La lutte pour la discrimination ou la liberté oubliée

diversité

Les Français devraient tous être traités de la même façon, indépendamment de leur sexe, de leur origine et de leur appartenance ethnique ou religieuse – sauf quand ça les arrange.

Les Français devraient tous être traités de la même façon, indépendamment de leur sexe, de leur origine et de leur appartenance ethnique ou religieuse – sauf quand ça les arrange.

Par Baptiste Créteur.

Les tenants de la lutte contre les discriminations en ont une acception bien particulière. Au lieu de revendiquer l’égal traitement de tous devant la loi, i.e. l’égalité des droits, ils revendiquent un traitement spécifique de certaines minorités qui, selon eux, favoriserait l’égalité. Il s’agit en réalité de la même confusion entre liberté et possibilité que chez les marxistes, pour qui le droit de travailler devient un droit à avoir un travail et le droit de se soigner devient un droit à la santé.

La question qu’ils occultent est toujours la même ; ils n’évoquent jamais les moyens, la façon dont leurs revendications discriminatoires devraient être mises en œuvre, qui passerait nécessairement par des mesures contraires à la liberté et l’égalité des droits.

Amirouche Laïdi, président du Club Averroes, Charles Aznavour, artiste, Saïd Taghmaoui, acteur, Fadila Mehal, présidente des Marianne de la diversité signent une tribune dans Le Monde, La lutte antidiscrimination ou la promesse oubliée, dans laquelle ils appellent de leurs vœux à plus de discriminations quand cela arrange les minorités et moins de discriminations ailleurs.

Il [François Hollande] voulait que chaque enfant ait sa pleine place, dans la société, que chaque enfant reçoive une éducation d’excellence, que chaque enfant s’épanouisse dans ses potentialités singulières. Il voulait que chaque jeune ait un travail en rapport avec ses aptitudes particulières, que chaque jeune occupe un poste correspondant à ses compétences et à ses mérites, que chaque jeune apporte, en toute liberté et en toute responsabilité, sa contribution à l’intérêt général. Il voulait que chaque catégorie sociale soit équitablement représentée dans toutes les instances publiques, que les citoyens soient des acteurs à part entière, que chaque citoyen fasse vivre le pacte républicain.

En un seul paragraphe, ils affichent un objectif irréalisable vers lequel ils souhaitent tendre par des mesures liberticides sans en avoir l’air. Non, il n’est pas possible que chaque enfant reçoive une éducation d’excellence – en recevant la même éducation, chacun tirera profit de ses « potentialités singulières » et de ses « aptitudes particulières », et certains seront excellents, d’autres non. Le sujet est d’ailleurs sans lien avec la lutte contre les discriminations, sauf à considérer qu’un déterminisme complet place d’avance les individus appartenant à certaines minorités dans une position différente.

Il est souhaitable que chaque individu, jeune ou pas, s’épanouisse et ait un emploi en rapport avec ses aptitudes particulières et ses préférences personnelles – mais comme sur tout marché, il y a sur le marché de l’emploi une offre et une demande. Chacun peut s’y adapter ; certaines aptitudes sont plus rares et plus demandées que d’autres, et l’enseignement que l’État souhaite offrir à tous en le faisant financer par les autres a largement démontré son incapacité à répondre aux besoins de l’économie, aussi bien en quantité qu’en qualité. La promesse que chaque jeune ait un travail, sans même qu’il corresponde à ses aptitudes, comportait déjà une part de fantasme à laquelle seuls les plus déconnectés de la réalité pouvaient donner du crédit, et constitue une promesse qui ne sera pas réalisée malgré les efforts du gouvernement avec l’argent des autres.

Que chacun occupe un poste correspondant à ses compétences et à ses mérites et que chaque catégorie sociale soit équitablement représentée dans toutes les instances publiques sont par essence incompatibles. Il s’agirait de laisser faire le marché pour que chacun puisse faire valoir son mérite, tout en réservant certains postes à des individus choisis sur des critères spécifiques laissés à la libre appréciation d’un collectif de constructivistes.

La diversité n’est, pour le pouvoir, qu’un arrière-plan folklorique d’une kermesse où les exclus reçoivent, de temps en temps, un lot de consolation. La vitrine est brisée, il ne reste rien sur les étals. Les jeunes diplômés de nos quartiers, soumis à vie à un examen perpétuel d’intégration, sont écartés des postes à responsabilité. L’élite ferme son cercle protégé à double tour. […] La campagne à peine remisée, les expressions « diversité », « vivre-ensemble », « lutte contre les discriminations » ont disparu du discours présidentiel et de l’action du gouvernement. Aux oubliettes, la réforme sur le droit de vote des étrangers, la lutte contre le contrôle au faciès. […] Les citoyens ultramarins et ceux issus de l’immigration, dotés de toutes les compétences requises, sont méthodiquement écartés des recrutements et des nominations des cabinets ministériels, de la haute fonction publique, du corps préfectoral et de toutes les sphères du pouvoir, comme s’ils n’avaient aucune existence. Ils sont systématiquement mis au ban. Ils n’ont droit qu’au déni.

Voilà une vision de la société bien étrange. L’élite, c’est la haute fonction publique ; la lutte contre les discriminations passe par l’accord du droit de vote aux étrangers ; les recrutements écarteraient sciemment des citoyens pourtant compétents, comme l’ont remarqué – sans discrimination envers les minorités, donc sans doute sans discrimination qui puisse être qualifiée comme telle – les médias français ; ceux qui ne sont pas représentés dans les sphères du pouvoir n’ont droit qu’au déni. Si les libéraux étaient assoiffés de pouvoir plus que de liberté, ils s’offusqueraient sans doute d’être la minorité la moins représentée du gouvernement et se sentiraient alors mis au ban de la société.

Ce que tentent de nous faire comprendre les sympathiques signataires de cette tribune, c’est que la méritocratie et l’égalité des droits sont un fondement de notre nation, mais qu’il faut promouvoir une égale représentation au sein des instances du pouvoir des différents groupes qu’ils aimeraient promouvoir. De la même façon que le gouvernement dénonce les manifestations instrumentalisées, sauf quand c’est lui qui les organise, et condamne le chantage des chefs d’entreprise tout en encourageant celui des syndicalistes. Cette promotion de certains groupes ne peut se faire qu’au détriment des autres, et relève d’une forme de collectivisme ; il n’y a en réalité que des individus, et la discrimination positive est une forme de discrimination à part entière.

« Le racisme n’est qu’une forme détestable de collectivisme, une mentalité qui ne voit les êtres humains que comme les membres d’un groupe plutôt que comme des individus. Les racistes croient que sont semblables tous les individus qui partagent de superficielles caractéristiques physiques ; en tant que collectivistes, ils ne pensent qu’en termes de groupes. » (Ron Paul)

En plus d’être liberticide, l’égale représentation des différentes minorités – quoi qu’on veuille entendre par-là – est contraire à l’égalité des droits. Chaque individu est unique ; il ne peut être réduit à quelques caractéristiques et une appartenance à un ou plusieurs groupes. Ce n’est qu’en respectant les principes de l’égalité des droits et de la liberté qu’on peut parvenir à la fin des discriminations, quelles qu’elles soient, préalable nécessaire à la fraternité. N’est-ce pas là un objectif plus louable ?