Gros doute sur la refondation de l’école

La France a l’un des plus importants taux d’échec des pays de l’OCDE en matière d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. La réforme proposée par Vincent Peillon n’y changera rien.

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Vincent Peillon. Quand le gouvernement joue à touche-pipi...

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Gros doute sur la refondation de l’école

Publié le 6 mars 2013
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La France a l’un des plus importants taux d’échec des pays de l’OCDE en matière d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. La réforme proposée par Vincent Peillon n’y changera rien.

Un article de SOS Éducation.

Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale.

Depuis plusieurs semaines, le Ministre de l’Éducation nationale occupe tout le monde, professeurs, éducateurs, parents d’élèves avec la réforme des rythmes scolaires. Il n’en finit pas de sortir des scoops, et le dernier en date remonte à ce week-end avec des vacances d’été qui seraient ramenées à 6 semaines.

Sauf que l’on est train d’oublier l’essentiel, à l’heure où le projet de loi sur la refondation de l’école sera exa­miné par les dépu­tés en séance publique à par­tir du 11 mars. Rien ne sert de changer les emplois du temps des enfants si l’on ne modifie pas profondément les méthodes d’enseignement.

La France a l’un des plus importants taux d’échec des pays de l’OCDE en matière d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. 40% des enfants arrivent en sixième sans maîtriser la lecture et l’écriture. Il faut bien comprendre ce que cela veut dire. Plus du tiers des enfants âgés de 11 ans n’ont pas le niveau de lecture d’un enfant de 7 ans.

La chute de notre école n’est plus un secret

Même le journal Le Monde sonnait le tocsin le 20 février dernier. Voilà ce que l’on pouvait lire dans un article titré « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci, c’est vrai ! » :

 Si le niveau est resté stable de 1987 à 1997, il a en revanche chuté de 1997 à 2007. Le niveau de lecture qui était celui des 10% les plus faibles en 1997 est, dix ans plus tard celui de 21% des élèves.

Cela fait dix ans que l’OCDE nous met en garde sur la chute de notre niveau. Et ses publications sont aujourd’hui devenues suffisamment alarmistes pour que tout le monde en parle, mais personne n’agit.

Or quand on regarde les rapports officiels, quand on reprend les résultats des journées de défense et de citoyenneté, on s’aperçoit que l’Éducation nationale n’arrive pas à apprendre à lire et à écrire à tous les enfants. Pire, elle y arrive de moins en mois. Chaque année, un enfant sur quatre est en échec dès le CP. Jamais notre école n’a eu autant de mal à transmettre les fondamentaux à tous les enfants.

Affronter les responsables du blocage

Face à cet échec, le gouvernement ne prend aucune mesure. Pourtant des solutions, il en existe. Elles ne sont ni ruineuses, ni compliquées mais elles demandent d’affronter ceux qui sont responsables du blocage sur cette question. Ils sont surtout responsables de la non-information des professeurs, en entretenant le mythe que toutes les méthodes d’apprentissage se valent.

Les études qui comparent le mixte et le syllabique

Toutes les méthodes ne se valent pas. Les Anglais l’ont démontré sur des générations entières de jeunes élèves. Outre-Manche, des études comparatives ont été menées depuis 1997 sur l’efficacité comparée des méthodes d’apprentissage de la lecture. Elles ont démontré que les méthodes mixtes ne permettaient pas à tous les élèves d’apprendre correctement à lire.

Pour réussir auprès de toutes les populations, anglophones, non anglophones, favorisées, défavorisées, il faut avoir recours à des méthodes exclusivement syllabiques. Elles passent d’abord par l’apprentissage systématique des sons et ne donnent jamais à lire des mots ou des phrases que les enfants ne peuvent pas déchiffrer.

