Du bon usage de l’indignation

Avec les diatribes de Stéphane Hessel, l’indignation est devenue l’alpha et l’oméga du politiquement correct.

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Du bon usage de l’indignation

Publié le 9 mars 2013
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Avec les diatribes de Stéphane Hessel, l’indignation est devenue l’alpha et l’oméga du politiquement correct.

Par Pierre Sabatier.

Je dois dire que j’ai été ébahi. Et je crois que je ne suis pas le seul. De quoi ? De l’énorme succès de librairie rencontré par la petite brochure de Stéphane Hessel Indignez-vous! Un succès tel que certains ont proposé sans rire d’inhumer son auteur au Panthéon (on a les Victor Hugo qu’on peut).

Des qualités littéraires de l’ouvrage et des qualités personnelles de son auteur il ne sera pas débattu ici. Que chacun en pense ce qu’il veut – on est chez les libéraux, hein. Ce qui m’intrigue, c’est le phénomène social que représente ce succès. Incontestablement, nous avons là un événement qui nous dit quelque chose d’important sur la société dans laquelle nous vivons. Certes, certes. Mais quoi ?

Le discours de Stéphane Hessel appartient au registre de ce qu’il est convenu d’appeler le Politiquement correct. Tout y est, en un résumé succinct et pas trop difficile à lire. Je crois que là est le secret de son étonnante fortune. On pourrait aller jusqu’à dire sans trop exagérer qu’il est au Politiquement correct français contemporain ce que le Petit livre rouge était au maoïsme chinois.

Mais ça va plus loin. Le Politiquement correct est, on le sait, l’héritier en ligne directe du discours marxiste. L’ennemi qu’il désigne, qui incarne à ses yeux l’abomination de la désolation, la source de tous les fléaux qui accablent l’humanité, le cloaque putride d’où surgissent toutes les perversions, n’a pas changé : c’est le capitalisme – qu’il soit rebaptisé ultra-libéralisme en novlangue politiquement correcte ne doit pas abuser : c’est bien la même Bête. Immonde.

Il y a cependant une différence. Le marxisme était un discours positif, en ce sens qu’il ne se contentait pas de dénoncer l’ennemi, il proposait concrètement de l’abattre et de le remplacer par une société lumineuse, toute de justice, d’harmonie et de liberté, qui prendrait définitivement en charge l’avenir du genre humain. Malheureusement, la mise en œuvre de ce magnifique projet, partout où elle a été tentée, a partout abouti à des catastrophes sans précédent. Qu’il suffise de dire qu’à elles seules les famines récurrentes qui ont ravagé les pays du « camp socialiste » ont fait davantage de morts que la seconde guerre mondiale (si vous voulez, je vous fais le détail). Et je ne parle pas de la terreur policière, des exécutions de masse, de l’écrasement impitoyable de toutes les révoltes, de l’avilissement délibéré des populations, des immenses gaspillages économiques, des désastres écologiques, etc. Bref, le socialisme, qui devait couvrir la terre de fleurs, l’a couverte de charniers et de miradors.

Les tenants du politiquement correct, quelle que soit leur aptitude à nier les faits, ont bien été obligés de tenir compte de ce gigantesque fiasco. Mauvaise pioche, comme dit Krazy Kat. En conséquence de quoi ils ont préféré renoncer à l’édification de la radieuse société socialiste. Du coup, ils se sont retrouvés sans projet. Mais non sans ennemi. Car le capitalisme (l’ultra-libéralisme) est toujours là, qui les nargue et qui continue sous leurs yeux à perpétrer ses abominables forfaits. Pas question donc de faire la paix avec lui. Mais comme on n’a plus d’alternative à lui opposer, comme on ne peut plus rêver de transformer le monde, il reste rien d’autre à faire qu’à le vilipender et le vitupérer. À s’indigner.

L’indignation est ainsi devenue l’alpha et l’oméga du politiquement correct. Mais si elle n’était que l’expression de son impuissance à vaincre le Mal, elle n’aurait guère d’intérêt. L’indignation a une autre vertu : elle est la marque des Grandes Âmes, de celles et ceux qui ne transigent pas avec le Mal, qui sont et seront toujours du côté des victimes, des exclus, des pauvres, des opprimés, des discriminés, des spoliés, qui s’inspireront toujours de la Justice, du Droit, de la Rectitude. L’indignation, en d’autres termes, est le signe de la Vertu. S’indigner, c’est se ranger dans le camp du Bien. S’indigner c’est se contempler soi-même dans le rôle de la Grande Conscience Morale, c’est se proposer à l’admiration des foules dans le costume du Redresseur de torts, bref, c’est se la jouer Chevalier blanc, comme on dirait dans nos banlieues colorées.

Et ce pour pas cher. Car l’une des preuves irréfutables que vous appartenez au camp du Bien, c’est que vous avez acheté l’ouvrage de Stéphane Hessel. On comprend dans ces conditions que cette œuvre impérissable ait fait un tel tabac : la bonne conscience à la portée de tous, pour quelques euros seulement, reconnaissez que c’est une affaire comme on n’en fait pas tous les jours.

