Violence des échanges en milieu syndical

Manifestation CGT à Paris (CC, Thefunkyman)

Les syndicats français ne cherchent pas de compromis sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail ; ils veulent remettre en cause les principes du capitalisme.

Les syndicats français ne cherchent pas de compromis sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail ; ils veulent remettre en cause les principes du capitalisme.

Par Baptiste Créteur.

Manifestation CGT à Paris (CC, Thefunkyman)

Alors qu’ils ont systématiquement détruit toute chance de succès et de survie pour l’entreprise qui les emploie et ont récemment demandé à en devenir propriétaires sous la forme d’une coopérative – sans assumer les risques ni faire les efforts qu’exigent le rôle de chef d’entreprise – les syndicalistes Goodyear manifestent plus matériellement leur pouvoir de destruction.

Alors qu’un Comité Central d’Entreprise décidait de l’avenir de l’usine, les forces de l’ordre affrontaient les forces du désordre. 19 policiers blessés pour s’être dressés devant une horde de barbares n’ayant d’autre objectif que la destruction – il est d’ailleurs étonnant que ces grands partisans de plus d’État ne se soient pas montrés plus affectueux envers les compagnies de plus d’État qui se dressaient devant eux.

Symboliquement, les syndicalistes ont brulé les pneus que les salariés – qu’ils sont censés représenter – fabriquaient autrefois et auraient pu continuer à fabriquer s’ils avaient, au moins une fois, tenté de faire preuve de rationalité. Mais la violence est plus facile que l’effort, la spoliation plus facile que la production, la menace plus facile que la persuasion. Leurs méthodes ne changeront pas ; ils continueront à recourir à la force et à la contrainte pour obtenir gain de cause dans leur cause nauséabonde.

Leur cause n’est pas la protection de l’emploi, ni la défense des salariés, ni l’amélioration des conditions de travail. Aucun de ces motifs, qui pourraient leur conférer de la légitimité, ne les aurait amené à systématiquement bloquer tout plan social permettant de sauver le reste des emplois. Aucun de ces motifs ne les conduiraient à agresser et blesser des policiers déployés pour assurer la sécurité d’un Comité Central d’Entreprise devant statuer sur l’avenir de l’usine.

Leur cause est idéologique, et traiter les problèmes du syndicalisme français sous l’angle de la sécurité revient à traiter les symptômes plutôt que leur cause. Les appels au calme d’Arnaud Montebourg seront sans effet tant que le « dialogue social » sera appréhendé comme de nécessaires concessions que devraient faire les chefs d’entreprise à leurs salariés.

Ce que demande Arnaud Montebourg, c’est un dialogue, une discussion et des compromis face à des demandes illégitimes issues de syndicats qui entendent imposer par la force leur idéologie ; qu’une demande soit formulée par les représentants de moins de 5% des salariés ne la rend pas instantanément légitime et ne justifie aucune négociation ou concession, même si l’État les rémunère très grassement pour les formuler. Le compromis est possible quand les parties prenantes s’entendent sur la règle du jeu, mais ce n’est pas le cas ici.

Quand un acheteur et un vendeur négocient, ils peuvent (mais rien ne les y oblige) parvenir à un compromis entre le prix offert par l’un et le prix demandé par l’autre ; mais ils s’entendent sur le principe d’une transaction requérant leur consentement mutuel. Mais si un voleur entre chez vous, rien ne vous oblige – au contraire – à lui offrir votre argenterie pour qu’il vous laisse la chaîne hi-fi ; cela reviendrait à accepter un compromis sur le principe de la propriété privée.

Les syndicalistes français qui détruisent l’emploi et ne conçoivent de négociations et de concessions que dans un sens – le leur – n’acceptent pas la règle du jeu d’une économie capitaliste, que le gouvernement remet également de plus en plus en question en niant régulièrement la propriété privée dans son principe même après l’avoir violée à maintes reprises dans les faits. Ils n’acceptent pas la propriété privée des moyens de production ; tout juste acceptent-ils que leurs légitimes propriétaires en jouissent à condition de céder à toutes leurs requêtes. Sinon, ils s’arrogent le droit de les détruire, d’en empêcher l’utilisation ou de chercher à se les approprier.

Les parlementaires viennent de leur donner raison en votant une amnistie des faits commis lors de manifestations syndicales ou avec des revendications sociales, détournements de fonds compris. Les C.R.S blessés seront heureux d’apprendre que leurs agresseurs pourraient demeurer impunis malgré les sanctions « promises » par Manuel Valls. Il reconnaît par là la nature fondamentalement juste de leurs combats fondamentalement injustes alors même que les syndicats français ont régulièrement démontré la nature idéologique de leur combat et leur absence totale de considération pour le sort des salariés dont ils continuent de faire mine de se préoccuper pour obtenir la sympathie des médias et du grand public.

Puisqu’ils ne le font pas, mieux vaut l’énoncer clairement. Les syndicats français, s’ils voulaient défendre l’emploi, seraient ouverts au dialogue, ce qu’ils ne sont pas. Ils ne proposeraient pas une solution alternative requérant l’expropriation de leur employeur une fois leurs demandes illégitimes satisfaites. Ils ne détruiraient pas leur outil de travail, ne séquestreraient pas l’employeur qui rémunère les salariés chaque mois et a créé l’emploi qu’ils occupent, ils n’agresseraient pas les forces de l’ordre, ils ne se réjouiraient pas de ce qui nuit à leur entreprise.

Ils cherchent à remettre en cause les principes de liberté et de propriété privée – et n’hésitent pas, comme à Rueil-Malmaison il y a quelques jours, à remettre en cause la sûreté. S’ils y parviennent, et le gouvernement et les parlementaires semblent les soutenir dans ce combat, ils auront l’occasion de vivre dans un système tel qu’ils le conçoivent et de se rendre compte que le pouvoir de détruire ne confère aucun avantage quand personne d’autre ne construit, que la force n’est d’aucun secours quand c’est de l’esprit qu’il faut faire usage, que l’émotion n’apporte aucune solution à des problèmes fondamentalement rationnels. Il s’apercevront que la réalité gagne toujours et n’auront alors réussi qu’à entraîner dans leur chute des Français qui auront fait preuve à leur égard d’une sympathique complaisance qui ne leur sera plus d’aucun secours.