi-tour : les passagers se sont inquiétés du fait que deux personnes parlaient une langue étrangère (manière élégante de présenter un cas patent de racisme). Les deux personnes ont été fouillées de nouveau avant de pouvoir repartir sur un vol ultérieur. Au-delà de l’aspect humainement choquant de cette anecdote, on voit bien comment la sur-réaction amplifie les actions terroristes. Dans notre société ne tolérant plus le moindre risque, tout est en place pour bloquer le système à moindre frais : il a suffi d’exprimer une crainte pour faire revenir un avion en arrière !

Les réactions aux attentats sont devenues tellement viscérales qu’elles conduisent a une espèce de compétition malsaine de sécurité mal pensée. Il est devenu infiniment plus facile pour des terroristes motivés d’infliger des dégâts économiques hors de proportion de leurs facultés : il suffit quasiment de prendre une bouteille de liquide gélatineux le tout accompagné de quelques photocopies du coran ou des dernières déclarations d’un groupuscule extrémiste et de tenter de les faire passer dans ses bagages à main pour bloquer tout un aéroport pendant une demi-journée. Le risque encouru est faible, et c’est la panique dans les services de sécurité qui travaillera pour le terroriste (en plus à part quelques jours de garde à vue et une amende ce dernier ne risque même pas vraiment sa vie). Concernant les attentats de Boston, un side effect, fut que les autorités ont décidé de couper le réseau de portable, craignant que le dispositif de mise à feu ne soit activé par téléphone. Cela complique encore plus la tâche des secours.

Heureusement les attentats terroristes sont des actes extrêmement rares et isolés. Il n’y a en fait presque pas de terroristes dans la population et leurs impacts sur la vie réelle restent très limités. Ce sont dans les esprits qu’ils font le plus de dégâts et paradoxalement ce sont nos réactions inadaptées qui accroissent leur pouvoir. La meilleure réponse à leur apporter est celle de Saint Louis de Gonzague qui lorsque quelqu’un lui demande alors qu’il était enfant et qu’il jouait « si vous deviez mourir dans 1 heure que feriez vous? » répondit « je continuerais à jouer ».