Stéphane Hessel (et son éditeur) méritent leur succés : ils ont transformé le narcissisme en produit de grande consommation. Un filon qui n’est pas près de s’épuiser.

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  • N’appartenant pas au camp du bien, je n’ai pas acheté ni lu l’ouvrage de M. Hessel. Et quand ce « juste » (!) passait à la TV, je zappais.
    Cela dit, je pense qu’il n’y a pas plus menteur qu’un homme indigné (traduction libre d’une pensée de Nietsche)

  • Les indiniais 🙂

  • L’indignation est tout sauf politiquement correcte. C’est juste se réveiller de sa torpeur. Après Hessel avait son engagement à lui, il est tout à fait possible de s’indigner contre le socialisme et l’étatisme. Le mass-media a aujourd’hui des difficultés à intégrer l’indignation dans son spectacle quotidien, le politiquement correct c’est d’en déduire qu’elle n’est pas valable, mais je ne vois pas bien pourquoi : il ne s’agit que de considérer qu’il faut un moteur à la libido ; on s’en fout de Hessel.

    • Mouais, bof… Les indiniais professionnels feraient mieux de s’indigner de leurs propres tares, fainéantise, stupidité, cupidité, impuissance, jalousie, etc., au lieu d’en quérir frénétiquement chez ceux qui bossent en silence et, en dernière analyse, les nourrissent grassement.

      • Mouaip… tout le monde ne bosse pas juste pour avoir de quoi manger des pâtes le soir, regarder la télé et puis se coucher. Il y a aussi des gens qui font des choses utiles, qui entreprennent, qui ne sont pas dans une satisfaction passive de l’état du monde.

        • Mais qu’a fait concrètement Hessel pour aider ses soit disant frères palestiniens hormis dégueuler sa haine du sionisme, et encore pas trop près de Tel Aviv. ?

  • l’indignation c’est la colère est celle-ci est mauvaise conseillère. la démarche de hessel est une impasse

    • +1.

      Par définition, un homme d’action ne se plaint pas, il agît. Conseiller l’indignation c’est donc vouloir de parfaits passifs.

      • Pas d’action sans libido.
        Conscient ou pas, à la base de toute entreprise il y a du désir, et à la base du désir il y a une insatisfaction. Préférerions-nous toujours reproduire la satisfaction bien française de la médiocrité ? L’un des problèmes majeurs que nous rencontrons en France c’est justement de nous satisfaire de ne prendre aucun risque, de n’avoir aucune ambition pour être certain d’en être à la hauteur dans notre imaginaire.
        Indignation et passivité ne font pas bon ménage au niveau cérébral.

        Après la question c’est de savoir de quelle action il s’agit, si elle est constructive ou non : on peut être certain qu’à dénigrer le désir (pour protéger son propre narcissisme, mais je m’avance sans doute) on ne sera pas satisfait du résultat (ce qui me semble être voulu : l’objectif étant sans doute de pouvoir continuer de geindre de ceux qui geignent, sport national). Le mépris du désir, même de celui des autres, est toujours contreproductif. A partir de là il est possible de parler de ce dont ne parle pas Hessel.

        Il me semble qu’il y a assez peu d’indignation d’ailleurs en France même. Oui, de nombreux commentateurs tournent autour du pot, à dire que l’indignation c’est bien, que l’indignation c’est mal, mais toujours dans cette satisfaction de soi tout à fait handicapante. Alors oui l’idée de mettre Hessel au Panthéon est ridicule (il est même possible que le Panthéon soit ridicule en soi mais là c’est une autre histoire) et je comprends cet agacement, mais il faut arrêter de geindre. Ces jérémiades sur Hessel, son succès relatif et sans doute éphémère, son caractère et son parcours personnel, sur les indignés… ne sauraient servir qu’à contenter un entre-soi qui tourne en rond, à s’entre-brosser dans le sens du poil… à se flatter le narcisse.

        Il est tout à fait possible que je me trompe. De ce que j’ai vu chez les indignés il n’y avait que l’expression d’un désir de se réveiller (mal, et même du pied gauche peut-être), de ce que je vois dans de nombreux commentaires sur le sujet je lis le plus souvent l’expression de la tentation d’aller se coucher, la recherche de l’assurance du statuquo, ce qui provoque mon insatisfaction et ma recherche de confrontation dans ces commentaires. J’imagine qu’il y a quelque chose, dans les positions des uns et des autres, qui m’a échappé.

  • Le mutin de panurge est le nouvel archétype de la société française, se plaindre, s’indigner, ne rien faire …

    • Je ne connais pas d’indignation qui ne débouche pas sur une recherche d’action. Les gens qui se plaignent ne sont pas indignés. Tout le monde est d’accord pour dire que l’indignation toute seule ne sert à rien, maintenant il n’y a pas particulièrement de raison de ne pas s’indigner, contre Hessel si il faut.
      Je lis beaucoup de gens qui se plaignent du succès de Hessel sur contrepoints, pas beaucoup d’indignation parce que l’indignation pose à un moment la question de l’action, et qu’en fait beaucoup n’ont aucune idée d’une action quelconque au regard de l’agacement que produit Hessel. Pour le coup il était peut-être nul, peut-être que ses actions n’avaient aucun intérêt mais il a su être actif jusqu’au bout, faire des choses intéressantes au moins pour lui… il s’est sorti un peu les doigts du cul pour un mec de son âge, il passait pas son temps devant la télé à rien faire dans une maison de retraite.