En France, ces études n’ont jamais été menées mais, pire encore, nos chercheurs n’ont pas diffusé les résultats des études menées en Angleterre, privant ainsi des générations de professeurs de l’information qui leur est nécessaire pour bien exercer leur métier. Quand vous êtes professeur aujourd’hui, que vous cherchez à vous former correctement, personne ne va vous dire que des méthodes sont plus efficaces que d’autres. On va simplement affirmer que l’important, c’est d’innover. C’est encore une fois ce que fait la loi de refondation de l’école.

Une information à porter aux professeurs

Pour réussir à enseigner correctement aux enfants, il est surtout nécessaire d’être informé et d’être informé sur ce qui marche avec tous les enfants. Aujourd’hui les écoles publiques anglaises des quartiers ultra-défavorisés où personne ne souhaitait, il y a encore dix ans, scolariser son enfant, rivalisent avec les meilleures écoles des quartiers chics. Voilà ce que l’on ne nous dit pas en France et voilà ce que SOS Éducation, à travers l’étude réalisée par Constance de Ayala, a mis sur le bureau de chaque parlementaire.

Nos hommes politiques sont donc informés sur cette question, ils ont donc les moyens d’agir dans le bon sens. En effet, c’est grâce aux parlementaires que l’Angleterre est parvenue à faire savoir à toute sa population de professeurs que l’on pouvait réellement apprendre à tous les élèves à lire à une condition et une seule : appliquer des méthodes efficaces pour tous les enfants.

Les parlementaires ont eu le courage d’affronter les blocages des différents idéologues sur la question pour permettre à la population dans son ensemble d’avoir accès à ces méthodes. Et les résultats sont là. Les progrès de l’Angleterre sont maintenant reconnus au niveau international. La dernière enquête menée par l’université de Boston auprès des enfants de 10 ans, l’enquête internationale PIRLS publiée en décembre dernier, atteste que l’Angleterre vient de gagner huit places en cinq ans. Les écoliers anglais n’ont pas atteint encore le peloton de tête mais ils sont déjà remontés à la 11e place. Dans ce même classement international, la France occupe la 23e position, elle est maintenant en-dessous de la moyenne européenne et elle a encore perdu six places en cinq ans. Qui va tirer la sonnette d’alarme, si ce n’est vous ?


PIRLS : la France, 29è sur 40

Progress in International Reading Literacy Study : Cette enquête réalisée tous les 5 ans mesure l’évolution de l’apprentissage de la lecture dans une quarantaine de pays sous l’égide de l’International Association for the Evaluation of Educationnal Achievement (IEA).

Elle concerne les élèves de CM1 (9/10 ans). En 2012, la France est 29è sur 40.


Un espoir pour tous les enfants

Car il est fort à parier que nos syndicats n’ont pas vraiment fait la publicité de cette révolution anglaise auprès des professeurs. Pire, ils prétendent que l’on ne peut comparer l’anglais et le français. Les chercheurs classent l’anglais et le français au niveau des langues opaques, c’est-à-dire des langues qui vont écrire un même son de différentes manières : « o, ot, au, eau, etc. ». Les langues opaques sont plus difficiles à maîtriser que des langues où tous les sons s’entendent et où chaque son ne s’écrit que d’une seule et unique manière. Le français compte 35 phonèmes (la plus petite unité de son), qui peuvent se transcrire de 135 manières différentes. L’anglais compte 60 phonèmes, qui peuvent se transcrire de 1100 manières différentes !

Si les Anglais ont réussi à apprendre à lire à tous les enfants y compris et surtout à ceux qui ne parlent pas anglais à la maison, nous devrions aussi y arriver. Évidemment, cela demanderait de revenir, non pas sur la liberté pédagogique comme on nous le fait croire, mais sur la liberté d’information.

Qu’a fait la Grande-Bretagne sous l’impulsion des parlementaires pour permettre un changement de pratiques dans l’art d’enseigner la lecture et l’écriture aux plus jeunes ? Elle a fait connaître les résultats de ces études comparatives, elle a initié des formations auprès de ces professeurs qui avaient réussi à transformer leur école en école de la réussite, elle a encouragé les éditeurs à publier des méthodes stricto sensu syllabiques en élaborant un cahier des charges, elle n’a pas imposé cette méthode dans toutes les écoles mais elle a demandé aux écoles qui étaient en échec de l’essayer.

