Affaire Cahuzac : le filon anti-populiste

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Redéfinissons le bien commun en hiérarchisant les priorités : la corruption est plus grave que le populisme.

Redéfinissons le bien commun en hiérarchisant les priorités : la corruption est plus grave que le populisme.

Par Marc Crapez.

Face à l’affaire Cahuzac, François Hollande improvise, promet une inéligibilité à vie des politiciens convaincus de corruption, mise sur l’effet d’annonce éphémère d’une mesure inapplicable (la quintessence de ce qu’il reprochait à Nicolas Sarkozy). Quant à la mesure sur la transparence du patrimoine des élus, elle se heurte aux élites politico-journalistiques qui brandissent le spectre du populisme. Un sondage consacre ce conditionnement, en indiquant que 70% des Français pensent que cette affaire va profiter au Front national.

À y regarder de près, l’argument « ça va faire monter Le Pen » est absurde et méprisant. Soi-même, on serait moins bête que les autres. Ce nouvel impératif remodèle la définition du bien commun en renversant l’ordre des priorités de la devise « salus populi suprema lex ». L’anti-populisme devient le principal critère de distribution des places et des faveurs. Les populistes sont des pestiférés politiques, tandis que les anti-populistes sont portés au pinacle. Être auréolé d’anti-populisme tient lieu de sauf-conduit. Les arrivistes n’ont plus qu’à s’afficher à la pointe du combat anti-populistique.

Le plus détestable des populismes

Cahuzac était, aux yeux des élites, un champion de l’anti-populisme. Il était réputé avoir, lors d’un débat télévisé, rivé son clou à Mélenchon. Champion de l’anti-populisme tous azimuts, Cahuzac accusait également l’UMP. En 2010, lorsque l’Assemblée nationale vota une franchise d’inscription de 30 euros pour que les clandestins bénéficient de l’aide médicale gratuite, Cahuzac fut catégorique : « C’est une mesure d’affichage, liée au plus détestable des populismes. C’est une mesure populiste », déclara-t-il doctement à la télévision (mesure que la gauche au pouvoir se dépêchera d’abroger dès juillet 2012).

Cahuzac n’est pas le seul à prendre la posture de l’anti-populisme. La députée Sylvie Andrieux pourfend la « posture populiste et triviale » de Mélenchon (26 mars 2013) et déclare que le Front national « ne fait que du populisme » (La Provence, 16 février 2013). Cette députée a été acceptée au sein du groupe socialiste à l’Assemblée nationale en juillet dernier, contrairement à Olivier Falorni, coupable de lèse-majesté envers Ségolène Royal et qui est dépourvu de lettres de noblesse anti-populistes.

La candidate UMP Nora Preziosi avait refusé d’appeler à voter pour Sylvie Andrieux contre un candidat FN, en déclarant qu’elle ne « soutiendrait jamais une candidate renvoyée en correctionnelle pour des détournements de fonds ». Elle a raison. Redéfinissons le bien commun en hiérarchisant les priorités : la corruption est plus grave que le populisme.

Le filon anti-populistique est une forme de démagogie. La démagogie consiste à manipuler les citoyens en flattant les préjugés du plus grand nombre. Évoquer la nécessité d’une « opération mains propres » est également de la démagogie. Une opération vérité suffirait. Cahuzac est coupable de fraude fiscale et de parjure. C’est là-dessus qu’il faut agir.

La transparence est une mesure directe, gratuite et efficace. Elle consiste à rendre de notoriété publique certains faits, afin que les citoyens puissent, eux-mêmes, se forger leur opinion en exerçant un droit de regard. Ceux qui invoquent un risque de dictature de la transparence oublient à quel point il y a de la marge. Ne seraient-ils pas un peu gênés aux entournures ? Qu’ils se rassurent en tout cas : si la France déplaçait de quelques crans son curseur en direction des pays scandinaves, elle serait encore très loin de tomber dans la tyrannie.


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