      • Il n’y a rien à faire contre Hessel, ni de quoi s’indigner : il a droit à sa liberté d’expression, et c’est fait un beau paquet de fric avec son éditeur dans la foulée.
        Par contre, comme le dit très bien l’article : « On comprend dans ces conditions que cette œuvre impérissable ait fait un tel tabac : la bonne conscience à la portée de tous, pour quelques euros seulement, reconnaissez que c’est une affaire comme on n’en fait pas tous les jours »

        • C’est un blague ? Si toutes les personnes qui parlent autant de Hessel en avaient rien à faire ça ferait un bon paquet de malades.
          Il me semble qu’à choisir systématiquement les personnes qui n’expriment pas les mêmes idées comme des ennemis (ok, Hessel n’est pas un ennemi mais tous ceux qui le lisent le sont, ça revient exactement au même) on se fait passer systématiquement pour des ennemis de tous. Même quand on a réellement des ennemis, même dans un cadre militaire, c’est une stratégie médiocre, voire mauvaise.

          La question que pose l’indignation c’est justement celle de la mauvaise conscience, c’est justement celle de l’action. L’analyse qui assimile l’indignation à une sorte d’engourdissement est un contresens.
          Il est question d’une libido, de faire en sorte que chacun se prenne en main, que chacun se dise « si je ne suis pas content je ne dois me contenter de mon mécontentement », si ceux qui se disent libéraux y voient une bêtise et ne font que de gémir, comme bon nombre de ces articles, plutôt que d’en déduire quelque chose d’un peu constructif, d’y voir des opportunités, c’est juste vain. C’est ça la stratégie : trouver des opportunités d’agir dans le sens de nos objectifs, quand bien même les opportunités ne semblent pas à première vue en notre faveur.
          Il faut commencer soi-même par arrêter de geindre quand on reproche aux autres de le faire. Encore une fois les indignés (ou les indiniais, histoire d’être vraiment idiot) eux ne vont pas se contenter d’écrire des articles sur des gens dont ils n’ont soit-disant rien à faire, et s’ils s’engagent politiquement (ce que certains semblent faire) et qu’ils arrivent au pouvoir pour toujours tout étatiser, faire voter des lois toujours plus ridicules et augmenter encore les taxes, la seule chose qui changera chez les libéraux c’est qu’il y aura un ou deux articles supplémentaires sur ce blog pour fustiger Hessel ou d’autres inconnus inutiles. A croire que c’est l’objectif.

          Tout est au mieux dans le meilleur des mondes, mais il faut cultiver notre jardin, et quand on estime qu’il y a une mauvaise herbe il y a nécessairement une volonté de modifier le monde avant qu’on aille l’arracher. Si certains appellent ça « indignation » c’est très bien, c’est toujours mieux que de dire « bah, nous en sommes tous là, à quoi bon » voire « y aura bien quelqu’un qui ira l’enlever à ma place » ou encore « la mauvaise herbe a sans doute de bonnes raisons », ce qui est pour le coup tout à fait le climat de la pensée française.

  • C’est le triomphe de l’émotivité décérébrée sur la raison, en produit fast food.

    Une purgation de vagues frustrations, à tout hasard …

  • Finalement, le « grand homme » n’a fait que plagier Calimero !

  • Avec Hessel, la merde est disponible en livre de poche. Et son indignation ressemble étrangement à celle des poules courroucées : on prend un air sérieux pendant un instant et on oublie tout.

  • « Mais comme on n’a plus d’alternative à lui opposer, comme on ne peut plus rêver de transformer le monde… »

    Ben si : l’escrologie pastèque, c’est exactement ça !

    « Et ce pour pas cher. »

    Vous plaisantez ? Le plan pastèque et ses moulins-à-vent — entre autre climastrologie — nous revient bien plus cher (euphémisme) qu’un vulgaire mini-bouquin à la c…

    Et là, je ne m’indigne plus : je m’insurge !

  • L’indigné ….et le …responsable…
    Il y a ceux qui parlent et ceux qui font. Ceux qui font n’ont pas le temps de parler, on ne les entend malheureusement presque jamais. Comme ceux qui parlent n’ont pas le temps de faire, ils parlent de ce qu’ils ne font pas et parlent mal de ce que les autres font. Comme ils n’ont jamais fait, ils parlent sans savoir ce que c’est de faire. Puisque ceux qui font ne parlent pas, ceux qui parlent parlent ensemble et il leur semble que le monde est fait de gens qui parlent, qui parlent de ce qu’ils ne font pas et de ce que les autres font mal. A force de parler sans faire, ils parlent pour parler car ils ont oublié que faire existait.

  • L’indignation fait partie du monde de l’émotion dans lequel les médias nous baignent.
    C’est la négation de la réflexion et de la pensée.

  • Les commentaires sont fermés.

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