Pourquoi tout cela ne serait-il pas possible en France ?

À lire sur le site de SOS Éducation : Des écoles anglaises au Top.


Sur le web.

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  • « Pourquoi tout cela ne serait-il pas possible en France ? »

    La réalité a tort, seule la théorie a raison

  • Classement PISA en lecture: France 19e, Royaume-Uni 21e. En maths: France 17e, Royaume-Uni 22e. En Sciences: France 22e, Royaume-Uni 11e… C’est plutôt la place désastreuse de la France en maths et en sciences qui m’inquiète, car ils furent des domaines d’excellence pour notre Nation.

    • L’enquête PISA étant faite avec des adolescents de 15 ans, elle ne permet pas d’apprécier les mesures prises ces dernières années par le Royaume Uni, contrairement à l’enquête PIRLS. Comparer les résultats du R-U et de la France avec PISA n’est donc pas pertinent ici. Il faudra attendre quelques années pour voir.

  • Suède : l’école subventionnée ne commence qu’en première primaire, et n’y entrent que des enfants sachant lire et écrire. Ce préalable doit être assuré par la famille, ou des cours privés.

    Dans les années 50, l’apprentissage se faisait lettre par lettre, puis évoluait vers des groupes de lettres. Fin de la première année, tous les enfants étaient capables de lire un roman de la Comtesse de Ségur et de le comprendre. Les moins talentueux suivaient encore un peu avec le doigt 🙂

    Courrier de Mme de Maintenon : une aristocrate fauchée la supplie de prendre en charge l’éducation de sa petite fille de 5 ans : « elle est très douce et très docile, et écrit déjà de jolis poèmes en français et en latin » !!!

    Quelles générations d’arriérés ont produit les expériences soixante huitardes ?

  • http://www.lecri.fr/2009/05/30/la-republique-na-pas-besoin-de-savants/1521 :
     »
    Quant à l’affirmation révolutionnaire, prononcée au moment de l’exécution de Lavoisier – « La république n’a pas besoin de savants » –, elle connaît aujourd’hui un regain d’actualité !
    « 

  • Le niveau de math est aussi en chute libre.

  •  » la republique n’a pas besoin de savant  »

    ca reste encore a prouver que cofinhal ait dit cela lors du procés de lavoisier.
    ce dernier a été guillotiné parce qu’il avait été fermier general et ainsi responsable de l’edification des barrière d’octroi autour de paris. qui sont d’ailleur detruites en premier lors de l’emeute des 12 13 et 14 juillet 1789, bien avant que la bastille ne soit prise.

    • que la citation soit exacte ou apocryphe, on s’en branle : c’est le fait, la réalité, qui compte. Et le fait est que Lavoisier a été guillotiné, quand n’importe quel régime sensé l’aurait employé ; même les nazis et les communistes, qu’on ne soupçonnera pas de mollesse à l’égard des « ennemis du peuple », s’arrangeait pour exploiter les compétences techniques de ceux qui en avaient au lieu de les exterminer directement. CQFD.

    • Je dirai même plus: « Le Cambodge n’a pas besoin d’intellectuels* »

      * intellectuel = quelqu’un qui sait lire; se reconnaît facilement au port de lunettes. Comme les serpents.

  • mauvaise langue

    « Quelles générations d’arriérés ont produit les expériences soixante huitardes ? »

    Je soupçonne que les ravages de la méthode globale datent de bien avant 1968. En effet, en cherchant un tout petit peu j’ai trouvé une diatribe d’un certain Célestin Freinet datant de 1959, à la défense de cette méthode, et intitulée (l’indignation était déjà de mise) « La méthode globale, cette galeuse! » Comme quoi cette méthode imbécile avait déjà si bien fait ses preuves de malfaisance que ses thuriféraires éprouvaient le besoin de se rallier à son panache breneux il y a plus de soixante ans

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