Fœtus mort à Port Royal : un emballement pour rien ?

Derrière le drame de la perte d’un enfant mort né à la maternité Port Royal se cachent de mauvaises solutions. Quelles sont les bonnes ?

Derrière le drame de la perte d’un enfant mort né à la maternité Port Royal se cachent de mauvaises solutions. Quelles sont les bonnes ?

Par Alexis Vintray.

Suite à la mort d’un bébé in-utero le 1er février dernier à l’hôpital Port Royal à Paris, les critiques vont bon train contre la qualité de la médecine périnatale en France. Une femme enceinte avait été redirigée vers les urgences, la maternité conseillant d’attendre le lendemain pour accoucher. La jeune femme avait finalement accouché d’un enfant mort-né le lendemain.

En particulier, c’est en surfant sur l’événement puis en se fondant sur l’indicateur du taux de mortalité prénatale que les critiques demande « plus de moyens » pour le secteur. En effet, à environ 10 pour 10 000, le taux de mortalité prénatale est presque deux fois plus élevé que dans des pays économiquement comparables.

Pourtant, comme vient le confirmer l’Académie de médecine dans un communiqué des docteurs Yves Ville, Gilles Crépin et Gérard Bréart, cette comparaison est fortement biaisée car le calcul du taux est très différent en France. Ainsi, selon la définition de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la mortinatalité représente le nombre d’enfants mort-nés après 22 semaines (5 mois) de grossesse et pesant au moins 500g.

Dans l’hexagone cependant, l’indicateur « ne tient compte ni de l’âge gestationnel ni du poids de naissance, ni enfin de la cause du décès ». Une situation qui, selon l’Académie de Médecine tient à deux particularités françaises :

  1. « un changement de l’enregistrement des mort-nés à l’état civil a été promulgué en 2008. Les parents ont le libre choix de faire inscrire ou pas tout enfant, fœtus ou embryon mort-né sur le registre d’état civil, à condition de produire un certificat d’accouchement. Ce certificat ne précise pas l’âge gestationnel, ni le poids à la naissance ; »
  2. « enfin, en France les interruptions de grossesse pour raison médicale sont généralement aussi déclarées au même titre que les autres mort-nés, et elles constituent une proportion importante des enfants nés sans vie. »

Aussi douloureuse soit la perte d’un enfant à la maternité de Port Royal, son instrumentalisation par certains syndicats a quelque chose de profondément choquant. La mort d’un enfant doit-elle servir à appuyer des revendications catégorielles ? Pour l’académie de médecine en tout cas, il s’agit clairement d' »un drame de portée essentiellement personnelle et familiale ».

Plus largement, il est temps de se demander si l’approche purement comptable adoptée par les gouvernements successifs n’est pas la pire qui soit pour la santé en France. À refuser de revoir le périmètre de l’action publique, les politiques condamnent le personnel médical à devoir faire plus avec moins de moyens.

Si les gisements d’économies sont nombreux dans les hôpitaux  il est clair qu’une réflexion globale sur ce que l’État doit et ne doit pas faire serait autrement plus efficace pour réformer vraiment efficacement la santé. En particulier, il est plus que temps de cesser de brider la concurrence dans ce domaine, et de laisser s’exercer le libre choix des patients. Ainsi, la sécurité sociale rembourse, pour le même acte, bien plus à l’hôpital public qu’à une clinique privée ! Pour un accouchement par voie basse et pour un nouveau né bien portant, un hôpital public facture 3054,47 € à l’Assurance maladie quand une clinique affiche un tarif de 2772,77€. 10% de moins. Et, une des premières mesures du gouvernement a été de supprimer la convergence de ces deux tarifs, affichant de façon claire son choix électoraliste en faveur de sa clientèle, au détriment de la justice.

Mais les autres vraies pistes de réforme sont aussi nombreuses :

  • Le statut de la fonction publique est-il un tant soit peu nécessaire pour les salariés des hôpitaux ? Un médecin ou une infirmière doivent-ils être enfermés dans ce statut ou ne devraient-ils pas être plutôt sous contrat privé ?
  • Open data : libérer les données de santé permettrait d’améliorer de façon nette l’efficacité de la santé en France, et de détecter les problèmes précocement.
  • Permettre le libre choix de l’assurance-maladie pour les Français, afin de stimuler l’innovation et l’émulation dans le secteur.
Alors, vraiment, doit-on se contenter d’un « plus de moyen » catégoriel, ou plutôt encourager les vraies réformes qui donneront à la France une médecine de qualité ?