Qui croit encore à l’austérité ?

Keine Alternative à une austérité sur laquelle François Hollande ne varie pas quand ses ministres prônent la pause. Et elle commence quand ?

Libération en fait sa une : « Rigueur, keine Alternative ? » Effectivement, il n’y a pas d’alternative à la rigueur, à l’austérité, à la réduction des déficits publics. On ne peut pas faire autrement, n’en déplaise aux ministres qui n’hésitent pas à demander un peu de répit. Mais Hollande ne bougera pas d’un poil : l’austérité, c’est la ligne de conduite du Parti Socialiste, la matrice de son action. Qu’il faudrait d’ailleurs affirmer plus clairement. Problème : l’austérité n’est pas là.

Nulle part, même en cherchant bien. Le déficit en 2012 est plus important que prévu, et 2013 avait à peine commencé que Jean-Marc Ayrault annonçait des dérapages. L’austérité est un mot magique ; il suffit de le prononcer du bout des lèvres pour que tous ceux qui dépendent ou bénéficient de près ou de loin des subsides étatiques réclament une pause, une trêve, un répit.

Rien d’étonnant à ce que les ministres s’inquiètent d’avoir un peu moins de milliards à dépenser, même si c’est l’argent des autres. Rien d’étonnant non plus à ce que des journalistes massivement subventionnés dénoncent immédiatement une politique de rigueur au coût social élevé. On ne s’étonnera pas non plus que les syndicats, les intermittents, les jeunes qui espéraient un emploi public à vie après leurs études gratuites que d’autres ont financées, les abonnés à l’État-providence dénoncent l’austérité qui pourrait bien les toucher un jour ou l’autre. Mais les autres, où sont-ils ?

Où sont-ils, les contribuables qui financent directement tout ce beau monde ? Les jeunes, qui auront demain à payer les dettes contractées par les représentants des générations précédentes ? Ceux qui manifestent pour préserver leur modèle de société et l’avenir d’enfants hypothétiquement moins heureux si leurs parents sont de même sexe, que la faillite de la France menace pourtant bien plus fortement que l’ouverture du mariage aux homosexuels ? Les brillants économistes, géographes, philosophes, sociologues qui peuplent les pages people des journaux socialistes de gauche et de droite ?

Ils n’interviennent pas, parce qu’ils ne savent pas vraiment qu’en penser. Après des années d’enseignement d’économie planifiée, centralisée, subventionnée, régulée, contrôlée pris en charge par l’État à l’école et dans les nombreuses tribunes offertes aux politiciens, après des années de désinformation médiatique, les Français n’ont aucune idée de ce que l’austérité signifie à part « moins d’argent versé par l’État ». Ils n’ont aucune idée de la façon dont les choses pourraient fonctionner si l’État ne les avait pas à l’œil de plus ou moins près. Ils ne savent plus ce que liberté et responsabilité veulent dire.

Être responsable, c’est prendre des assurances inutiles et évitez les risques inutiles alors que d’autres auraient payé pour vos bêtises quoi qu’il advienne. Vous prenez des crédits et n’envisagez pas un seul instant que vos revenus pourraient évoluer à la baisse, ou vous prenez tout simplement trop, bien trop de crédits ? Pas grave ! Si vous êtes assez surendetté, tout ira bien. Si vous n’êtes pas capables d’être responsables, vous ne serez pas tenu pour responsable de vos erreurs.

C’est aussi le raisonnement qui se tient au plus haut niveau. L’État est déjà très, très endetté ? Et alors, quelques milliards de plus ou de moins, quand on parle en centaines de milliards, ça ne représente pas grand chose. L’État dépense plus qu’il n’engrange de recettes ? Et alors, ses recettes ont de toute façon été produites par d’autres. L’État augmente les impôts ? Et alors, la moitié la plus pauvre n’en paye pas, et ceux qui ont de l’argent ne sont pas à plaindre. Et puisqu’on leur prend déjà plus de la moitié de leurs revenus, que trouveront-ils à redire si on leur en prend un peu plus ? Au pire, ils partiront, nous pourrons alors les insulter et l’opinion nous suivra. Enfin, pas toute l’opinion, mais presque.

L’ennui, c’est qu’à la fin, quelqu’un paiera. Après avoir cherché des boucs émissaires et de bien pratiques diversions, il faudra bien savoir qui paiera.

If you’re playing a poker game and you look around the table and and can’t tell who the sucker is, it’s you.

Cela ne s’applique pas qu’au poker. Si vous vous demandez qui paiera – vos voisins, vos amis, ou d’illustres inconnus, les mêmes qui paient l’éducation, la santé et tout ce qui est « gratuit » – sachez qu’ils tiennent tous le même raisonnement. Et qu’au final, chacun d’entre vous paiera. L’argent dont l’État a besoin, il le prendra là où il est. Sur vos comptes d’épargne, vos placements en assurance-vie ou vos revenus ; il s’en fiche pas mal, puisque son mode de financement a toujours été et sera toujours de vous priver d’une partie de votre propriété.

Certains mots ont perdu de leur sens aujourd’hui, comme « responsable », « austérité » ou « imprescriptible ». Mais certains sont encore fidèles à la réalité, notamment « inéluctable ». On ne pourra pas l’éviter, il faudra que quelqu’un paie, et ce sera vous. Même la fuite et l’exil fiscal ne sauveront pas tous leurs partisans, qui seront poursuivis par des percepteurs sans frontières qui – mais cela n’a évidemment rien d’inquiétant – sont en cours de formation. La taxation sans frontières est en préparation, aussi bien dans la loi que dans l’opinion. Donc oui, vous paierez.

Chaque seconde qui passe ajoute quelques millions au compteur, qui seront répartis à parts inégales entre les « contributeurs ». S’il y a un sujet dont il faut se préoccuper, une raison de manifester, un combat à mener, c’est celui-là. Qu’attendez-vous ?

Lire aussi :